Internet est un El Dorado pour les friands de livres, mais aussi, et surtout pour les avares. L’Office de la propriété intellectuelle du Royaume-Uni estime en effet que 17 % des livres numériques sont consommés illégalement, soit environ 4 millions d’ouvrages. Et si les éditeurs et les auteurs luttent contre les sites pirates de téléchargement, pourra-t-on réellement venir à bout de ce fléau ? 

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(photo d'illustration, Mike Cohen CC BY 2.0)


En novembre dernier, the Guardian avait lancé un appel à témoignage à ses lecteurs concernant le piratage. Après avoir reçu plus de 130 réponses, le quotidien a publié un panorama pour essayer de dresser le profil de ceux qui téléchargent illégalement des livres numériques. Qui sont-ils ? Et pourquoi utilisent-ils le piratage ? 

Abena, âgée de 18 ans, a récemment lu Children of Blood and Bone de Tomi Adeyemi. Elle avoue au Guardian se sentir légèrement coupable de l'avoir téléchargé illégalement et se justifie en rajoutant que sa mère est seule pour subvenir à ses besoins. Elle ne peut pas se permettre de nourrir son amour vorace pour les livres. Mais, ce n'est pas une voleuse affirme-t-elle. « Je ne prendrais pas de nourriture ni de vêtements sans payer les personnes qui les ont fabriquées, car ce sont des choses physiques. » Mais les livres n’en sont pas, apparemment. « Je crois que la vraie vie et Internet diffèrent », a rajouté la jeune fille. 

En réalité, elle serait même victime de son cerveau, qui n'a pas conscience que le dématérialisé puisse être un véritable bien. De la sorte, les neurones des pirates n'assimilent pas propriété avec numérique.
 

Piratage : une question de moyens? 


La première justification qu'ont apportée les consommateurs de sites pirates est le coût des livres. Eh oui, pourquoi payer un livre que l'on peut avoir gratuitement ? Et puis, les temps sont durs. Alors ils téléchargent des livres gratuitement, qu'ils pourront lire ensuite sur leurs smartphones, tablettes, ou encore écrans d'ordinateur. Qu'est-ce qu'on disait déjà? Ah, oui : les temps sont durs. 

Beaucoup ont déclaré avoir commencé à pirater des livres à l'université. « Je préfère dépenser le peu de sous qu'il me reste à la fin du mois pour sortir », déclare l'un d’eux. 

Un lecteur handicapé et au chômage, qui a préféré rester anonyme, a lui aussi pointé du doigt l’aspect économique : « Je ne pense pas que ce soit moralement mauvais de pirater un livre si vous ne pouvez vraiment pas vous le permettre. Je ne reçois que 80 £ par semaine. D'habitude, je ne peux pas me permettre de dépenser plus de 10 £ pour un nouveau livre, mais j'adore lire... Ce n'est pas très différent que d'acheter dans une librairie de livres d'occasion, non ? De toute façon, l'écrivain ne reçoit pas d'argent. »

Dans l’ensemble, la plupart des personnes interrogées ont avoué avoir piraté des livres pour un autre motif que le coût. Certains médecins et comptables ont assuré avoir piraté des livres pour les « prélire ». « J'ai payé pour des livres vraiment pas terribles et je l'ai regretté – grâce au piratage, je peux d’abord le lire en premier. Je l’achèterais ensuite s'il est assez bon », a déclaré l'un d'eux. 

Un autre encore a déclaré qu'il avait utilisé le téléchargement illégal pour faire preuve d'altruisme. Il a affirmé avoir piraté environ 100.000 livres en seulement « quelques heures » pour faire don de tous ses livres physiques à des oeuvres caritatives, avant d'ajouter : « Évidemment, je ne lirai jamais la plupart de ces livres électroniques piratés. »

La majorité des personnes interrogées n'a rien vu d'anormal dans la pratique. « Lire le travail d'un auteur est un plus grand compliment que de l'ignorer » a affirmé un consommateur de site pirate. D'autres ont aussi affirmé que cela faisait partie d'une plus grande philosophie de l'égalité, que la culture « devrait être libre pour tous ». Au détriment des créateurs ?
 

