Prêt numérique au Danemark : après la crise, le renouveau

Clément Solym - 12.02.2019

Lecture numérique - Usages - Danemark prêt numérique - éditeurs bibliothèques collaboration - utilisateurs prêt ebooks


Au Danemark, un séisme vient de prendre fin : l’histoire du prêt numérique en bibliothèque fait des émules dans le pays, mais la plateforme dédiée a provoqué de nombreuses critiques. Désormais, tous les éditeurs danois ou presque sont intégrés dans l’outil. Mikke Christoffersen, consultant pour la Coopération des bibliothèques à la ville de Copenhague, revient sur cette aventure.


 

Près d’un citoyen danois sur 12 a consulté un livre numérique ou un audiolivre au cours de l’année passée, explique-t-il, pointant l’enthousiasme de ses concitoyens pour ces formats. La plateforme eReolen, qui fournit le service, a ainsi enregistré une hausse de 27 % de fréquentation en regard de 2017. 
 

Vaincre les réticences et les rumeurs


Reste qu’à partir de 2015, point culminant de la crise, rien ne laissait présager que cette formule parviendrait à survivre. Désormais, précise Mikkel Christoffersen, « tous les grands éditeurs sont de retour sur eReolen », après trois ans d’interruption du service. « Nos modèles de prêts ont été pensés avec leur concours, et ils s’y engagent pleinement ». 

Pour autant, mi-2018, des statistiques de l’Association des éditeurs danois ont été produites, avec des chiffres peu rassurants pour les professionnels. Des données « tendancieuses », estime-t-il, « qui auraient montré une baisse des ventes en raison du prêt en bibliothèque ». 

S’est ensuite ajouté au marasme une rumeur affirmant que les établissements tentaient d’imposer un modèle « un exemplaire/plusieurs prêts ». 
 
Et pour ajouter à l’ambiance délétère, des bibliothécaires à travers le monde ont reproché au modèle danois qu’il soit trop favorable aux éditeurs. « D’une manière ou d’une autre, nous étions parvenus à concevoir un système qui nous mettait toutes les parties à dos. »
 

Quand soudain, une éclaircie...


À l’origine de cette critique, le fonctionnement choisi pour eReolen : six mois durant lesquels le prêt s’effectue sur la base de 1 exemplaire - 1 utilisateur. Par la suite, l’ouvrage est automatiquement basculé sur un modèle 1 exemplaire - plusieurs utilisateurs. « Cette approche laissait beaucoup de marge de manœuvre, mais nous avons eu toutes les peines à lui frayer un passage ! »

Au cours de l’année 2016, nombre d’éditeurs ont déserté la plateforme, ce qui a eu pour conséquence de faire retomber la poussière. Pourtant, Lindhardt & Ringhof, l’un des plus importants éditeurs numériques du Danemark, est demeuré. Son idée était manifestement de prouver que le prêt numérique pouvait offrir un avantage global. 

« Son attitude a brisé net le front uni des grands éditeurs, permettant d’établir une autre version des faits, par rapport à celle qui était en vigueur : que les bibliothèques étaient le diable », poursuit Mikkel.

Le vent du changement pouvait souffler de nouveau, encouragé par deux événements majeurs entre 2016 et 2017. D’abord, le marché que livre numérique a mûri, et le nombre de titres a augmenté. Alors que eReolen se concentrait sur les enfants et les adolescents, des éditeurs de littérature adulte ont fini par refaire surface. 
 

La fin de la mythique cannibalisation ?


La plateforme est alors parvenue à convaincre qu’elle était en mesure d’accorder l’importance nécessaire à chacun. Tout en démontrant aux éditeurs que le canal du prêt numérique ne cannibalisait pas celui des ventes. Car ce que les établissements font le mieux, c’est la promotion de la lecture.

« Nous pouvons faire lire les enfants, les jeunes, inspirer les autres : demandez-leur de lire des choses qu’ils n’auraient normalement pas envisagées et d’en faire des lecteurs plus avisés. La bibliothèque publique s’adresse à tout le monde, mais, sur internet, elle prend le risque de n’être pour personne – ce qui constitue une condamnation à mort », analyse-t-il.
 
Le projet de eReolen n’est donc pas de créer un service de prêt numérique, mais de forger un environnement littéraire – lequel serait en lien avec des expositions, des événements qu’organisent les bibliothèques. Assurer une présence durant les salons et les foires, également, pour renforcer la présence physique du monde dématérialisé.

C’est le travail éditorial qui paye : 30 % des utilisateurs se servent des outils pour trouver des lectures et s’en inspirer, pas uniquement pour consulter des livres. À ce titre, ce que font les bibliothèques est bien plus crucial en ligne que hors ligne. 
 

Modèle économique et perspectives


Pour l’heure, eReolen navigue entre trois approches de prêts : le modèle bien connu du 1 copy - 1 user est manifestement très populaire chez les éditeurs. Ils sont autorisés à mettre la moitié de leur catalogue sous ce format de prêt.

L’autre, c’est l’ADN de la plateforme, 1 copy - multiusers. L’utilisation en est réglementée par les restrictions sur le nombre de prêts que les municipalités elles-mêmes instaurent.

Enfin, le troisième est celui d’une approche illimitée. « Nous versons une somme annuelle pour obtenir l’ensemble du catalogue de l’éditeur. Nos clients peuvent ensuite le consulter sans aucune restriction. C’est une aubaine pour la lecture chez les enfants et les jeunes, car ils ne subiront aucune contrainte ni restriction quand ils entament une série. »

D’autant qu’avec l’enthousiasme qui revient chez les éditeurs, le dernier modèle pourrait avoir le vent en poupe. À condition que les bibliothèques parviennent à développer leur numérisation. Elles sont nombreuses à rencontrer des problèmes pour financer les hausses de dépenses que représentent les prêts numériques – et restent les achats de livres papier...

eReolen a fait le pari de ne pas concentrer son activité sur les 5 % de best-sellers, pour en obtenir les meilleurs prix. Mais d’arriver à négocier des conditions générales avantageuses pour les 95 % de titres restant. Le modèle pourrait, à ce titre, certainement être reproduit dans d’autres pays. 

Surtout que, dans les pays nordiques, Amazon commence à pointer le bout de son nez. Probablement le géant américain parviendra-t-il à bouger les lignes. Avec la perspective que l’interprofession doit avoir : maintenir les jeunes générations en contact avec la lecture. Un défi qui implique une collaboration réelle de l’ensemble des parties...

via IFLA


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