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Question existentielle : Supporter, ou ne pas supporter les DRM

Clément Solym - 11.04.2014

Lecture numérique - Usages - verrous numériques - FBReader - application de lecture


« Longtemps, je me suis couché de bonne heure » assurait un procrastinateur qui n'aurait certainement pas apprécié les verrous numériques, à l'instar de FBReader, solution de lecture applicative d'origine russe. Pourquoi un revirement qui, désormais, permet à l'application, qui ne supportait pas les DRM jusqu'à lors, d'être compatible avec les fichiers DRMisés ? 

 

 

 

 

C'est un accord avec la société ExpressPlay qui a autorisé ce petit tour de force : ce dernier repose sur la norme Marlin, qui est incompatible avec les DRM EPUB. Ce consortium d'entreprises de nouvelles technologies développe de nouvelles normes pour un standard de verrous numériques.

 

Depuis 2011, ils proposent même une solution alternative pour le support de DRM différents de ceux d'Adobe. Ce qui est intéressant, c'est qu'aucune entreprise ne contrôle cette norme, contrairement à Adobe, qui facture plusieurs dizaines de milliers de dollars pour autoriser le support de son cadenas.

 

75.000 $, pour être plus précis. 

 

En fait, cette approche permet à FBReader de ne pas avoir à verser la gabelle logiquement due à Adobe, tout en lui octroyant une solution pour lire les fichiers numériques commercialisés par les revendeurs. Si Adobe est le plus important des fournisseurs de DRM - et de solutions pour les décrypter - il n'en est pas le seul fournisseur. Ainsi, Kobo a fait le pari de prendre, pour DRM, une solution qui n'est pas propre à Adobe. Et certainement d'autres, assure le Digital Reader.

 

Ainsi, on pourrait citer le service de streaming Oyster  ou encore le revendeur oriental Kotobi. Or, pour un Russe, tenter de se développer en passant par le Moyen-Orient, voilà une approche qui a un certain sens. Surtout que son application existe pour l'ensemble des plateformes actuelles, Android, OSX, ou Windows - iOS reste à venir. On compterait d'ailleurs 5 millions d'utilisateurs actifs des applications, et neuf millions de téléchargements effectués, depuis sa création.

 

Il faudra peut-être que les services proposant une application de lecture, ou encore les fabricants d'appareils de lecture, de tablettes ou lecteurs ebook, frappent une bonne fois pour toute du poing sur la table. Si ces derniers refusaient d'acheter la licence Adobe, les livres numériques avec DRM proposés par les éditeurs ne seraient plus lisibles nulle part - ou presque. Dans ce cas, il faudrait que l'édition envisage une autre approche. 

 

Et bon débarras ?

 

« La seule raison d'utiliser des DRM, c'est que vos clients veulent faire quelque chose, et que vous ne voulez pas qu'ils le fassent. Si quelqu'un peut leur offrir un outil qui fait les choses que vous détestez et qu'ils aiment, ils vont l'acheter. Et votre DRM disparaît », expliquait dernièrement Cory Doctorow

 

Et de prendre l'exemple des cartouches d'encre, un liquide parfois plus chèrement vendu qu'un millilitre « de champagne millésimé ». Tout est fait pour que le client ne puisse que difficilement remplir son imprimante avec d'autres produits que ceux vendus par le fabricant d'imprimantes. Même système avec les vendeurs de forfaits pour téléphones portables : l'appareil est verrouillé durant une certaine période, pour que le vendeur puisse rentabiliser - fidéliser ou garder captif - son nouveau client. 

 

« Le DRM est un droit, pour les éditeurs, d'établir leur propre législation copyright. » Car, « cela n'a rien à voir avec le fait que l'information est gratuite ou non - il s'agit de savoir si les gens sont libres ». Mais voilà : la plupart des pays qui ont instauré des législations empêchant le contournement de DRM sont souvent liés aux États-Unis par des accords commerciaux. Et les partenaires sont souvent puissants…