Piratage : les gens ignorent 'la misère morale de leur comportement'

Nicolas Gary - 16.09.2013

Lecture numérique - Législation - piratage - Creative Commons - Philip Pullman


Le président de la Society of Authors, Philip Pullman s'est exprimé sur la question du piratage et de la défense du droit d'auteur. « La virtuosité technique est tellement éblouissante que les gens ne peuvent pas se rendre compte de la misère morale de leur comportement. » On le comprend facilement, musique, livre ou films, l'auteur n'apprécie pas du tout que les internautes pratiquent le téléchargement illégal.

 

 

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Philip Pullman, mikiymissing, CC BY ND, 2.0

 

 

« C'est scandaleux que n'importe qui puisse voler le travail d'un artiste, et l'emporter. C'est du vol, aussi sûrement que de fouiller dans la poche de quelqu'un, et de prendre son porte-monnaie est du vol. » Un coup de gueule qui intervient après que David Cameron, le premier ministre britannique, a accueilli les représentants de l'industrie musicale à Downing Street, la semaine passée. La question du piratage sur le net y a été amplement évoquée, assure le Guardian.

 

Pullman insiste sur les conditions dans lesquelles travaillent les auteurs et créateurs, qui oeuvrent à divertir le public, et voient le bénéfice de leur travail leur échapper. « Le principe est simple, et ne change pas du fait de la technologie, de la science ni de la magie : si nous voulons apprécier le travail de quelqu'un, nous devrions payer pour cela. »

 

Son intervention prend place dans le cadre d'un entretien avec Cathy Casserly, PDG de Creative Commons, la solution de licences ouvertes et libres, qui offrent aux créateurs de maîtriser la diffusion de leurs oeuvres. À l'ère numérique, il est compliqué de maintenir la cohérence du copyright, estime-t-elle. Selon elle, le droit d'auteur ferme la porte « à d'innombrables manières dont les gens peuvent partager, s'inspirer et remixer le travail de chacun ; ces alternatives étaient inimaginables lorsque les lois [sur le droit d'auteur, NdR] ont été établies ». 

 

Et de citer l'exemple d'un certain auteur de science-fiction, Cory Doctorow, qui avait bien synthétisé les enjeux : « Mon problème n'est pas le piratage, c'est l'anonymat. » Or, le Creative Commons représente une solution permettant de distribuer et monétiser les oeuvres. Une position que développe Rachael Jolley, rédacteur en chef de Index of Censorship, qui a réuni les deux hommes. 

 

« Les lois actuelles sur le copyright ne fonctionnent pas à l'heure numérique, et menacent de criminaliser les consommateurs. Nous avons besoin de nouveaux modèles pour que les artistes, les écrivains et les musiciens puissent vivre de leur travail », assure-t-elle. 

 

Des données recueillies par l'institut de sondage Ofcom entre novembre 2012 et janvier 2013, 280 millions de chansons auraient été téléchargées, 52 millions d'émissions TV, 29 millions de films, 18 millions d'ebooks et 7 millions de logiciels ou de jeux vidéo. 18 % des plus de 12 ans pratiqueraient le piratage, et 9 % redouteraient de se faire prendre. 

 

L'entretien complet sera prochainement disponible sur Index of Censorship.