Quand le crime paye : tricher sur les métadonnées des livres

Nicolas Gary - 22.08.2019

Lecture numérique - Usages - métadonnées livre - best seller trucs - vendre best seller


Abondance de biens ne nuit pas, mais surabondance de métadonnées semble problématique. Ce terme barbare désigne toutes les informations relatives à un livre – auteur (et traducteur), éditeur, couverture, ISBN, prix, etc. Or, à l’ère numérique, les métadonnées sont cruciales pour identifier un livre sur internet, sous peine de fournir des informations incomplètes, voire erronées.

Lying and Cheating
Sean Davis, CC BY ND 2.0
 

Souvenirs, souvenirs : du fait de mauvaises métadonnées, ActuaLitté avait découvert que Google Books prêtait à Jean-Luc Mélenchon des activités de missionnaire patenté, au service du Christ et de sa Bonne Parole. Et le leader de La France insoumise se voyait attribuer nombre d’autres ouvrages… alors qu’il n’avait écrit aucun d’entre eux…

 


Tout ce méli-mélo n’était dû qu’à des problèmes de métadonnées, des champs mal ou pas renseignés dans les fiches envoyées au libraire en ligne. Leur importance est donc fondamentale, on le devine à cet amusant exemple. 
 

La Caste des Métadonnées


Pourtant, en mars 2018, l’organisation britannique Book Industry Communication, soutenue par l’interprofession, alertait ses partenaires. En tant que structure chargée de faciliter la chaîne d’approvisionnement dans tous les secteurs du livre, elle émettait des préconisations concernant les métadonnées. 

Une sorte de guide des bonnes pratiques, qu’elle diffusait à l’attention des éditeurs, concernant surtout le champ “Sous-titre”. Selon elle, le flux de métadonnées était chargé de texte marketing et promotionnel, abusivement inscrit dans le champ évoqué, voire même dans le champ “Titre”.

Ainsi, un livre se retrouvait avec la mention « Best-seller d’après… », et l’on ajoutait le nom d’un média prestigieux ou encore des formulations marketing à l’emporte-pièce, « Meilleur écrivain de thriller vivant » ou « Lauréat du prix Man Booker ». Bref, des métadonnées qui faussaient la description stricte de l’ouvrage, et finalement, trompaient quelque peu celui qui allait les découvrir.

C’est-à-dire le lecteur. Car en somme, si ces flux de métadonnées circulent depuis la maison d’édition à destination des diffuseurs/distributeurs, qui les expédieront aux libraires, c’est surtout au lecteur qu’elles sont destinées. Et si l’on glisse habilement une petite mention promotionnelle, on peut espérer qu’il sera plus enclin à sortir sa carte bleue.
 

Ne pas tricher sur les informations


En mars dernier, donc, le BIC déplorait que cette pratique se soit « considérablement intensifiée au cours des douze derniers mois, malgré les avertissements réguliers des membres du groupe ». Le BIC ayant lui-même constaté la présence de ces ajouts « déroutants et trompeurs pour les consommateurs », demandait à ses membres d’y mettre fin dans les meilleurs délais. 

Même Amazon, pourtant féru de métadonnées — même si Audible, le service de livre audio, s’est fait tirer l’oreille pour sa mauvaise gestion — met en garde les éditeurs et auteurs indépendants. Les champs “Titre” et “Sous-titre” doivent apporter des informations permettant de créer « des pages de renseignements claires et conviviales ».
 
A Fool and His Money
David Goehring, CC BY 2.0

 
Le cybermarchand invite toutefois à ne pas les remplir avec autre chose que ce que contient strictement le livre — y compris pour KDP.  

Amazon précise à ce titre : « Les clients accordent une attention particulière aux erreurs dans les titres et ne reconnaîtront pas l’authenticité de votre livre s’il contient des caractères spéciaux, corrompus, des mots superflus, une mauvaise mise en page, un contenu trop descriptif, etc. » Et propose une liste de choses interdites, pour la bonne tenue des ventes.
 

Bourrer le flux, ou flouer l'abrut...?


Sauf que, souligne TNPS, la moitié des 100 meilleurs titres d’avril 2018 dans la section Kindle, ignoraient joyeusement les recommandations d’Amazon. Et pour accéder aux tops des classements, donc améliorer leurs ventes, les auteurs n’hésitent pas à remplir les champs proscrits avec une matière plus aguicheuse. 

Passant en revue les meilleures ventes britanniques du moment, TNPS opère le constat suivant : les recommandations du BIC soit n’intéressent personne, soit n’ont pas bien été entendues. Dans les deux cas, les meilleurs vendeurs pour août 2019 ignorent de toute évidence les règles édictées, de même que celles d’Amazon. 

Sur les 20 ouvrages du Top, 12 pratiquent une forme de Metadata Bombing, connu dans le Gers sous le nom de gavage de canard. Cela ne concerne que le top 20 d’Amazon, et il serait intéressant de vérifier les autres plateformes. Les titres comportent en effet des ajouts totalement superflus, mais plutôt racoleurs, type « The OMG Love Story of the Year – with a Fantastic Twist. »

Difficile de faire mieux : en France, le racolage n’est plus un délit, seul le client est condamnable. Bientôt des lecteurs pénalisés ? 


Commentaires
Bonjour. Merci pour cette note sur cette problématique. Mais ces données ne viennent-elles pas des éditeurs eux-mêmes (et non les auteurs ?) ? J'ai rencontré des "erreurs" chez "mon" e-libraire ; celui ci m'expliquait que c'était un flux xml qu'il récupérait automatiquement (sans contrôle a posteriori...). En l'occurrence, l'erreur portait sur le territoire de vente et je ne pouvais pas acheter l'ouvrage downer
Les éditeurs ne sont pas les seuls responsables de cs pratiques douteuses : même des auteurs indépendants se livrent à cette triche.
There needs to be some strict controls set in place to prevent writer fraud. The stealing from honest hard Writer's and Artist's of their material needs to be stopped. Why hasn't something been put in place to prevent this from going on and on? The Internet is a great vehicle for information for the public. Yet, there's SO MANY Trolls getting away stealing people's identity and publications. This is SO WRONG!
Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.