Prêt numérique en bibliothèque : “Il serait dommage de payer moins cher”

Nicolas Gary - 24.02.2016

Lecture numérique - Acteurs numériques - prêt numérique - conditions commerciales - éditeurs offre usagers


Dans un communiqué daté du début du mois, la société Dilicom a présenté quelques éléments sur Prêt Numérique en Bibliothèque. Ce service met à disposition 110.000 ebooks, issus des catalogues de 890 maisons – ce qui représente 62,5 % de l’offre légale actuelle. À ce jour, 58 établissements de différentes tailles, en France, Belgique et Suisse, ont souscrit à cette offre.
 

PNB sur les libraires.fr
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

Outre les 890 maisons, 920 éditeurs et marques sont présents dans le catalogue à travers l’offre de FeniXX, qui réunit les œuvres indisponibles. De même, 36 libraires sont inclus dans la boucle des achats, comme interlocuteur pour les bibliothécaires, et 10 prestataires fournissent des solutions clés en main.

 

En 2015, près de 70.000 ebooks ont été empruntés. Notons qu’en novembre, l’offre était supérieure à 60.000 titres. L’ouverture à des catalogues de livres numériques diffusés par Numilog, Iznéo, Immatériel et FeniXX a ainsi permis d’augmenter l’offre. (Dilicom)

 

À ce titre, notons que l’arrivée des éditeurs distribués par Immateriel s’est accompagnée d’un message motivé. En effet, depuis le 18 novembre, expliquait-on, « toutes les offres du catalogue immatériel seront mises à disposition des libraires raccordés à PNB ». Il fallait signaler son désaccord pour ne pas y figurer et à partir du 30 novembre, l’ensemble des catalogues serait alors disponible. Un petit supplément d’information avait toutefois fait tilter certains des acteurs.

 

Notre souci principal a été de faire en sorte que la marge de chaque maillon de la chaîne du livre soit préservée. La nature de ce nouveau canal de vente implique l’application d’un système de protection coûteux (DRM Adobe), aussi nous avons tranché pour que les livres vendus en bibliothèque soient tous disponibles au prix public TTC que vous fixez dans le back-office + 2 €. Chaque livre vendu en bibliothèque via PNB sera sur le principe d’une licence pérenne (pas de limite de temps jusqu’à épuisement du nombre de prêts) et de 20 prêts. 

 

Des conditions à saisir ! #Bazinga

Les réactions n’ont pas toutes été aussi ouvertes que celle de l’éditeur E-Fractions, qui propose une offre de ebook-cartes. Ces dernières ont été « conçues pour favoriser la vente des livres numériques de littérature contemporaine dans les librairies indépendantes et le prêt des livres numériques dans les bibliothèques/médiathèque ». À ce titre, plusieurs éditeurs comme Métailié, Le Serpent à plumes ou encore l’Apprimerie et d’autres ont choisi cette option de diffusion. 

 

Dans un message expédié aux quatre vents d’un fameux réseau social, l’éditeur tente de poser différemment les conditions d’accès à l’offre PNB, pour les bibliothèques et les médiathèques. « Nous passons un e-distributeur agréé dont nous dépendons pour que nos ebooks soient référencés par la BNF », précise la maison d’édition. Elle explique ainsi que son distributeur s’est lancé dans l’aventure PNB, depuis décembre 2015. 

 

Si vous décidiez de passer par là plutôt que par nous et votre libraire indépendant local, vous gagneriez :

 

1) Le droit de payer chaque titre 2 € de plus sans que le moindre centime ne revienne aux auteurs ou aux éditeurs.

 

2) Que chaque titre soit équipé de ces merveilleux #DRM Adobe (qu’inconscients et irresponsables nous ne voulons pas.) qui, nous le savons tous, facilitent la vie des usagers et protègent la littérature contemporaine de cette immense menace qui pèse sur elle : le piratage par d’innombrables lecteurs pervers et avides tapis derrière leurs écrans.

 

3) De ne pas avoir (malgré ces 2 € supplémentaires par titre.) droit à nos #EbookCartes.

 

4) De ne pas voir rémunérés les libraires indépendants à hauteur de 40 % et donc de ne pas bénéficier de la remise de 9 % que nous les encourageons à vous faire.

 

5) À ne disposer que de 20 prêts, et non 25, comme c’est le cas avec nous directement via vos libraires indépendants.

 

« Bref, surtout n’hésitez plus, sautez sur l’aubaine de ce contrat gagnants-gagnants que vous propose le #PNB, il serait tout de même dommage de payer moins cher, d’avoir le droit à plus de prêts, de profiter des #EbookCartes comme outil de médiation, le tout sans ces beaux #DRM de la très philanthrope firme Adobe... Non ? »
 

L’idée que la rémunération des auteurs dans le cadre de PNB soit problématique n’est donc même plus une impression. Le directeur de la SGDL, Geoffroy Pelletier, soulignait ainsi : « Avec le prêt papier, l’auteur percevait une rémunération, avec l’achat du livre selon le pourcentage de son contrat, ainsi qu’une rémunération au titre de droit de prêt, de, peu ou prou, 1 €. »

C’est ce qu’encadre aujourd'hui la Sofia. « Avec le livre numérique, on entérine des usages totalement différents : la première rémunération liée à l’achat du livre se retrouve, mais, ensuite, on peut avoir entre 20 et 40 prêts – sans aucune compensation pour l’auteur, chose que la loi sur le droit de prêt avait prise en compte. » Et 2 € de facturation supplémentaires qui leur échapperont.

 

Délicieuses mesures de protection
 

L’association des Bibliothécaires de France s’était déjà inquiétée de la présence de ces mesures techniques de protection : « Par ailleurs, la complexité du modèle conditionné par la présence de DRM ou mesures techniques de protection rend difficile la réalisation des missions des bibliothèques à l’heure de la société du tout numérique. Beaucoup d’usagers ne seront pas en mesure d’accéder à ce service qui nécessite un certain niveau d’aisance avec l’ordinateur. »

 

Et de rappeler que cette exclusion, pour partie inquantifiable, des utilisateurs relevait d’une « profonde contradiction » en regard des principes de la charte Bib’Lib, notamment en regard du point 8 : « Le droit d’accéder à des ressources, y compris numériques, respectant la diversité des usages et favorisant l’appropriation de l’information et du savoir ». 

 

L’arrivée prochaine d’une nouvelle DRM, LCP, proposée par le consortium Readium, devrait accorder une plus grande souplesse aux professionnels. Sur ce point, Fleur Pellerin avait décidé de largement botter en touche, et de ne surtout pas évoquer la question des DRM, pourtant au cœur, comme on le constate de l’actuelle offre.