Piratage : quel avenir pour les auteurs, et le marché du livre ?

Camille Cado - 08.04.2019

Lecture numérique - Législation - pirater livres internet - piratage droits d'auteur - Society of Authors contre piratage


La lutte contre le piratage de livres en ligne persiste. Un mois après l’appel à l’action de l’Authors Guild contre le site Ebook.bike, c’est au tour de la Society of Authors de s’indigner et d’interpeller le gouvernement. Dans une lettre ouverte du 5 avril 2019, Philip Pullman, président de la SoA lance un appel à Greg Clark, Secrétaire d'État aux Affaires, à l'Énergie et à la Stratégie industrielle, pour qu'il mette en place une stratégie contre l’utilisation de ces sites pirates. 

(piratage de livre - photo d'illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 
 
« Nous craignons que les sites Web qui proposent des téléchargements illégaux de livres deviennent de plus en plus répandus. » Philip Pullman, président de l’association des auteurs britanniques, ouvre sa lettre sur une inquiétude. Une préoccupation qui a du sens, si l’on en croit l’enquête réalisée par l’Intellectual Property Office : 1 livre numérique sur 6 lu au Royaume-Uni en 2017 a été piraté, soit 4 millions de livres. 

La lettre compte 32 signataires, dont Hilary Mantel, Kazuo Ishiguro, Tom Stoppard, Antonia Fraser, Neil Gaiman et Malorie Blackman.
 

Le piratage : une menace pour l'industrie 


« Le piratage en ligne de livres, de musique doit être correctement compris : c’est un crime contre la justice morale » assure le président. « C’est tout le contraire de la liberté d’expression, car elle empêche ceux qui créent de la beauté, de la connaissance, de la consolation ou du plaisir de gagner, même modestement, le fruit de leurs efforts. »

Et en effet, comme le rappelle Philip Pullman, la rémunération des auteurs est en baisse. Selon l'ALCS (Authors Licensing and Collecting Society), le revenu médian d’un auteur britannique s’élèverait à 10.500 £ par an (12.153 €) en 2018. 

Un statut de plus en plus précaire puisque « sur ces sites, les auteurs ne reçoivent aucune rémunération ». Dès lors, le piratage peut nuire au marché du livre, en rendant encore plus difficile la tâche des auteurs de vivre de leur travail. Et si les auteurs ne peuvent plus se permettre d’écrire, de réduire fondamentalement l’offre des nouveaux livres…

« Dans un monde où la plupart des auteurs gagnent moins que le salaire vital, le piratage de livres menace la rémunération des auteurs, ainsi que leur diversité en limitant le choix des lecteurs, mais aussi les petits éditeurs et les bibliothèques », explique la romancière Joanne Harris.

« Tous ces gens habitués à avoir leur musique ou leurs livres gratuitement ne se rendent pas compte que bientôt la créativité, si elle n’est pas récompensée, sera mise à mal. Il n’y aura pas de nouvelle musique, pas de nouveau livre, pas de nouvelles idées. Le piratage ne fait que précipiter ce triste jour », souligne à son tour Joanna Trollope. 
 

Un appel au gouvernement 


Pour le moment, la Society of Authors demande « simplement » au gouvernement britannique de lutter contre le piratage de livres en ligne. L'association ne mentionne en effet aucune disposition qu'elle souhaiterait voir déployer par le Secrétaire d’État aux Affaires. 

« Le grand héritage littéraire du Royaume-Uni a toujours été soutenu par un solide régime de droit d’auteur. Malheureusement, ce régime n’est pas respecté par les sites pirates », pointe du doigt Philip Pullman. 

« La loi sur le droit d’auteur est l’un des bastions de la vie civilisée, mais les pluies acides du piratage en ligne sont en train de dissoudre lentement quelque chose qui, selon nous, était immuable. Tout gouvernement décent devrait avoir le devoir fondamental de défendre les droits de ceux qui contribuent à la création de la culture. »

Et de lancer : « En tant que Secrétaire d’État dont le département est responsable du droit d’auteur et du piratage, nous vous demandons de prendre des mesures pour lutter contre le fléau du piratage de livres numériques. Nous serions heureux de vous rencontrer pour en discuter davantage et nous sommes impatients de vous entendre. »
 

Peut-on vraiment venir à bout du piratage ? 


Les sites pirates, c’est un peu comme ce chewing-gum collé à votre chaussure. On ne sait pas trop comment il est arrivé, mais surtout, comment s’en débarrasser. Surtout que leurs utilisateurs les défendent et plus encore, les justifient, précise la plupart des sociétés d'auteurs. 

Une culture de victimisation semble également se développer, avec l’idée que les livres sont trop coûteux et que le vol est acceptable parce que ce n’est pas un objet « matériel ». 

« Je crois que la vraie vie et Internet diffèrent », avait déclaré une de ces utilisatrices au Guardian

Une autre idée émerge aussi, celle de la culture « libre pour tous ». Si bien que la suppression de certains sites pirates mobilise les utilisateurs. 
 
Par exemple, après que le site OceanOfPDF ait été fermé, ses anciens utilisateurs ont attaqué les auteurs, mais aussi des maisons d’édition comme Penguin Random House et HarperCollins, entre autres.

Publishing Perspectives a recensé quelques commentaires des utilisateurs en réponse à cette fermeture sur Twitter. « Je trouverai un autre moyen de pirater des livres, connards », ou encore « la lecture est en train de devenir l’un des loisirs les plus coûteux et les plus restrictifs au monde ». En regard d'un abonnement à Netflix pour moins de 10 €, avec des heures et des heures de séries et de film, l'achat d'un roman à 20 €, a effectivement du souci à se faire...


La lettre est disponible à cette adresse


Commentaires
Et le piratage, téléchargement gratuit de livres, vit aussi des heures prospères en France. Mais là, silence radio! Bon, que les auteurs se rassurent, ces sites pirates seraient en fait des escrocs, vous y aller et vous "flinguez" votre ordinateur. Spam, logiciel malveillant, etc... à bon entendeur, salut!
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