Quand le livre numérique fiche le cafard à l'édition mondiale

Clément Solym - 13.01.2012

Lecture numérique - Usages - edition - monde - moral


Les voeux d'Antoine Gallimard, président du Syndicat national de l'édition, pour cette année nouvelle n'avaient pas particulièrement versé dans l'optimisme, ni dans le pessimisme, d'ailleurs. En fait, c'étaient d'honnêtes voeux. Peut-être le grand patron des éditions éponymes n'avait-il pas encore pris connaissance des résultats pas très enjoués d'une étude sur l'édition mondiale.

 

Laquelle a clairement le moral dans le fin fond des chaussettes... Ce « moment charnière » que décrivait Antoine Gallimard, est vécu comme une très douloureuse transition pour nombre d'éditeurs, qui sont particulièrement peu optimistes quant à l'avenir de l'industrie du livre en général... Mais aussi bien moins optimistes sur leurs chances de réussites, de survie et de croissance que leur propre entreprise peut avoir.

 

En somme, on va tous mourir, et peut-être plus tôt que prévu...

 

L'enquête réalisée par Forrester Research sera dévoilée durant la Digital Book World Conference + Expo qui se tiendra à New York le 24 janvier.

 

Et celle-ci brosse un tableau pas très réjouissant du moral global de l'édition. Pour commencer, 82 % des cadres du secteur se disent optimistes quant à la transition vers le numérique, contre 89 % l'année d'avant.  Et du côté des éditeurs eux-mêmes, ils sont moins nombreux à voir les avantages que peut apporter le numérique. 

 

 

Sur les atouts pour les lecteurs, on passe de 74 % d'optimisme en 2010 à 64 % en 2011. Sur une augmentation du nombre de personnes qui se mettra à lire, de 66 % à 60 %. Sur un plus grand nombre de livres lus par lecteur, de 66 % à 47 %... En somme, tous les curseurs sont dans le rouge...

 

Ne vous arrêtez pas en si bon chemin, les autres données sont plus accablantes encore : seuls 28 % des cadres pensent que leur maison est assez bien armée pour affronter la révolution, alors qu'ils étaient 51 % l'an passé. Un optimisme en déclin constate James L. McQuivey, auteur de l'étude pour le cabinet Forrester. « Les éditeurs ont commencé le difficile travail de la transition vers le numérique et ils trouvent désormais, qu'effectivement, c'est très difficile. »

 

De plus, la période est celle d'une nouvelle ère, dont les possibilités sont limitées par la tradition et la peur. À l'occasion de la conférence de New York, on pourra débattre de toutes les raisons qu'il y a de s'enthousiasmer, bien entendu, mais surtout de retrouver le moral. 

 

« À court terme, le livre numérique est susceptible de faire augmenter la consommation de livres pour deux raisons simples : il est plus facile de les acheter et l'on peut les avoir avec soi plus aisément, à tout moment », souligne Mike Shatzkin, consultant sur les questions stratégiques, auprès de Digital Books.

 

Du reste, l'avenir sera probablement à une autre lecture, plus rapide, ou plus dense, évidemment en rupture avec ce que nous connaissons depuis lors. Une pratique découlant de la lecture sur internet, qui influence nos propres habitudes de lecture.