Piratage de livres : Leçon de pédagogie à la Britannique

Nicolas Gary - 28.08.2014

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La lutte contre le piratage en ligne a pris une tournure assez insolite outre-Manche : soucieux de couper les vivres publicitaires aux sites référençant des ouvrages contrefaits, les ayants droit ont travaillé avec la police de Londres. Et cette dernière s'attaque donc au problème en substituant aux bannières publicitaires des messages d'informations, pour indiquer à l'internaute qu'il s'apprête à violer la loi. Charmant. 

 

 

 

 

Solidaire de cette opération, la Publishers Association a sollicité Andy Fyfe, responsable de la PIPCU, Police Intellectual Property Crime Unit. L'inspecteur qui avait présenté le programme de lutte en septembre 2013, financé par l'Office de la propriété intellectuelle, précise dans un entretien le périmètre d'action de son équipe. Reconnaissant que la menace représentée par la violation du copyright sur la toile nécessitait une intervention, il explique comment la coordination des actions s'est opérée. 

 

À ce jour, 21 personnes sont engagées dans la lutte contre le piratage, avec une fameuse palette de métiers — détectives, analystes, domaines de la communication, de l'enseignement. PiPCU travaille ainsi avec la Publishers Association (PA) pour fournir une méthode de dépôt de plainte, par le signalement des sites contrefacteurs. La PA présente des informations qui sont alors vérifiées, et charge à la PIPCU de prendre contact avec le détenteur du site pour lui demander de cesser son commerce. 

 

« Dans le cadre de Operation Creative [nom de code de cette campagne, NdR], nous cherchons aussi à obtenir la suspension du nom de domaine, en sollicitant le registrar [celui qui enregistre les noms de domaine, NdR], ce qui perturbe la diffusion de la publicité », explique-t-il. Les bannières sont en effet remplacées par des annonces invitant l'internaute à passer sur des sites légaux, et ne plus revenir sur cet espace de piratage.

 

Leçon de pédagogie à la Britannique

 

« L'objectif est de perturber les activités des pirates, et de couper leurs revenus. Il est important de noter que le financement des pirates ne provient pas des utilisateurs payants pour les fichiers, mais plutôt de la publicité. Il est difficile pour les annonceurs de savoir si un site est illégal », ce qui expliquerait, ou justifierait le fin mot de l'intervention. La campagne vise donc également à sensibiliser les annonceurs aux risques que leurs marques encourent à se retrouver associées à des sites pirates.

 

Le challenge, tout particulier, est de retrouver les propriétaires des sites, dès lors que ces derniers sont éparpillés partout dans le monde, et surtout, ne sont pas situés sur le territoire de la juridiction britannique. « Nous avons travaillé sur le développement d'un modèle de bonnes pratiques. Maintenant nous avons un système qui fonctionne : nous essayons de vendre le concept aux organismes internationaux, et nous espérons que les autres pays auront une approche similaire. »

 

Une conférence doit se tenir en novembre prochain, organisée par l'Union européenne, et portant sur la structuration du marché intérieur. De quoi espérer, une fois encore, que les différentes instances juridiques des États se mobiliseront pour lutter contre ces pratiques.

 

Et dans le même temps, on ne peut s'empêcher de trouver complexe qu'une société ignore réellement qu'elle fasse de la publicité sur les sites de contrefaçon – tout en imaginant bien que ce soit le meilleur endroit pour proposer des produits culturels. Après tout, les études montrant que les pirates sont également de grands consommateurs de biens culturels ne manquent pas.