"Pour auteurs et éditeurs, l'édition, c'est l'école de la patience"

Nicolas Gary - 22.08.2014

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« Nous ne parlons plus d'éditeur numérique, 100 % numérique, ou d'édition print, etc. Nous sommes éditeurs, point. Certains choisissent le support imprimé, d'autres le support numérique. Cela ne change rien à notre profession : nous sommes tous en recherche de textes de qualité, parce que la reconnaissance d'une maison passe avant toute chose par la qualité de son catalogue, donc de ses textes et des auteurs. » Jean-François Gayrard n'a pas sa langue dans la poche. Le fondateur de Numerikli(v)re ne manque pas non plus d'idée pour étendre le champ de sa maison : avec les Coups de pouce, il entend démontrer que les éditeurs peuvent aussi investir dans les talents littéraires.

 


Les coups de pouce littéraires, il ne reste qu'à participer

 

 

Les appels à texte, les concours, les jeux littéraires et autres sollicitations ne manquent pas, pour inciter les auteurs à tenter leur chance. « Sauf que l'on en revient toujours à la même chose : le, ou les gagnants obtiendront une publication, dans un contexte plus ou moins flou, avec un travail éditorial proche du néant. Comme si tous les textes méritaient d'être commercialisés ! » Et l'éditeur d'ajouter : « Il faut tout de même oser prendre les auteurs pour des tartes, au point de leur proposer un concours de nouvelles, forme littéraire qui n'a jamais fonctionné en France... » Un point. Et pas un mauvais. *

 

Pourtant, dans la recherche de textes de qualité, solliciter tout particulièrement les écrivains — débutants ou confirmés, « qu'importe, si le texte est solide » — ces appels à textes représentent des outils efficaces. « Nous ne dénigrons certainement pas l'idée, mais le procédé, et sa finalité. C'est la raison pour laquelle Numerikli(v)re souhaite mettre en place, pour 2014, ses Coups de pouce littéraires. Il s'agit d'une forme de bourses d'écriture, à notre mesure. Nous n'avons ni la prétention ni les moyens de dotations spectaculaires. Cependant, nous voulons montrer aux auteurs que, dans ce cadre, nous souhaitons spécifiquement nous engager à leurs côtés. »

 

"Il traine une utopie, sur internet, véhiculée par l'approche dématérialisée, qui encouragerait à croire qu'un éditeur, parce qu'il a opté pour le support numérique, publiera tout ce qu'il recevra."

 

 

Loin du filet jeté dans l'océan, l'éditeur souhaite proposer un montant de 400 € aux personnes dont le texte sera retenu. « Cela n'empêche que d'autres écrivains pourront être sollicités, parce que leurs romans entrent dans notre ligne éditoriale. Nous n'hésiterons pas à leur proposer un contrat à compte d'éditeur, avec notre expertise, et notre savoir-faire. » Simplement, les Coups de pouce « démontrent notre engagement, et notre détermination à réinvestir dans l'écriture et la création ». Et que l'on ne s'y méprenne pas : « Il ne s'agit pas du tout d'avance sur recettes : c'est un encouragement particulier, pour un texte, un auteur, une démarche. »

 

Trois genres feront l'objet de ce Coup de pouce, Romance, Polar et Fiction, et laisseront la place à trois autres, l'année prochaine, et ainsi de suite. « Les thématiques, cette année, comme les autres, reflètent nos collections, autant que la compétence et la légitimité que nous avons sur ces genres. » Après quatre années d'existence, à peaufiner un catalogue, l'éditeur est plus que jamais conscient de sont travail : « Il traîne une utopie, sur internet, véhiculée par l'approche dématérialisée, qui encouragerait à croire qu'un éditeur, parce qu'il a opté pour le support numérique, publiera tout ce qu'il recevra. Une utopie malsaine... »

 


 

 

Ainsi, plutôt que les traditionnels appels à texte, ces Coups de pouce offriront, outre la bourse de 400 €, un accompagnement durant l'année qui suivra la sélection, avec une publication envisagée pour l'été 2015. « Jusqu'au 20 octobre, nous accepterons les textes soumis depuis notre page d'inscription, puis nous nous laisserons une quarantaine de jours pour apprécier chacun. » Là encore, l'engagement sera une vertu : « Des entretiens auront lieu, de vive voix, pour que nous puissions entendre et comprendre la démarche de chacun. À tout moment, nous solliciterons ceux qui ont choisi de nous faire confiance, pour échanger avec eux. »

 

"L'édition, c'est l'école de la patience, tant pour les auteurs que pour les éditeurs"

 

Puis, viendra le 30 novembre, avec l'annonce des trois auteurs retenus. « Et une fois encore, les auteurs de qualité qui n'auront pas été choisis pour cette opération ne seront pas laissés pour compte. Si leurs textes étaient bons, nous leur proposerons de travailler avec nous. Chacun sera libre d'accepter ou de refuser. » En somme, les Coups de pouce viser à remercier et récompenser ce que la maison estimera être « une marche, et une recherche, la plus qualitative qui soit. Et la dotation qui accompagne la sélection, c'est une autre reconnaissance. Que les auteurs souhaitent être lus, c'est une chose admise. Cependant, la reconnaissance vient également de la rémunération que l'on perçoit pour ses livres ».

 

Les Coups de pouce reviendront en 2015, « et tant que nous existerons, que nous aurons la force de soutenir nos auteurs, et notre catalogue. Le buzz n'a rien à voir avec notre volonté : nous sommes présents sur des salons du livre, comme celui de Paris, cette année, nous avons un échange spécifique avec notre communauté de lecteurs, et entretenons, avec les auteurs, un lien privilégié. Tout cela prouve que nous réalisons cette partie de notre travail avec sérieux. En parallèle, il nous faut poursuivre l'établissement de textes qui seront autant de belles histoires, à même de séduire les lecteurs ».

 

Et de conclure : « L'édition, c'est l'école de la patience, tant pour les auteurs que pour les éditeurs. Les lecteurs peuvent se plonger dans l'autopublication, qui propose une offre foisonnante, et en constant enrichissement. Pour montrer que notre maison s'inscrit dans la garantie d'une qualité littéraire, selon les genres choisis, et les formes, il ne faut pas travailler à la légère. » 

 

 

 

 

 

* ActuaLitté fait d'ailleurs amende honorable : fut un temps, nous avions participé à la création d'un appel à texte, sous la forme de nouvelles. C'était certes une autre époque, et notre magazine était encore naissant, mais il fallait que l'erreur soit pointée.