Prêcher la bonne parole : comment convertir les pirates en consommateurs

Clément Solym - 08.02.2016

Lecture numérique - Législation - Retune pirates - consommateurs offre légale - contrefaçon livres


Après des vagues de tentatives – ou de vagues tentatives ? – de ramener les brebis pirates égarées vers l’offre légale, la répression semble de moins en moins d’actualité. Le service MUSO, basé à Londres, tente une autre approche avec Retune : cette plateforme a inauguré un nouveau service, pour mettre en relation directe les producteurs de contenus et les pirates. Une approche qui complète le porte-feuilles d’outils pour la protection des œuvres sous droit.

 

Pirate Stańczyk

Radek Czajka, CC BY 2.0

 

 

« Retune est une plateforme Direct-to-Fan, qui communique un message positif émanant directement des ayants droit, vers une cible. Cela donne aux utilisateurs finaux la possibilité d’une meilleure offre, plus attractive, juste au moment où ils tentent de trouver des œuvres, via les réseaux pirates », explique Christopher Elkins, le directeur commercial. 

 

Plutôt que de chercher à supprimer des liens, qui repoussent comme l’ortie sur la toile, ou d’intenter des procédures en justice contre les internautes, l’idée semble plus créative. (via Torrent Freak) Selon la plateforme, 24 % de la bande passante mondiale seraient consacrées à la contrefaçon d’œuvres. « Retune utilise les réseaux de piratage comme un système de livraison pour créer un contenu contrôlé et un message clair pour le public qui se perd dans la contrefaçon, afin de le rediriger vers les canaux légaux. Cela vous apporte un tout nouveau modèle de données et de connaissances, favorisant le développement de l’audience, et conférant une meilleure expérience en ligne. »

 

Comment Retune pourrait donc arriver à ses fins ? On lit souvent des études aux résultats les plus variés sur les pirates, ou les potentiels pirates. Définir un profil est impensable, mais il semble que le pirate soit malgré tout un consommateur plus affamé que les autres. Aussi, dès qu’une offre commerciale lui facilite la vie, il serait enclin à y souscrire – encore faut-il qu’elle soit convaincante.

 

Elkins souligne que les pirates passent avant tout par des moteurs de recherche pour trouver matière à se mettre sous le clavier. Streaming, site de téléchargement direct, P2P les orientent alors vers l’offre contrefaite. « Retune vise à les engager – en utilisant le piratage en tant que véhicule – pour rediriger leur attention sur des préventes, des chroniques, du streaming [légal, NdR] ou encore des événements live », poursuit-il.

 

Puiser dans l'audience des sites de piratage...

 

Les détails ne sont pas fournis, mais il serait envisageable de déployer des messages à travers les annonces Google, ou encore d’injecter des annonces spécifiques sur les sites de téléchargement et/ou de streaming. Capter l’attention des pirates, où qu’elle se porte : « Retune est conçu pour interagir partout dans la journée, depuis les premiers résultats de recherche jusqu’aux sites de pirates », indique Elkins.

 

Le pirate devient alors un amateur éclairé, plutôt qu’un contrefacteur à poursuivre. Retune aurait la possibilité de le renvoyer directement à des plateformes comme iTunes ou Spotify, pour la musique. Et l’on envisagerait alors des outils similaires pour les livres numériques, les films, séries télé, etc. La redirection sera choisie par les ayants droit, qui garderont ainsi la main sur la stratégie. 

 

Chose intéressante, et qui souligne l’idée développée par ActuaLitté, voici quelques mois, dans un édito

 

Si la nature a horreur du vide, les demandes de retraits de liens sur des sites de téléchargement direct ou de Torrent seraient donc l’exact opposé d’une démarche sensée. [...]

L’idée est simple : des milliers d’extraits se retrouvent sur des sites de vente, tout à fait légaux. Pourquoi ne pas les propager sur les réseaux de piratage ? Après tout, les internautes qui s’y trouvent viennent chercher une œuvre. S’ils sont décidés à pirater, ils pirateront. S’ils trouvent un extrait de l’œuvre, la mentalité peut changer.

 

C’est également une approche similaire que le BDz Mag met à disposition des auteurs de bande dessinée : en leur garantissant une diffusion numérique sur les réseaux pirates, ce dernier distribue les ouvrages gratuitement, avec une licence Creative Commons autorisant le partage avec citation de l’auteur, mais interdisant les œuvres dérivées ou les usages commerciaux. 

 

La plateforme Retune de MUSO s’inscrit dans cette démarche. Et les ayants droit qui suivent cette perspective acceptent de sortir des sentiers battus qui n’ont jamais véritablement donné de résultats. En outre, la plateforme leur permet de collecter des cookies, anonymes, pour de nouvelles possibilités marketing. Pour autant, les demandes de retraits ne disparaîtront pas des services de MUSO. 

 

« Les retraits permettent aux propriétaires de droits de rivaliser et de diminuer le marché du piratage, en faisant retirer le contenu, et les résultats de recherches sont extrêmement importants pour que Retune dispose d’une exposition maximale », conclut Elkins.