Procès Apple : Les emails embarrassants de Steve Jobs

Nicolas Gary - 12.06.2013

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La première semaine de discussions est achevée, et les témoins continuent de s'enchaîner à la barre. La cour fédérale de New York semble ne pas intéresser grand monde, et pourtant, c'est le devenir de l'édition qui se joue. Les grands patrons se suivent, mais ne se ressemblent pas. Pour la 7e journée de procès, c'est John Sargent, PDG de Macmillan qui a été appelé à témoigner. Et il n'a pas nécessairement mâché ses mots.

 

 

Justice sends mixed messages

Dan4th, CC BY 2.0

 

 

Déjà le mois dernier, à l'occasion de la Book Expo America, Sargent avait accusé le gouvernement de « sérieuse myopie », dans ce dossier. Reprocher à Apple d'avoir imposé aux éditeurs de fixer un prix de vente unique, c'était du délire. « Ils ont apporté de l'eau à leur moulin, quand Amazon avait 92 % du marché. Les gars comme Eric Holder (procureur général), sont tout simplement incompétents. » Et il est vrai que dans cette affaire, alors que le monde du livre, outre-Atlantique, s'est retrouvé dans une saine concurrence, avec l'instauration du contrat de mandat, seul Amazon était ennuyé par l'idée de ne plus pouvoir fracasser le prix de vente public.

 

Et quand Sargent répond aux questions sur ses relations avec Apple, il tranche : « Tout ce que j'ai fait, c'est négocier. » Pas question de parler d'entente. D'ailleurs, avec Amazon, Sargent avait proposé le contrat de mandat, ou de faire une croix sur les nouveautés, que le marchand ne vendrait pas avant sept mois. Une politique qui était devenue monnaie courante chez les éditeurs, à compter de 2009, de crainte que les ventes numériques ne consument celles de grand format. 

 

Mais toujours pas d'entente : Macmillan, filiale d'un groupe allemand, n'était pas assez important pour rivaliser et se retrouver en position de force. Mais dès lors que les quatre autres groupes signèrent avec Amazon un contrat de mandat, la négociation était largement simplifiée. Cependant, aucune pression subie de la part d'Apple, un scénario qui l'aurait presque fait rire. De même, il n'a jamais évoqué avec Apple les négociations avec Amazon. « Il ne reste aucune confiance », avec ce genre de méthode.  

 

Puis, une fois la tambouille achevée avec Sargent, c'est au tour du grand absent, Steve Jobs, d'être évoqué. Dans un email présenté à la cour, Jobs indique clairement qu'il laissera aux éditeurs le soin d'augmenter le prix de vente des livres numériques, attendu que les autres revendeurs sont traités dans des conditions commerciales identiques. Daté du 14 janvier 2010, le mail intervient en pleine négociation entre éditeurs et Apple. Et peu de temps avant que l'iPad premier du nom ne soit dévoilé au public, durant la conférence de San Francisco.

 

À cette époque, c'est Eddy Cue qui menait les discussions pour Apple, et ce dernier demandait la permission à son patron de pouvoir fixer des tarifs de 12,99 et 14,99 $ pour des best-sellers de la liste du New York Times. Et Jobs souligne qu'Apple ne pourrait pas être compétitif avec de pareils tarifs, si le contrat de mandat n'était pas globalement accepté. « Je peux m'en accommoder [NdR : de ce prix plafond] du moment qu'ils font passer Amazon vers le contrat de mandat, durant l'année à venir. S'ils ne le font pas, je ne pense pas que nous puissions être concurrentiels. »

 

Est-ce le marqueur nécessaire pour conclure qu'il y a une entente ? Sûrement pas, conclut Orin Snyder, qui représente Apple. Les avocats et représentants de la firme ont d'ailleurs souligné à plusieurs reprises que les relations commerciales des uns et des autres ne les intéressaient pas. Seule la rentabilité d'Apple préoccupait les dirigeants. Jamais personne n'a été contraint ni forcé d'accepter les conditions commerciales d'Apple...