Internet : de l'eldorado au calvaire


« Je télécharge n'importe quoi, de la science-fiction aux manuels universitaires à des prix dérisoires. Je peux obtenir n'importe quel roman en 30 secondes environ. Si je ne peux pas, je connais des personnes dans mon petit coin sombre d'Internet qui peuvent trouver TOUT ce qui est demandé. C'est incroyable, vraiment », a confié l'opérateur d'un site web de piratage au Guardian. 

Mais Internet semble incontrôlable. Et même lorsqu'un site pirate d'ebook est supprimé, il revient ensuite sous autre nom de domaine. « C'est lutter contre quelque chose que nous ne pouvons pas gagner », avait affirmé Michelle Harrison, lauréate du prix Waterstones Children's Books. 

Des organisations essaient de lutter pour que la loi rattrape la technologie. La Publishers Association a un portail qui peut aider à lutter contre les infractions, mais son PDG, Stephen Lotinga, admet lui aussi qu'il s'agit d'une tâche sisyphe.
Même les entreprises privées s'impliquent, comme DMCA.com, nommé en vertu de la Digital Millennial Copyright Act, une loi américaine adoptée en 1998 dans le but de fournir un moyen de se défendre contre les violations du droit d'auteur. 

« L’éducation, c’est la réglementation, c’est la clé », a déclaré un représentant de la Society of Authors. « S’il existe une solution, plutôt que de continuer à fermer ces sites, c’est de faire comprendre aux lecteurs pourquoi leur utilisation est malhonnête, erronée. Leur expliquer comment par le piratage, ils contribuent à tuer l'édition. Lorsque vous réalisez que les [auteurs] ne sont pas vraiment différents de vous, vous voyez que cela revient au fait de voler le produit du travail de quelqu'un d'autre. »


Commentaires
Du point de vue du piratage je considère le livre différemment des autres médium (cinéma/série, musique). Rapports d'échelle et de production et impact culturel différents.

Néanmoins la différences entre "droit d'auteur" et "ayant droit" persiste.



J'ai découvert votre site (actualitté) sur les questions de droit d'auteur et de piratage sur internet, puis ai pu accéder à des sujets aux-quels je n’avais jamais pensé auparavant, comme l"accès au livre et à la lecture".



Des éditeurs 'maltraitent' leur auteurs, traducteurs, correcteurs. Ils restent des "ayants droit", des vampires-plus-que-potentiels. Des intermédiaires abusant de leur rapport de force. Les vrais spoliateurs.



Il y a des auteurs (et d'autres artistes) qui disent "achetez mon livre ou piratez-le, mais lisez-le", parce-qu'ils considèrent effectivement qu'être lu prédomine (même s'il préfère évidemment vendre, dans l'idéal).



Personnellement je ne télécharge que des livres que je possède pour pouvoir ensuite naviguer dedans en recherche par mot-clé, retrouver aisément les passages que je veux. (J'en "pirate" d'autres, mais sans les lire, car je n'ai pas de liseuse et n'aime pas lire sur écran rétro-éclairé; c'est pour les avoir).



Aucun des témoignages de l'article ne développe de réel argument, mais ça c'est un peu trop facile.

Quoi qu'il en soit, le "piratage" reste non illégal, mécaniquement et donc législativement. Ce n'est pas une question de "neurones" mais de logique:

_partager n'est pas voler, multiplier n'est pas soustraire._



C'est aux tenants du marché qu'il revient de s'adapter, les spoliateurs voyant leur manne leur échapper, et non au publique assoiffé de culture/connaissance.
Je ne pirate pas de livres (je ne saurai même pas comment faire), mais je suis tout de même un petit peu gêné par certaines tournures de phrases de cet article, qui a clairement choisi son angle.



Lorsque vous évoquez "les neurones des pirates", on dirait presque que vous parlez d'une autre espèce, intrinsèquement mauvaise. Alors que, dans le même temps, vous affirmez qu'il s'agit de toutes sortes de personnes, qui ont toutes des raisons différentes d'agir ainsi. Je trouve cela légèrement incohérent.



