Piratage : valoriser l'offre légale et faire peur aux internautes, mais intelligemment

Clément Solym - 15.09.2016

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Promouvoir les offres légales plutôt que de brandir des punitions juridiques aurait de saines vertus. Selon les chercheurs de l’University of East Anglia de Lancaster et de Newcastle, ce serait même susceptible de modifier le comportement des pirates... Le fait est que les internautes estiment qu’il existe un avantage supposé au partage illégal de fichiers, mais ils en méconnaissent en réalité les risques.

 

Guilty

Pris en flagrant délit - Ed Sweeney, CC BY 2.0

 

 

Soit les lois contemporaines ne sont pas assez dissuasives, soit les menaces de poursuites ne sont que des épouvantails... Dans tous les cas, les équipes se sont penchées sur le piratage de livres et de musique avec un panel de 1400 internautes.

 

Les résultats de leur enquête, publiés récemment, indiquent que les internautes ne sont pas tout à fait idiots – chose rassurante. En effet, les personnes qui font confiance à la législation trouvent que le partage de fichiers est un acte plus risqué. Et de même, s’il y a un risque, alors il n’y a pas de bénéfice pour eux, en tant que consommateurs. 

 

Or, pour les chercheurs, la première conclusion s’impose : c’est une pensée émotionnelle et non rationnelle qui est engagée à l’égard du piratage. De quoi confirmer une précédente étude indiquant que les pirates ne ressentent pas de culpabilité à l’égard de la contrefaçon de produits dématérialisés – contrairement au vol d'objets physiques.

 

Pour le Dr Steven Watson, qui a dirigé les recherches, les résultats dans leur ensemble remettent en cause toutes les stratégies répressives jusqu’alors déployées. « Plus précisément, une stratégie de lutte contre le partage illégal de fichiers consisterait à fournir un accès simple à l’information sur les avantages que l’achat et l’offre légale peuvent avoir », estime-t-il. Autrement dit, proposer un regard sur ce que ces environnements ont de plus rassurant que l’offre illégale – sorte de jungle malsaine.

 

Son confrère, le Dr Piers Fleming, enfonce le clou : les interventions répressives sur le partage pirate ont un effet limité, et dans tous les cas, court-termiste. Au contraire, les offres légales valorisées seraient à même de convaincre les consommateurs. « Nos résultats suggèrent qu’il serait possible de diminuer le bénéfice supposé du piratage en augmentant la perception du risque, mais uniquement dans la mesure où la contrefaçon est abordée émotionnellement. Et que les utilisateurs font confiance aux organismes de réglementation. »

 

Augmenter la peur, mais pas la peur des représailles judiciaires ni policières, donc... 

 

Ce fut par ailleurs l’approche que des iTunes, Deezer ou Spotify ont eu pour convaincre les consommateurs. Leur produit garantissait une accessibilité facile, simple, immédiate et en toute sécurité. En modifiant l’achat et la consommation, avec des approches aussi immédiates que celles du piratage, ces acteurs sont parvenus à renverser la tendance, pour partie. 

 

L’autre grand point de cette enquête montre que la dimension anonyme du piratage offre un sentiment de sécurité – quoiqu’il soit dans les faits assez relatif...

 

Au cours de l’étude, 21,9 % des répondants versaient dans le piratage de musique et 14,6 %, de livres numériques. Ils n’établissaient aucune distinction entre les deux médias, pour ce qui est de leur perception du risque. En revanche, tous attestent que le piratage leur est profitable. Et pour enfoncer le clou, on soulignera que les pirates de musique ressentent moins confiance pour l’industrie de la musique que pour celle du livre. Il en va de même pour ce qui est des autorités de régulation liées à l’édition : elles inspirent plus de confiance que celles de la musique...

 

L’étude a été financée par CREATE, centre de recherche britannique sur le droit d’auteur. 

 

L’intégralité de l’étude est disponible cette adresse.