Québec : les lettres de noblesse de l'édition numérique indépendante ?

Nicolas Gary - 05.11.2013

Lecture numérique - Acteurs numériques - Québec - autoédition - auteurs indépendants


Fin octobre, l'affaire faisait grand bruit, au Québec : deux auteures majeures (et vaccinées), décidaient de commercialiser leurs nouveaux livres, et ouvrages plus anciens, en format numérique, directement sur leur site internet. Une situation délicate, puisque la loi 51 impose aux bibliothèques d'acheter leurs ouvrages aux librairies. Et s'il n'y a pas d'offre numérique dans les librairies, il n'y en aura pas plus en bibliothèque. 

 

 

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meddygarnet, CC BY 2.0

 

 

Serge-André Guay, président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys, nous a fait parvenir une tribune, pour évoquer cette question, et surtout, apporter un autre regard sur une décision qui, de l'avis des professionnels, ressemble à un petit coup de vilain poignard. Nous reproduisons ici son texte en intégralité.

 

 

Deux écrivaines québécoises de grand renom rejoignent des milliers d'auteurs indépendants sur le web

 

Voilà le titre approprié à l'annonce de la décision des écrivaines Marie Laberge et Arlette Cousture de vendre elles-mêmes leurs prochaines œuvres littéraires en version numérique sur leurs propres sites web.

 

En effet, on compte en milliers les auteurs indépendants au Québec, si on additionne le nombre de membres de l'Association québécoise des éditeurs indépendants, celui d'auteurs édités par la Fondation littéraire Fleur de Lys, Les Éditions numériques À temps perdu, BouquinsPlus et autres, ainsi que les auteurs québécois édités sur le site américain d'autoédition Lulu.com et par d'autres structures.

 

La nouvelle devrait donc se conclure sur une note positive en ces mots : « Marie Laberge et Arlette Cousture donnent leurs lettres de noblesse à l'édition en ligne au Québec ».


Malheureusement, la couverture médiatique du choix des deux écrivaines s'est plutôt limitée aux réactions négatives du milieu traditionnel du livre, notamment celles de l'Association des libraires du Québec et des bibliothèques publiques. Pourquoi ? Parce les auteurs indépendants, c'est-à-dire, ceux qui se libèrent de la chaîne traditionnelle du livre, se voient d'emblée dévalorisés au Québec.
Nos éditeurs traditionnels prétendent détenir le monopole de la qualité littéraire, être les seuls à pouvoir offrir aux lecteurs des œuvres et des livres de qualité dignes de mention.

 

Or, l'autoédition et l'édition à compte d'auteur s'opposent à ce monopole au nom de la liberté de choix des auteurs et des lecteurs. Depuis l'avènement des nouvelles technologies numériques facilitant l'édition et la vente en ligne sur son propre site ou dans des librairies virtuelles, un nombre sans cesse grandissant d'auteurs décident de ne pas soumettre leurs manuscrits à des éditeurs traditionnels pour les éditer eux-mêmes avec ou sans le support d'autres services.

 

Le choix témoigne d'un changement profond du profil et des visées des nouveaux auteurs. Plus âgés, plus familiers avec l'écriture après de nombreuses lectures, souvent nouveaux retraités, ces nouveaux auteurs visent davantage un succès d'estime personnelle  que commercial.

 

On compte aussi de plus en plus de jeunes auteurs qui connaissent davantage les nouvelles technologies de l'édition que la chaîne traditionnelle du livre. Aux États-Unis, des jeunes de 16 à 24 ans autoédités ont même donné naissance en ligne à un nouveau genre littéraire, le «New-adult», dont le succès fut instantané. Certains de ces jeunes auteurs furent vite recrutés par des éditeurs traditionnels, comme quoi le web doit être perçu comme une pépinière de talents littéraires.


Enfin, malgré les efforts de la chaîne traditionnelle du livre pour faire valoir son monopole de la qualité, les lecteurs américains font peu ou pas de différence entre les livres numériques autoédités et ceux publiés par les éditeurs traditionnels, selon une étude récente du Book Industry Study Group.


L'adage ici paraphrasé à savoir qu'il n'y a point de salut en dehors de l'industrie traditionnelle du livre croule sous le succès de l'autoédition. Merci à Marie Laberge et à Arlette Cousture.

 

Serge-André Guay, président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys