Quelques coquilles dans un Goncourt, que corrigent les pirates

Clément Solym - 14.11.2011

Lecture numérique - Acteurs numériques - piratage - Gallimard - Goncourt


On apprend tous de ses erreurs. L'an dernier, au mois de mars, sortait une cartouche de jeu pour Nintendo DS, 100 Livres classiques. Gallimard s'était alors fait épingler pour avoir utilisé une version de Proust issue du Projet Gutenberg. Laquelle contenait quelques coquilles...

 

Tout avait été réparé, lorsque les contributeurs du PG ont mis la main à la pâte. L'éditeur, en l'occurrence, Folio, filiale de Gallimard, nous avait expliqué qu'il s'agissait en fait d'une erreur de texte : on avait commercialisé par mégarde la version de test, et pas celle revue et corrigée. « Finalement, c'est l'univers de la coquille qui rencontre l'univers du bug. Dans une version imprimée, nous aurions rectifié les erreurs à la réimpression. Ici, il va falloir attendre la nouvelle production de jeux. Mais les coquilles, c'est inhérent à l'édition, à la presse ou à l'écrit. » 

 

Un Goncourt au sabre de pirates

 

Aujourd'hui, on prend les mêmes et on recommence. Sauf que ce n'est plus la presse qui a levé le lièvre, mais une équipe de pirates notoires, la Team Alexandriz. Dans un tweet diffusé hier, on peut lire :

 

Oh la la, Le Goncourt 2011 commercial est plein de fôtes, Heureusement qu'on corrige...

 

 

Capture d'écran à l'appui.

 

 

Et c'est avec un malin plaisir que les bonshommes décident donc de lancer ce camouflet à la tête de l'éditeur, montrant combien la version numérique de L'art français de la guerre, d'Alexis Jenni, est manifestement peu recommandable.

 

Selon eBouquin, bien au fait de la chose, c'est à la méthode de production des ebooks de Gallimard qu'il faut remonter pour expliquer la chose. En effet, l'éditeur passe par un PDF, qui est ensuite soumis à un logiciel de reconnaissance de caractères (OCR), avant d'être recraché en version EPUB ou Kindle. [Mise à Jour : manifestement, tout le monde n'aime pas les blagues de Clément, de eBouquin, et a tendance à les prendre pour argent comptant. Ce mode de numérisation n'est pas en vigueur, et il s'agissait d'une plaisanterie, entre initiés, manifestement trop sérieuse pour que l'on y touche...]

 

Ce qui est amusant, c'est de constater que la communauté pirate s'empare non seulement avec facilité des fichiers contenant des DRM - ce qui apportera peut-être une réflexion nouvelle sur leur pertinence. Mais surtout, qu'ils effectuent - gracieusement - le travail de relecture qui aurait été à réaliser avant la commercialisation du livre.

 

Une méthode de travail qui est d'ailleurs à l'étude dans le monde du manga et plus particulièrement de l'anime, alors que l'éditeur Kazé expliquait à "ActuaLitté" qu'à l'avenir, il pourrait travailler avec des équipes de scantrad. Celles-ci sont connues pour proposer en avance des versions traduites d'oeuvres encore non commercialisées dans les autres pays que le Japon. 

 

« Elles sont nombreuses, réactives et pleines de volonté. Et c'est connu, les meilleurs hackers, si l'on parvient à les convaincre, deviennent souvent des chefs de la sécurité informatique au sein de certaines sociétés. Simplement, je vous signale deux choses : d'abord, il faut les identifier, ces équipes, mais dans ce cas, je ne suis pas contre faire affaire avec elles et tenter de contractualiser. Mais il faut ensuite les convaincre de travailler dans ce cadre-là. Et surtout, bien leur faire comprendre que l'on n'est absolument pas là pour légaliser les sites de piratage », expliquait Kazé.