Pirater, une pratique 'enracinée culturellement', mais pas seulement

Clément Solym - 21.05.2010

Lecture numérique - Acteurs numériques - droit - gestion - tarification


Si pour certains, l'un des enjeux majeurs du numérique dans l'industrie du livre reste le piratage, Dame Gail Rebuck, présidente de Random House UK voit aussi dans cette pratique un comportement ancestral « enraciné culturellement ». La moitié de son temps, explique-t-elle, est consacrée aujourd'hui à se préoccuper d'un pan de l'édition qui représente moins de 5 % des ventes totales de livres outre-Manche.


Cependant, les flibustiers qui piratent ne sont pas la menace qu'ils semblent incarner. Car s'il est essentiel de garder à l'esprit ce que l'industrie de la musique (et pas les artistes eux-mêmes) ont encaissé avec l'arrivée des formats numériques, éditeurs et libraires ont encore quelques avantages dans leur manche, précise le Financial Time.

La copie illégale de livres n'a rien à voir avec celle qui peut se pratiquer sur les CD : on ne se précipite pas sur son scanner pour réaliser une version PDF du dernier ouvrage emprunté en bibliothèque, comme on peut le faire plus spontanément avec un disque. Or, selon elle, l'une des différences majeures réside dans ce que les plateformes de vente de musique sont arrivées bien après le début de la bataille, alors qu'il existe déjà de nombreuses sources auxquelles on peut puiser pour acheter un ebook.

Et quand iTunes a été présenté, le public avait déjà une solide collection de MP3 sur son disque dur - contrairement à ce qui se passe aujourd'hui pour les livres numériques. Où les catalogues grossissent, certes, alors que dans le même temps, il n'est toujours pas à la portée de tout le monde de réaliser une copie de livre ou de BD.

Ce qui signifierait clairement que la question des pirates aujourd'hui est à reléguer derrière d'autres préoccupations plus lourdes : la tarification et la gestion des droits. Mais Gail Rebuck reste lucide : évoquant The Lost Symbol, elle n'oublie pas que le livre avait donné lieu à la création de plus de 1000 sites illégaux où télécharger l'ouvrage, dès sa première semaine de commercialisation.

Les réseaux de partage de fichiers s'étaient évidemment gorgés de versions piratées : quelques heures à peine après l'apparition de la version numérique, on trouvait facilement sur BitTorrent et consorts un ebook à télécharger gratuitement.