Lorsque vous sous-entendez que l’argument du "manque d'argent" est ridicule, puisque les pirates ont des tablettes et des smartphones, je trouve que c'est assez méprisant de votre part. Certains SDF ont des smartphones, eux aussi, sont-ils pour autant à l'abri du besoin ? A une époque comme la notre, je trouve très malvenu de décider si quelqu'un a des problèmes d'argent en se basant sur des critères aussi superficiels. Un objet connecté, on peut se l'être fait offrir, on peut l'avoir eu d'occasion, on peut avoir été forcé de l'acheter pour des raisons pratiques ou professionnelles... Ce n'est pas forcément un luxe frivole !



Quant à la difficulté d'associer propriété et numérique, il serait dommage de sur-simplifier la question. La façon dont les prix sont fixés sur du dématérialisé restent assez floue. Quand on achète un livre physique, on sait que l'on paye les créateurs, l'impression, la distribution... Lorsqu'on paye le livre dématérialisé, on paye quoi, au juste ? Parce qu'il est à peu près certain que l'intégralité de ce que l'on paye ne part pas dans la poche de l'auteur, n'est-ce pas ?

La question, si elle ne donne pas forcément raison aux pirates, mérite néanmoins d'être posée de façon nuancée et réaliste. A l'heure du dématérialisé, peut-être qu'il serait effectivement salvateur et pertinent de revoir notre modèle économique.



Enfin, je trouve amusant qu'on mette en avant l'impact que ces pratiques "pourraient" avoir sur les créateurs eux-même (où sont les chiffres, d'ailleurs ?), alors qu'on sait qu'il y a un débat très intense sur le partage des bénéfices des livres, qui, pour l'instant, ne favorise pas particulièrement les auteurs. Et ce n'est pas la faute des lecteurs !

A quand un article affirmant que "les neurones des éditeurs ne parviennent pas à associer travail d'auteur et rémunération" ?



Il serait dommage, que, dans le monde de l'édition, comme dans ceux du cinéma et de la musique, le "fléau du piratage" devienne l'éternelle excuse pour expliquer certains échecs commerciaux, ou la précarité des auteurs. Il y a aussi une responsabilité de l'éditeur, qu'il ne faut pas oublier (et pleins d'autres facteurs, à ne pas mépriser).

Surtout qu'au final, on se doute que les ouvrages les plus téléchargés sont aussi ceux qui se vendent le mieux, selon un principe de proportionnalité évident : les producteurs de Joséphine Ange Gardien peuvent se rassurer en se disant que la baisse d'audimat qu'ils subissent est causée par le téléchargement illégal, alors qu'en réalité ce sont les franchises type Avengers qui sont massivement piratées, ce qui ne les empêchent pas de rapporter des millions.
Toujours pareil avec les voleurs :

"le "fléau du piratage" devienne l'éternelle excuse pour expliquer certains échecs commerciaux"

"partager n'est pas voler, multiplier n'est pas soustraire"

le même blabla merdique, comme les merdes jaunes c'est la faute de tout le monde sauf à eux... sigh (triste monde)
"partager n'est pas voler, multiplier n'est pas soustraire"

C'est un fait juridique. "Voler" c'est soustraire, "pirater" c'est multiplier. De fait, ces deux comportements ne sont pas assimilables.

C'est pour cette seule raison que toutes les tentatives pour criminaliser le simple piratage (gratuit) ont échoué et que le faire malgré ça serait totalitaire.

Leurs seuls moyens de pénaliser le piratage est d'employer des moyens détournés:

- ce qui est interdit c'est de faire du pognon avec le piratage, et c'est pour cette raison uniquement que les sites peuvent être fermés (publicité, abonnements, etc)

- les trois clampins ayant été alpagués par feu Hadopi, c’était pour "non sécurisation de leur réseau privé" (ou un truc comme ça, parce-que des voisins utilisaient leur box pour télécharger); et le seul moyen de se faire chopper c'est par torrent.



Bref, de la pure esbroufe.

Ensuite, comme Big l'a très bien dit, on pourrait parler chiffres.
Sympa, XIATACLUHC. Super sympa.

Il y a deux personnes qui discutent de façon polie et argumentée, et une troisième qui les traite de tout sans ponctuation, dans une explosion de paranoïa anti... Gilets Jaunes ? Mais quel rapport ?

Votre commentaire n'a rien à faire sur un site qui parle de littérature. C'est du trolling pour conversation privée facebook, ou dîner de famille trop alcoolisé.
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