Protection des données personnelles et livre numérique : incompatible ?

Clément Solym - 11.10.2011

Lecture numérique - Législation - données personnelles - proteger - vie privée


L'achat de livres numériques a radicalement changé la manière de se procurer des livres. Rien que cela, oui. Nous avions eu l'occasion d'évoquer le sujet : la disparition de l'achat de livre en liquide est une véritable perte de la confidentialité, contrairement aux ventes en ligne. Évidemment, se procurer en ligne des livres papier ne change rien à la situation, en regard du livre numérique... Mais il reste les librairies.


Évidemment, l'accès aux livres n'aura jamais été aussi simple : télécharger un ebook en 60 secondes depuis un Kindle est un avantage, c'est certain, mais la question est de savoir comment protéger ses données personnelles. La réponse est simple : il n'y aucun moyen. C'est que les livres exposent nos croyances religieuses, nos orientations politiques, voire nos problèmes de santé ou même dévoilent notre vie sexuelle. Du moins les achats réalisés peuvent-ils, même incomplets, partiaux ou erronés, permettre d'établir un portrait-robot de l'acheteur. (voir notre actualitté)

 

Cette question se pose dès lors que l'on effectue un achat en ligne, bien sûr, mais il y a tout de même un monde entre l'achat de couches-culottes ou de fournitures scolaires et les livres que l'on se procure. La capacité dont disposent les uns et les autres à recueillir des informations personnelles ne doit pas rendre paranoïaque pour autant. Simplement méfiant.

 

 

L'enthousiasme pour l'arrivée du Kindle en France mérite ainsi d'être pondéré : parmi les données que recueille Amazon, dans son service américain, on compte les notes, les marque-pages, tout ce qui relève du résumé ou des éléments pointés... Et tout cela, pour garantir à l'utilisateur de les retrouver depuis son Kindle ou les applications Kindle. Mais il faut bien les stocker, ces informations et donc les conserver quelque part.

 

Quelque part, quelqu'un veille

 

La Californie a récemment fait un pas de géant dans ce domaine, en votant une loi qui classera les achats d'ebook dans la catégorie données personnelles et privées. Cette décision ne peut qu'être saluée, et plutôt que de se battre sur le prix unique du livre numérique, les éditeurs auraient tout intérêt de se pencher sur ces questions. Après tout, d'ici à ce qu'un client déconfit décide de partir en guerre contre eux, parce que ses données ont été réutilisées, il n'y aura qu'un pas. (voir notre actualitté)

 

La Reader Privacy Act, législation californienne sur la protection des lectures, met au point plusieurs éléments de sécurisation, pour les consommateurs. D'abord, que le gouvernement ne pourra pas, sans une ordonnance du tribunal, disposer de ces informations. C'est la moindre des choses, mais cela a de quoi rassurer.

 

D'autre part, que des tiers qui solliciteraient les informations en question ne pourront pas y accéder, dans le cadre d'une action civile - procédure de divorce, garde des enfants, et ainsi de suite. Là encore, le bon sens entre en action, bien que la question de ladite pertinence viendra inéluctablement à se poser. L'ordonnance du tribunal pourra seule, une fois de plus, permettre d'accéder aux données, et sur des justifications précises.

 

Irrecevable... jusqu'à preuve du contraire

 

Aujourd'hui, le gouvernement américain, et la justice du pays ne peuvent pas recourir aux lectures, goûts littéraires ou opinions politiques d'une personne dans le cadre d'une procédure en justice. Ces éléments relèvent d'un caractère personnel, qui n'a pas lieu d'être dans un tribunal. En tout cas, la norme est là. De tels éléments seraient d'ailleurs considérés comme irrecevables dans l'hypothèse de leur présentation devant la cour. Finalement, donc, la législation californienne pourrait n'avoir qu'un côté pratique et pas efficace...

 

Cependant, elle offre une approche nécessaire : l'augmentation des catalogues, la démocratisation des usages et tout autre élément qui entre dans le développement de la lecture numérique reste sensible. Faire évoluer la protection des usagers est essentielle.

 

La France devrait y songer...