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Piratage de livres en Russie : un éditeur offre des primes à la délation

Victor De Sepausy - 08.08.2017

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La contrefaçon de livres en Russie ne s’améliore pas vraiment. Deux lecteurs sur trois affirment désormais que le téléchargement d’ebooks piratés est légal. Et les éditeurs du pays s’arrachent les cheveux, réduits à une certaine impuissance devant cette évolution.


Clouds over the Church of our savior on spilled blood.
mzagerp, CC BY ND 2.0
 

 

Au cours des derniers mois, a récemment expliqué un porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, le gouvernement a mené plusieurs enquêtes sur la contrefaçon de livres. Problème : ces cas de piratage auraient maille à partir avec des chaînes de librairies du pays. 

 

En fonction des régions observées, la part de livres piratés pourrait être de 50 % du marché, estiment les éditeurs – ce qui réduit d’autant leurs marges et chiffres d’affaires, évidemment.

 

Selon les données communiquées par le MAE russe, entre 25 et 30 % du marché du livre en Russie relève de la contrefaçon. Et ces chiffres devraient augmenter, alors qu’une majorité du piratage est liée au numérique. 

 

Oleg Novikov, président d’Eksmo-AST, plus importante maison de Russie, le confirme : « L’attrait majeur des pirates reste autour de l’ebook. Il n’y a pratiquement aucun problème de contrefaçon sur le marché russe avec les livres imprimés. »

 

Pour Leonid Shkurovich, PDG de la maison Azbooka-Atticus, propriété à 49 % de Hachette, le piratage en Ukraine, par exemple, est très actif, et particulièrement difficile à combattre. Novikov confirme ce point : près de 50 % des ouvrages en langue russe, d’auteurs russes et étrangers, sont piratés, notamment du fait des interdictions d’importations qui ont frappé le pays. Désormais, partant d’Ukraine, les livres se retrouvent alors sur le marché russe. 

 

Pour le PDG d’Azbooka, la méthodologie est simple : les pirates produisent, pour les ouvrages étrangers, des traductions alternatives. Ils ciblent des livres populaires, mais finalement « vendent cher des livres de très mauvaise qualité, volent les auteurs et passent outre les impôts du pays ». 
 

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Pour une autre maison, Prosveshcheniye, codétenue par l’homme d’affaires Arkady Rotenberg et spécialisée dans les manuels scolaires, les pertes enregistrées par le piratage sont colossales. On parle de 300 millions de roubles de produits contrefaits, soit près de 30 % du marché global. Pour la maison Prosveshcheniye, cela représenterait une perte de 2,5 % de ses revenus globaux. 

 

La maison a également intenté des poursuites contre 12 personnes, obtenant neuf condamnations judiciaires ; la saisie de produits piratés avait été estimée à 100 millions de roubles. Et pour inciter les citoyens à se mobiliser contre cette mauvaise habitude, la maison offre une récompense de 500.000 roubles pour qui proposera des informations précises sur le piratage de manuels scolaires. 
 

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Elle a également découvert des réseaux commerciaux illégaux en Tchétchénie et au Daghestan. Et le problème, note Vsevolod Lukhovitsky, coprésident du Syndicat d’enseignants, c’est que le grand public ne fait pas la différence entre les ouvrages légitimes et les autres. D’ailleurs, peu de personnes, y compris chez les enseignants, sont vraiment intéressées par ce sujet.

 

via RBC, HCH, Kommersant