Piratage de livres : précis d'économie des DRM et de confort

Clément Solym - 05.07.2010

Lecture numérique - Acteurs numériques - drm - livres - numériques


L'ère numérique a introduit le piratage de fichiers. De tous les fichiers. Même les livres. Aujourd'hui, impossible de ne pas prendre en compte cette réalité. Et conformément à toute réalité économique, le principe est simple : pour tout produit une demande. Et le moins cher est le produit vendu, plus la demande est forte. Or, même si un livre numérique était proposé pour 10 centimes d'euros, on trouvera toujours des loustics refusant de verser cet écot.

Les enjeux tournent donc autour d'un équilibre à créer, entre ce que le public acceptera de payer et le montant réclamé par l'industrie. À ce titre, l'argument toujours avancé d'une vente perdue pour tout téléchargement illégal devient encore plus stupide que jamais. Quelle que soit l'oeuvre culturelle, une partie du public rejette l'idée de payer, et aucune industrie ne pourra la contraindre à le faire.

En fait, une grande partie de la demande insatisfaite se trouve finalement contentée par le piratage, selon l'optique : je ne veux pas payer, donc je prends gratuitement. D'ailleurs, il existe finalement une sorte de participation autre. En téléchargement 1000 ebooks via un réseau de partage, le temps, les ressources et votre investissement pour les trouver, les attendre et ainsi de suite, correspondent à une sorte de paiement. Pas en espèce, c'est certain. Et puis, la disponibilité du fichier en question sur les réseaux, et les problèmes pour l'obtenir - faut-il ou non craquer les DRM par la suite, télécharger un logiciel de lecture particulier, changer les fichiers, etc. ?

En somme, même à un apparent prix de 0 €, la demande en fichiers n'est que partiellement réalisée. Et les petites surprises (fichier qui s'avère être un virus, présence de DRM...) qui accompagnent le téléchargement illégal sont autant de temps passé pour n'aboutir qu'à de l'agacement et des recherches sur la toile pour trouver les réponses à des questions que l'on ne s'était pas encore posées. En fait, même cette gratuité, n'a de gratuit que l'apparence. Et cela, sans même prendre en compte les coûts en électricité, abonnement internet, et le reste.

Pour le livre numérique, la copie de l'oeuvre et sa reproduction sont freinées - très modestement - par la présence de DRM. Leur présence s'explique de manière simple : si la reproduction et le stockage du fichier ont des coûts minimes, reste que la numérisation (quand on n'a pas le fichier en version numérique) a un autre coût. Et là, pour le coût, on pourrait retomber sur ses pattes : si j'achète mon ebook, et que j'en fais une copie non autorisée, alors, oui, il pourrait y avoir une vente de perdue. La question reste toujours de savoir pourquoi je ne pourrai pas, en toute légalité, réaliser une copie de mon fichier ?

Eh bien, là, le piratage devient un véritable concurrent de la chaîne de vente classique : il propose la plupart du temps de trouver le fichier qui répond à ses besoins. Tel format, possibilité de le dupliquer... En fait, le piratage devient plus attrayant dès lors qu'il permet à l'utilisateur de se servir de l'oeuvre téléchargée, comme il le souhaite.

Toute cette belle démonstration pour explique, une fois de plus, que les DRM sont un frein direct aux ventes. Par leur simple présence, l'évocation de leur existence, bien sûr, mais surtout pour ce qu'ils paralysent l'activité du consommateur et handicapent sérieusement la lecture simple. L'oeuvre achetée devrait être lisible immédiatement, sans identification absurde ni autre chose qu'un double-clic.

Pas vraiment un manifeste, cette histoire, simplement une nouvelle série de constats, après un achat douloureux ce week-end... Voire, avec beaucoup d'à-propos, l'analyse de IT Wire.