Pirater le dernier roman de Houellebecq, pas si grave estime un député

Nicolas Gary - 17.01.2019

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Sortie de route étonnante du député de la Nièvre, Christian Paul, la semaine passée. Dans un petit commentaire personnel, voici qu’il s’exprime sur la disponibilité d’une version pirate de Sérotonine, le roman de Michel Houellebecq. Et en filigrane, laisserait entendre que la télécharger n’est pas si grave...

Pirater un livre papier
(piratage de livre - photo d'illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 

L’homme avait été un opposant du modèle Hadopi – outil auquel l’édition n’a d’ailleurs jamais souscrit, Antoine Gallimard l’avait balayé dès 2011. Il était alors président du Syndicat national de l’édition, et considérait l’Hadopi comme « relativement coûteux », pour le marché de l’ebook, balbutiant à l’époque. 

Depuis, l’édition a tout de même pris des mesures pour lutter contre le piratage, mais l’hydre de la contrefaçon fera toujours repousser plus de têtes qu’il n’y aura d’épées pour les trancher. 
 

De l'Hadopi aux échanges non marchands


Christian Paul, lui, n’avait jamais considéré cette solution comme efficiente. En 2011, il reprochait à Nicolas Sarkozy de faire de l’esbroufe « Hadopi offre l’illusion de la sécurité dans un monde tourmenté, les Arts et les artistes ont désormais un protecteur ». (via Numerama)

Il était alors responsable du Laboratoire des idées du parti socialiste, et pour ce qui touchait au volet numérique, ses idées se montraient plus libérales. Dans Le Monde, il soulignait que les législations successives n’avaient su que marquer le dimension répressive, attendu que « les acteurs du système s’efforçaient de préserver, par des lois sécuritaires, les modèles traditionnels ». 

Et de pointer : « Pour l’avenir, il faut distinguer deux mondes qui cohabitent. D’une part, le marché, les modèles économiques, où des droits adaptés doivent protéger les auteurs et les artistes, et chacun des acteurs qui les produisent ou qui les éditent. Dans cet univers, il y a de vraies questions qui sont posées. Comment partager la valeur ainsi créée ? »
 

Houellebecq livré aux pirates


Il semble qu’en la matière, ses positions aient d’ailleurs évolué. Si à l’époque il ne renonçait pas au droit d’auteur, il déplorait surtout « l’incapacité qu’il y a eu à reconnaître que des échanges hors marché d’internaute à internaute sont des conséquences normales de la révolution numérique ». Un effet pervers de l’Hadopi, en somme.

En effet, le député annonce donc la disponibilité d’une version pirate en PDF du roman de Houellebecq – remarque déplacée : l’EPUB pirate est bien plus confortable et fut mis à disposition le jour même de la sortie officielle du livre. Quitte à verser dans la contrefaçon, autant disposer de formats numériques adaptés, que diable.
 


Mais le message, émanant d’un député, qui inciterait bon an mal an à de la contrefaçon, sous prétexte qu’il n’est pas utile de faire grandir le pactole de Houellebecq, n’a pas manqué d’interroger.

Le Canard enchaîné n’avait d’ailleurs pas manqué l’occasion d’être donneur de leçon, déplorant « le pillage de droits d’auteur à la tête du client ». Fort bien. Mais c’est plutôt du côté des internautes que la voix juste est à rechercher : 
 


Parce que si l’on doit juger à la tête du client, difficile d’estimer ceux qui échapperont à la vindicte pirate... Reste que l'on peut s'interroger sur le besoin qu'un député pouvait avoir de publiquement inciter à la contrefaçon d'un roman, quand bien même il s'agirait de celui de Michel Houellebecq...

D’ailleurs, pour parler de vente, après avoir explosé les compteurs en première semaine, les ventes de Michel Houellebecq semblent un peu retombées : il affiche tout de même 169.225 exemplaires réellement écoulés depuis le lancement, soit 72.657 de plus qu’en première semaine (données GfK).


Commentaires
Un peu déroutant qu'un député puisse avoir ce genre de discours sur le piratage d'oeuvre
La hadopi est une horreur.



Surtout les lois Hadopi, conçues par et pour l’industrie culturelle, ont permis à celle-ci un joli coup : déporter sur les épaules du contribuable la charge d’actions autrefois supportées par elle. Le budget de l'hadopi est entre 6 et 10 millions d'€. En outre, faire assumer sur l’autorité publique le « bad buzz » provoqué par chacune des décisions de justice espérée. Enfin, tenter de trouver une réponse pénale à ce qui était vécu comme un problème de masse : les échanges illicites sur Internet.



Les sociétés de défense se limitent aujourd’hui à un travail en coulisse. Relever sur les réseaux P2P avec l'aide de Trident Media Guard les adresses IP et tout envoyer par pelletées à la Rue de Texel, estomac à données personnelles.



Bref la hadopi n'a jamais fait baissé le téléchargement. Par contre l'offre de ces dernières années de films s'étant un peu plus étoffé avec des chaines comme Netflix, HBO, etc... ça par contre, il y a eu un résultat comme on peux le voir sur différents forums.
Il convient de rappeler que M. Paul n’est plus députe - il a été battu aux législatives de juin 2017.
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