Projet Gazelle : le 'guépard' Amazon approche les petits éditeurs

Antoine Oury - 24.10.2013

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Brad Stone a écrit un livre, The Everything Store: Jeff Bezos and the Age of Amazon : pour un journaliste de Bloomberg Businessweek, le site de ecommerce constitue un sujet de choix, symptomatique des nouvelles stratégies commerciales liées au Web et au numérique. Écrit en collaboration avec Jeff Bezos, le livre révèle les délicates relations entre le revendeur et les éditeurs.

 


Etech05: Jeff

(James Duncan Davidson, CC BY 2.0)

 

 

Ouvert en 1995, Amazon ne vendait au départ que des livres : Jeff Bezos, créateur de la plateforme connaissait donc les acteurs de l'industrie, et avait prévu depuis un moment d'imposer la présence de son site au secteur. Mais c'est en 2004, bien avant la sortie du premier Kindle (en 2007), que l'entrepreneur commence à faire pression sur les grands groupes d'édition pour obtenir des avantages : remises, frais de port réduit ou encore des délais pour les paiements des stocks.

 

De plus en plus grand, le revendeur ne se prive pas de faire valoir ses ventes pour s'accorder les faveurs des éditeurs : Bezos avait nommé la campagne d'approche le Projet Gazelle, parce qu'Amazon « devait approcher les petits éditeurs comme un guépard s'approche d'une gazelle ». Une blague de marketeux, que les avocats ont vite fait renommer en un plus sage Programme de Négociation avec les Petits Éditeurs.

 

Stone a pu interroger Randy Miller, exécutant en charge du programme pour l'Europe, et explique « qu'il tirait un plaisir presque sadique à obtenir les meilleures conditions commerciales pour Amazon » : hausse du prix des livres, retrait des titres des recommandations, promotion de titres concurrents, les moyens de pression ne manquent pas pour faire plier les éditeurs, d'après Brad Stone. Ce programme s'appelait « Pay to Play », soit « Paye pour participer ».

 

Ce qui n'est pas sans séquelles, y compris du côté du ecommerçant : un employé a ainsi souffert de stress post-traumatique, un peu comme s'il sortait d'une guerre de tranchées, quand un autre s'est fait remercier après avoir refusé de renégocier un contrat signé avec Oxford University Press. Encore aujourd'hui, Amazon inclut dans son contrat à destination des éditeurs ou des diffuseurs des conditions qu'il est le seul à pouvoir proposer...

 

(via The New York Times)