Procès Apple : Random House, vilain petit canard du contrat d'agence

Nicolas Gary - 23.06.2013

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Tous les grands groupes d'édition américains étaient concernés par le procès intenté par le ministère de la Justice contre Apple. Tous ? Non. L'un d'eux avait résisté à l'envahisseur, et pour le coup, s'en est particulièrement bien sorti. Ce groupe est également celui dont on parle beaucoup, pour sa fusion prochaine avec Penguin. La société Random House a finalement réussi à passer entre les mailles du redoutable filet...

 

 

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ptwo, CC BY 2.0

 

 

En 2009, la grande patronne, Madeline Macintosh découvre le projet de contrat de mandat, proposé par Apple : 30 % du prix de vente pour la firme et 70 % reversés à l'éditeur. Mais voilà, elle n'est absolument pas convaincue. Et en regard de l'importance du groupe Random House, cela est tout à fait regrettable. D'ailleurs, cette absence fut l'occasion, lorsque l'avocat Lawrence Buterman interrogea Eddy Cue, pour le compte du ministère de la Justice, de parler d'un échec de l'iBookstore. Il faisait référence à un email de Cue, expliquant à Jobs qu'il y avait eu un échec dans les discussions avec RH - et certainement pas de l'iBookstore lui-même. 

 

Le plus grand éditeur manquait à l'appel et à Apple. Avec 25 % des parts de marché sur le territoire américain, l'absence de RH était donc notable. Or, pour l'avocat, cette absence était le signe d'un désaveu. 

 

À un détail près : lorsque l'iPad est lancé, le contrat d'agence est mis en place avec les différentes maisons, et quelque temps plus tard, Amazon, contraint par les éditeurs, signe également des contrats d'agence, à partir d'avril 2010. Et la société accompagne cette décision d'un communiqué, expliquant que ce choix permet au détaillant de profiter d'une marge plus élevée que dans leurs précédentes conditions commerciales. 

 

 

Apple nous menace "de ne pas autoriser les applications RH

parce que nous ne voulons pas travailler avec eux.

Eddy a commencé l'entretien en m'accusant d'être de mèche avec Amazon".

 

 

Madeline Macintosh n'a pour autant pas cédé. Dans un email envoyé à Markus Dohl, autre dirigeant de Random House, elle raconte un rendez-vous avec Cue, comme « une réunion improductive (passons sur le côté désagréable) avec Apple. Ils nous menacent maintenant de ne pas autoriser les applications RH parce que nous ne voulons pas travailler avec eux. Eddy a commencé l'entretien en m'accusant d'être de mèche avec Amazon. Charmant. » 

 

Pourtant, en mars 2011, Random House finira par adopter le contrat d'agence, et signer donc pour la commercialisation de 17.000 premiers titres dans l'iBookstore. 

 

Durant toute cette période, la position de RH n'a cependant pas enchanté les éditeurs. Ainsi, dans un email de mars 2010, David Shanks, patron de Penguin, évoque auprès de Steve Riggio, le patron de Barnes & Noble, l'attitude égoïste de Random House. « Tu sais que nous travaillons avec tes équipes pour finaliser une formule dans laquelle nos activités permettront de vendre nos livres numériques aux mêmes prix. » C'est donc la mise en place du contrat d'agence avec le libraire.

 

Plein d'espoirs, Shanks souhaite que cette nouvelle formule permette de vendre plus de numérique et de papier, tout en assurant de meilleures rémunérations. « La seule chose qui est décourageante, que tu sais sans doute, c'est que Random House a choisi de rester sur leur modèle actuel et de permettre aux détaillants de vendre au prix qu'ils souhaitent. »

 

Et de pointer le fait que la page d'accueil de Kindle assurait alors la promotion de RH, alors même que le comportement d'Amazon faisait trembler toute l'édition. Shanks parle alors du dédain de RH, et de la brutalité d'Amazon. « J'espère que vous pourrez blesser Random House comme Amazon peut le faire avec les gens qui sont en recherche d'un bien-être global dans l'industrie du livre. J'espère que vous pourrez voir toute ma détermination dans cette histoire. Ils ne devraient pas être autorisés à se montrer si égoïstes et à gagner. »