Première arrestation d'un pirate d'ebooks en Espagne : 400 000 € de dégâts

Clément Solym - 20.10.2016

Lecture numérique - Législation - Espagne piratage ebooks - internaute police arrestation - contrefaçon livres internet


Pour la première fois en Espagne, un internaute a été interpellé pour le piratage de 11.000 livres numériques. Une fraude estimée à 400.000 €, aggravée par le contournement des mesures anticopie. Paradoxe ?

 

Pirate Stańczyk

Radek Czajka, CC BY 2.0

 

 

C’est au domicile de l’utilisateur, manifestement rendu célèbre par ses faits d’armes que la police espagnole a saisi l’ensemble des fichiers, présents sur son ordinateur. Outre le téléchargement des 11.000 titres, ce dernier avait donc cassé les DRM des fichiers, et redistribué en download sur plus de 400 sites internet les ouvrages.

 

Son activité est rapidement devenue lucrative, puisqu’il commercialisait les ebooks, ou passait par un modèle de contribution des utilisateurs. 

 

Une affaire qui ronronnait bien

 

L’opération policière a tout de même débuté voilà près d’un an. C’est le Centro de Derechos de Reprográficos qui a porté plainte, et permis, par les informations communiquées, de trouver le coupable. La police nationale s’est par la suite emparée du dossier pour arriver jusqu’à l’internaute.

 

Sa méthode de piratage en avait fait une star de l’internet espagnol et les utilisateurs des sites en question l’avaient largement remercié de son apport. Habitant à Valence, il a donc eu le plaisir de voir le Grupo Antipiratería de la Brigada de Seguridad Informática de la Unidad de Investigación Tecnológica de la Policía Nacional, débarquer chez lui. 

 

Selon les forces de police, un serveur était pleinement dédié à cette activité. Elles ont pu découvrir une multitude de programmes destinés à casser les mesures techniques de protection, et l’ensemble de la bibliothèque qu’il commercialisait. 

 

La plupart des fichiers découverts étaient des œuvres littéraires, indique-t-on. Le travail des autorités a été rendu d’autant plus complexe, note-t-on, que le pirate utilisait de multiples pseudonymes pour piloter les dizaines de pages consacrées au partage de fichiers.

 

Piratage : valoriser l’offre légale et faire peur aux internautes, mais intelligemment 

 

 

Le dernier rapport de l’Observatoire de la contrefaçon en Espagne soulignait que le piratage numérique battait actuellement des records. Ainsi, pour l’année 2015, 63 % des internautes avaient opté pour le téléchargement de contenus illégaux sur la toile, contre 58 % en 2014. Ils expliquaient, majoritairement, que le prix des œuvres – tous secteurs culturels confondus – était trop élevé, pour 62 % d’entre eux. 

 

Seuls 47 % indiquent qu’ils ne sont pas disposés à payer pour une œuvre qui pourrait ne pas leur plaire – et donc optent pour le piratage. On constate également une forte augmentation de prétextes comme « Je ne fais de mal à personne » ou encore « il n’y a pas de conséquences juridiques ». 

 

Cette problématique de la culpabilité, totalement, ou presque, absente lors du piratage d’œuvres dématérialisées n’est par ailleurs pas nouvelle. Une étude présentée mi-2016 démontrait en effet que le cerveau ne perçoit pas le problème, justement du fait de la dématérialisation.

 

En Espagne, les sanctions existent malgré ce que pensent les utilisateurs : entre 150.000 et 600.000 € d’amende sont encourus pour violation de la propriété intellectuelle. Les livres numériques sont d’ailleurs passés devant les jeux vidéo, comme contenu le plus piraté dans le pays...

 

via La informacion