Prêt d'ebooks : la peur du piratage fait (re)sortir les DRM du bois ?

Clément Solym - 24.11.2011

Lecture numérique - Usages - piratage - prêt - ebooks


La disparition soudaine, et la réapparition tout aussi soudaine, des livres numériques de l'éditeur Penguin dans le catalogue de prêt des bibliothèques aura montré deux choses. D'abord, qu'OverDrive est rapide. Ensuite, que la question du prêt d'ebooks est loin d'être réglée chez tout le monde.


C'est en évoquant des problèmes de sécurité que l'éditeur avait décidé de retirer l'accès à ses ouvrages, pour les 11.000 établissements qui comptent dans le panier du prestataire OverDrive. Ce dernier passe des accords avec les maisons, et alimente ensuite les établissements avec un catalogue - qui a récemment ajouté le format Kindle.

 

L'idée de Penguin, a été d'interdire les livres numériques au prêt, dans leur version Kindle. Et ce, alors que le cybermarchand a ouvert un service de prêt, à savoir un ouvrage par mois, maximum, et 5000 titres disponibles.

 

Chez HarperCollins, la politique est tout autre : obligation d'acheter X fois le livre que l'on souhaite mettre en prêt, pour qu'il soit accessible à X utilisateurs. Et au terme de 26 prêts, l'exemplaire doit être racheté. Finalement, quatre des six grands éditeurs américains restreignent donc le prêt, ou ne le permettent donc pas du tout.

 

 

L'une des hypothèses mises en avant, est que le prêt de livre est un catalyseur pour les ventes, puisque l'établissement achète, et met à disposition. Cependant, la politique d'érosion des ebooks, comme la clame HarperCollins n'est pas du goût de tous : un ebook, c'est increvable. Si aujourd'hui, OverDrive travaille activement à élargir son catalogue, le fait que les utilisateurs de Kindle soient impactés n'est pas sans risque. C'est après tout le lecteur ebook le plus démocratisé outre-Atlantique - si ce n'est ailleurs.

 

PIratage et DRM, comme toujours

 

C'est là qu'intervient la question du piratage. En France, des maisons comme Fleurus, Bragelonne, Le Diable Vauvert ou Publie.net plaident contre la présence de DRM - nous y reviendrons dans le cas de Bragelonne. Pour les éditeurs étasuniens, la situation n'est pas aussi claire. C'est que, plus on multiplie les intermédiaires, dans la livraison d'un fichier numérique, plus on prend de risque de le voir discrètement fuiter vers le net - l'industrie du film a pu s'en rendre compte une fois et une autre.

 

Le second pan du problème DRM - outre qu'ils ne servent prodigieusement à rien - c'est que l'industrie reste convaincue de leur nécessité. Pour autant, nous avions entendu, de la bouche même d'Antoine Gallimard, que cette solution n'était pas viable. Le président du SNE en personne avait recours à cette solution, en attendant que l'on trouve mieux.

 

À ce titre, des DRM existent sur les fichiers prêtés en bibliothèque, ce sont des verrous dits chronodégradables, qui permettent de fixer la durée de vie du fichier sur l'appareil. Ainsi, on accède à 14 ou 21 jours de prêts, au terme desquels le fichier est supprimé, ou inaccessible. Comme avec un livre papier, que l'on doit rendre.

 

Reste que même dans ce cas de figure, finalement, le DRM est un obstacle au bon usage que le client peut faire de son fichier - dans une moindre mesure qu'à l'occasion d'un achat, évidemment.

 

Si l'industrie de la musique n'a compris qu'avec le temps combien les DRM étaient funestes à son business, celle du livre est encore bien loin de l'avoir entièrement entendu. Et après tout, si tel ou tel éditeur souhaite persister dans l'erreur, on ne peut que lui signaler qu'il se trompe, pas lui mettre un couteau sous la gorge pour l'obliger à les supprimer. C'est ainsi que l'éternelle question revient : comment prouver que la lutte contre le piratage est coûteuse, bien plus que de proposer une offre commerciale attractive ?

 

Avec le temps... avec le temps, va, tout s'en va...