Pour inculquer la culpabilité aux pirates, envisager de leur griller le cerveau

Clément Solym - 28.06.2016

Lecture numérique - Législation - coupable pirater oeuvres - biens physiques voler - culpabilité piratage internet


Le législateur va-t-il contre les lois naturelles ? Selon des scientifiques australiens, le téléchargement pirate ne procurerait aucune culpabilité, simplement parce que le cerveau ne la ressent pas. Pourtant illégale dans un très grand nombre de pays, cette pratique quotidienne – si, si – relèverait simplement d’une incompréhension...

 

brain

DigitalRalph, CC BY 2.0

 

 

On pourrait douter, mais les chercheurs sous la houlette du doctorant Robert Eres, qui travaille au laboratoire de neurosciences sociales au Monash Institute of Cognitive and Clinical Neurosciences, est formel. Tentant de percer le mystère de l’indifférence que les internautes peuvent manifester face au piratage, ils ont mesuré l’activité du cerveau. 

 

Dans une première étape, un questionnaire était rempli pour découvrir si les sujets étaient plus susceptibles de voler des objets dématérialisés que physiques. Première conclusion : ce qui n’est pas concret ne semble pas associer de risque en cas de vol. 

 

Deuxième étape, effectuer des scans du cerveau, pour définir pourquoi les sujets n’ont pas de retenue quand les œuvres volées sont immatérielles. « La première expérience d’imagerie cérébrale a révélé que le cerveau des gens était bien plus actif à essayer d’imaginer une chose intangible, par rapport à des objets physiques. Ce qui suggère que les gens ont plus de difficultés à se représenter des éléments incorporels », note l’étude.

 

Une seconde salve d’analyses portait sur une approche plus cérébrale : imaginer que l’on obtienne légalement ou illégalement des versions physiques et numériques d’articles – musique, films, émissions de télévision ou logiciels. 

 

Quand on vole un objet, le cortex orbitofrontal latéral s’active comme un foufou. Cette partie du cerveau est associée à des éléments comme la sensibilité morale, et pour cause : voler un bien matériel induisait une forte réaction. Sauf que pour des fichiers numériques, la réactivité était bien moindre. 

 

Une évolution morale, à base d'électrochocs ?

 

Le traitement par le cerveau, ainsi que le démontre l’imagerie cérébrale, suggère une différenciation entre les objets tangibles et intangibles. Le Dr Pascal Molenbergs, qui dirige le département en conclut donc que le cerveau n’est pas sensible – ou pas encore sensibilisé – à ce que le vol et la culpabilité puissent s’appliquer aux biens immatériels.

 

 

 

« D’un point de vue de l’évolution, nous avons beaucoup plus interagi avec des biens physiques – en particulier en ce qui concerne la propriété, de sorte que nous sommes plus enclins à respecter ces choses, plutôt que des biens numériques, comme les idées ou les logiciels. » Parce qu’il faut envisager que copier-coller un texte sur internet relève de la même démarche de non-culpabilité.

 

La contrefaçon, quand elle touche au dématérialisé, n’introduit pas le sentiment que l’on pourrait attendre. Aussi, qui vole un œuf, vole un bœuf, mais qui vole un ebook ne vole donc pas une œuvre.

 

La nuance à apporter est que les cobayes de ces expériences n’ont manifestement pas été mis en relation avec des livres numériques dans le cadre des expérimentations. Les logiciels ont par exemple toujours été des biens dématérialisés, même sous la forme de CD ou DVD. De même, la musique a connu une évolution de ses supports, pareil pour les films, ou les séries. 

 

Mais cette éternelle relation au livre objet aurait été intéressante. Si l’on peut admettre que le principe de non-culpabilité s’applique sans peine aux livres numériques, il est probable que le cerveau connaisse des réactions distinctes...

 

via Torrent Freak, Monash