Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Qu'en est-il de la liberté sur internet ?

Xavier S. Thomann - 26.03.2013

Lecture numérique - Acteurs numériques - Piratage - Pirate bay - Julian Assange


Au cours de Salon du Livre, on a beaucoup parlé de l'offre légale, de la numérisation et de la diffusion du livre numérique. On a beaucoup moins parlé de l'autre versant de la situation, à savoir le piratage ou le partage (selon le camp dans lequel on se trouve). Heureusement, une table ronde a donné la parole à Jérémie Zimmermann et Amaëlle Guiton qui ont écrit des livres sur le sujet. 

 

 

 

 

Amaëlle Guiton, animatrice de la matinale du Mouv', est l'auteure d'un livre sur les hackers paru aux éditions du Diable Vauvert. De même que Jérémie Zimmermann, vient de faire paraître un livre écrit en collobaration avec Julian Assange, Menace sur nos libertés chez Robert Laffont. 

 

Le débat ne s'est pas tant concentré sur la question du livre que celle de l'état d'esprit des hackers, et de leur place dans la société. Pour mettre en place le contexte, les deux intervenants ont fait un bref historique de la notion, remontant aux origines, dans les États-Unis des années 1950 et 1960. 

 

De même qu'ils sont revenus sur le sens de termes et les réalités qu'ils recouvrent. Amaëlle Guiton estime qu'un « hacker est quelqu'un qui se réapproprie la technologie. » Zimmermann précise : « ce n'est pas quelqu'un qui casse. » Au contraire, « il cherche à comprendre la technologie pour ne pas se laisser enfermer dedans. » On est donc loin du méchant pirate tel qu'il est dépeint dans les discours politiques et les médias. 

 

En revanche, concernant le rôle politique des hackers, nos deux auteurs ne partagent pas tout à fait le même point de vue. Alors qu'Amaëlle Guiton pense qu'ils « ne peuvent faire l'économie d'une action politique », Julien Zimmermann est quant à lui beaucoup plus réservé sur la question. Il a rappelé qu'une « vaste majorité des hackers ne sont pas politisés. » Dans sa nature même, le pirate serait fondamentalement apolitique. 

 

Les pirates, défenseurs apolitiques de la diffusion culturelle

 

Ce qui ne signifie pas qu'ils n'ont aucun rôle à jouer dans la société. Ce serait même l'inverse, dans la mesure où leur maîtrise de la technologie peut profiter à tous. C'est d'autant plus vrai que le contrôle exercé sur les individus via internet s'intensifie. Prendre acte de cet état de fait ne revient pas à céder à la théorie du complot. Nous savons que rien qu'à travers Facebook, beaucoup d'informations sont recueillies sur les individus, avant d'être exploitées. 

 

Les hackers sont les plus à même de voir ce qu'impliquent ces dispositifs de contrôle. C'est à ce niveau-là qu'ils peuvent jouer un rôle, sans pour autant s'encarter. 

 

Après ces nombreuses précisions, la question du livre numérique et de sa diffusion a pu être abordée. Jérémie Zimmermann a affirmé : « la culture n'existe que si elle est partagée. » Une affirmation à laquelle tout le monde pourrait souscrire, à condition de bien comprendre ce que signifie le partage. Il faut ici le comprendre au sens de la gratuité et de l'absence de verrous. 

 

Dans cette perspective, le modèle économique d'Amazon a été mis en cause. Ce modèle revient à « capturer les livres dans un seul format », ce qui empêche leur partage, à rebours de la philosophie des pirates. Dans ce nouveau contexte, c'est bien la notion de droit d'auteur qui doit être repensée, afin de l'adapter aux nouvelles réalités. 

 

En guise de conclusion, Jérémie Zimmermann a rappelé un aspect de la question que nous avons nous aussi mentionné, à savoir que les personnes qui « piratent » les oeuvres sont par ailleurs les premiers acheteurs de biens culturels par la voie « légale. » Une donnée simple, mais que les responsables feraient bien de méditer un peu plus, dans l'optique de trouver (un jour) un terrain d'entente sur la question du téléchargement.