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Quand c'est offert, l'internaute préfère acheter que pirater

Clément Solym - 17.09.2014

Lecture numérique - Législation - référencement piratage - étude Google - moteur recherche


Les résultats de recherche des moteurs seraient l'un des piliers dans la lutte contre le piratage en ligne. Une étude de l'université de Carnegi Mellon montrerait que les recherches effectuées, et les résultats découlant, impacteraient directement le comportement des internautes. Acheter ou pirater, finalement, tout dépendrait des premiers liens qui s'affichent devant les yeux du surfeur ?

 

 

 

 

Google est sur toutes les bouches, quand il s'agit de résultat de recherches. En juillet dernier, le moteur disposait de plus de 90 % de parts de marché dans le monde, avec plus de 93 % en Europe et plus de 95 % en France. Et les industries du divertissement ne manquent jamais de pointer sa responsabilité dans la contrefaçon : le moteur ne ferait pas assez pour limiter l'affichage de résultats en infraction.

 

En France, le Conseil Supérieure de la Propriété Littéraire et Artistique avait travaillé sur cette question, saluant le fait que : 

Google prend désormais en compte dans son système de référencement les notifications de contenus illicites, de telle sorte que des contenus signalés à plusieurs reprises comme illégaux apparaîtront moins facilement dans les résultats de recherche des internautes.

Depuis pourtant quelque temps, Google s'applique à réduire le classement des sites pirates en fonction des plaintes DMCA reçues, bien que l'impact ne semble, pour l'heure, que minimal. Or, les conclusions de l'étude montreraient qu'une plus grande attention aurait un réel impact. 

 

Do Search Engines Influence Media Piracy? s'interrogent les chercheurs, qui ont mis en situation un groupe de cobayes. Ils disposaient d'un moteur de recherche, pour effectuer leurs requêtes, avec une liste de 50 titres de films, et une carte prépayée de 20 $. Les résultats de leurs demandes ont été classés en trois tranches : offre légale (site de vente), neutre (site d'information), pirate (on connaît la liste). 

 

Quand les résultats étaient neutres, 80 % des gens ont opté pour l'achat des films, et si les sites étaient exclusivement commerciaux, 94 % ont choisi cette option. En revanche, quand la plupart des sites portaient sur la contrefaçon, le nombre d'acheteurs passe à 57 %. Selon le professeur Rahul Telang, qui a supervisé l'étude, les résultats sont évidents.

 

Rétrograder les résultats de recherche pirate a un réel impact sur les ventes, et les téléchargements.

 

Cependant, on ne peut que prendre en compte le fait que les cobayes se sont vu fournir une carte prépayée, ce qui fait que dans l'un ou l'autre cas, l'achat ou le piratage était équivalent pour eux : ils n'auraient pas payé dans les deux cas. Et cette dimension de la dépense prise sur les deniers personnels est totalement absente de l'étude. S'il est envisageable que les comportements soient modifiés selon les résultats, il est encore impossible de certifier que les changements seraient instantanés. 

 

Dans son rapport, remis en septembre 2013, le CSPLA concluait pour sa part à 

 

l'intérêt de la logique de « trusted partners » mise en place par certains moteurs de recherche qui permet à des ayants droit de bénéficier d'une priorité de traitement dans leur demande de déréférencement. Ainsi, les sociétés de gestion collective ou syndicats peuvent utiliser cette procédure de notification en bénéficiant d'une présomption de titularité et d'illicéité des contenus notifiés. Les moteurs remarquent que le déférencement n'est d'ailleurs en pratique pas ou peu contesté par les sites ciblés, en raison de l'illicéité patente des activités poursuivies. En outre, Google a récemment mis en place une politique de transparence des procédures de notification qui permet une régulation douce des pratiques. Cette logique de partenaires de confiance pourrait être développée pour faciliter le travail des ayants droit dans la lutte contre l'illicite. Certains membres de la commission proposent de conférer à une instance administrative un rôle actif dans le signalement des contenus illicites.

 

Le débat se poursuit.

 

(via Torrent Freak)