Pokemon Go, la dérive totalitaire qui avait échappé à Orwell dans 1984

Nicolas Gary - 11.06.2019

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Roman d’anticipation reconnu et aujourd’hui considéré comme l’une des pistes que l’humanité a choisies pour elle-même, 1984 est l’œuvre d’un visionnaire, probablement paranoïaque. Mais la paranoïa n’empêche pas la lucidité. Mais si Big Brother se décline de façon protéiforme de nos jours, l’autrice Shoshana Zuboff estime que George Orwell a manqué une marche.


 

1984. Société d’oppression, où le despotisme et l’emprise totalitaire sur la population passent par un guide suprême invisible, mais omniscient. Or, dans le texte d’Orwell, c’est bien le recours à une forme de technologie qui rend possible cette domination étatique.
 

L'avènement du “capitalisme de surveillance”

 

La technologie : elle nous contrôle, mais qui la contrôle ? Depuis le consumérisme en ligne et l’avènement des sites de e-commerce, en passant par les Intelligences artificielles ou même les réseaux sociaux, qui collectent la moindre de nos données, la technologie nous entoure. Voire nous encercle.

Or, pour puissant que fût le roman d’Orwell, Zuboff, connu pour ses recherches universitaires sur la révolution numérique estime que l’écrivain s’est arrêté à la moitié du chemin. En effet, ce que l’écrivain n’avait pas envisagé, c’est la nature insidieuse et capitaliste que les dérives technologiques engendreraient au XXIe siècle.

Pour appuyer son propos, elle explique : « Depuis 1984, nous avons cru, comme l’a suggéré Orwell, que les dangers de la surveillance de masse et le contrôle des populations ne trouvent son origine qu’au niveau de l’État. Nous avions tort. Cette erreur nous a ainsi laissés sans défense contre une menace tout aussi pernicieuse, mais profondément différente pour la liberté et la démocratie. »
 
De fait, l’humanité n’aurait pas tant à redouter les États, même les plus coercitifs, mais bien Google, l’entreprise qui a généré le capitalisme de surveillance. Et nous n’en avons pleinement pris conscience qu’avec les récentes affaires de vols de données chez Facebook, les auditions de Mark Zuckerberg au Séant, ou le piratage d’informations mené par des hackers russes en 2016.


De Big Brother à Big Other


Ces entreprises qui reposent sur la collecte de données, et la surveillance des actions ont marqué un changement de paradigme profond dans nos craintes de lecteurs. Et ce n’est plus Big Brother qui nous surveille, mais Big Other… Autrement dit, des systèmes impersonnels, formés moins pour surveiller nos faits et gestes, que pour façonner nos actions à distance, sans obstacle.

Depuis l’apparition de cette nouvelle économie, forgée par Google en 2000, le capitalisme de surveillance a cru, colossalement. Et l’expérience humaine personnelle est devenue une matière première servant à monnayer la gratuité de certains services — ou comment les données comportementales ont fait de nous des marchandises.

Shoshana Zuboff étaye alors son argument avec le jeu Pokémon Go, développé chez Google en 2016 par la société Niantic, ancienne filiale, en partenariat avec Ninitendo. En effet, avec cette application, les clients professionnels comme McDonald's ou Starbucks ont accepté de payer de la fréquentation, sur la base d’un modèle de coût par visite — semblable à celui du coût par clic encore parfois proposé sur la toile.

« Les ingénieurs et développeurs du jeu ont appris comment regrouper des gens dans les villes et à centrer leurs destinations, d’une manière qui contribue au profit, et tout cela sans que les joueurs ne s’en rendent compte. » 

70 ans, il convient d’honorer la mémoire de George Orwell pour ce qu’il a produit — c’est lui qui refusait cet « instinct de se prosterner devant le vainqueur du moment ». Et qui insistait sur le fait que la liberté humaine qui affirme et offre aux peuples de se gouverner eux-mêmes ne va pas de soi…


via Time


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