Pour les Labs Hadopi, numériser des livres, c'est du piratage

Clément Solym - 27.04.2011

Lecture numérique - Acteurs numériques - livre - numerique - hadopi


Exclusif ActuaLitté : Dans le cadre de la loi Hadopi, chargée de défendre la création, parfois contre les créateurs, il existe un petit terrain d'expérimentation destiné à « construire une base de connaissances accessible à tous, regroupant des publications de référence rédigées selon une méthode collaborative, permettant d'élaborer des propositions de résolution des tensions existantes. »

On les appelle les Labs Hadopi.


Leur présentation tient dans un mouchoir de poche mal replié avec cinq grandes orientations :

  • aider la prise de décision
  • synthétiser les connaissances
  • anticiper les évolutions par l'analyse prospective
  • faire émerger des solutions innovantes
  • sensibiliser des publics distincts

On en trouvera les intitulés et leur détail à cette adresse.

 


Dans le cadre des Labs d'Hadopi, une séance de travail sera prochainement organisée sur le livre numérique, avec des professionnels, des associatifs et des chercheurs, apprend-on, à une date prochaine : le 19 mai. « Il ne s'agit pas de faire une présentation formelle, mais de participer à la discussion pour tenter de faire émerger quelques pistes de travail, voire des lignes de discussion. » Pour le moment, le lieu de cet échange de points de vue n'est pas encore connu.

En l'occurrence, c'est le Lab Usages qui va travailler avec le Lab Éco et le Lab Droit, qui mettra en place cette séance de travail.

Le programme, qui nous a été communiqué s'articulera sur trois axes

  • Offre licite/illicite face aux usages : quelles différences de services dans l'offre licite, illicite (du point de vue de l'ergonomie des sites, de la qualification et du repérage des ouvrages, du processus de recherche
  • La transformation des pratiques : que change la numérisation des ouvrages aux usages des lecteurs ?
  • Les pratiques collectives : quels types de pratiques collectives se développent autour du livre numérique ? Quels rapports avec l'offre d'ouvrages ? Quelles transformations des prescripteurs

Dans l'idée, cette discussion s'appuiera sur les multiples travaux déjà présentés (on pense aux différents rapports rendus, ceux de Gaymard, d'Albanel, de la mission Zelnik, du SNE... alors que tout le monde a enfoui le rapport Patino loin sous terre...). Mais c'est que l'édition se trouve « en une période de forte incertitude et de transformations importantes », et les organisateurs ne souhaitent pas en rajouter une couche sur les travaux, mais plutôt prendre appui sur eux pour en faire jaillir quelques idées.

Le fou rire peut venir - il est déjà venu à certains - de la suite :

Le livre a été choisi par ces trois labs comme premier terrain d'investigation parce qu'il nous semble avoir souffert moins tôt des bouleversements de la numérisation et donc que les réponses explorées aujourd'hui sont à la fois plus avancées et les oppositions (voire les positions respectives des différents intervenants) moins figées.

Les bouleversements de la numérisation... Comme le faisaient remarquer certains, considérer que la numérisation est une forme de piratage ferait hurler de rire : dans ce cas, manifestement, l'ensemble des éditeurs qui numérisent leurs fonds sont des pirates ? « À voir l'intitulé des axes de travail, on se dit qu'on n'a pas fini de rigoler... », commente-t-on, en riant sous cape.

 


N'oublions pas que, somme toute, Hadopi instaure un système de surveillance des internautes. « Hadopi doit avoir trop d'argent. À la place, ils devraient acheter quelques abonnements à Publie.net », commente Bernard Strainchamps de la librairie Bibliosurf.

Où en sont les instances ?

Ce qu'il faut retenir, c'est que si la réflexion se porte sur le livre numérique, c'est que le Syndicat national de l'édition n'a pas abandonné l'idée de prendre part à l'Hadopi. En mars dernier, son président, Antoine Gallimard, nous expliquait pourtant que si SNE avançait sur le sujet, il était « difficile de trouver un système qui soit approprié [NdR : pour lutter contre le piratage], qui ne soit pas trop violent et ne mette pas un gendarme en face de l'internaute ». (notre actualitté)

Et reconnaissant que les prestataires pour recourir à Hadopi, représentent un investissement « relativement coûteux », pour « un petit marché », il était préférable d'envisager une approche pédagogique et éducative. Un peu à la manière de ce que l'éditeur de manga, Kazé a décidé de mettre en place. « Nous n'avons pas l'intention de créer un Hadopi du manga. Aujourd'hui, nous sommes très conscients des pratiques sur internet et l'on ne pourra pas enrayer ces consommations. Nous souhaitons juste redéfinir et fixer des limites. » (notre actualitté)