Raconter la vie : "Aborder des sujets négligés des autres médias"

Antoine Oury - 08.01.2014

Lecture numérique - Acteurs numériques - Raconter la vie - Pierre Rosanvallon - réseau


Lancé voilà quelques jours, le site collaboratif, doublé d'une collection de livres, et filiale du Seuil, le projet Raconter la vie entend donner la parole aux oubliés, aux incompris de la société contemporaine. Comment ? En leur permettant de rédiger et de publier des textes originaux, accompagnés ou non de photos et de vidéos, qui seront présentés sous forme de livres numériques.

 

 

 

 

Si le macaron « bêta » apparaît toujours sur le site collaboratif, ce dernier est bel et bien ouvert. Et à tous, comme le souhaitent les instigateurs de ce projet ambitieux. En effet, la volonté de Pierre Rosanvallon, créateur de la plateforme, et de Pauline Peretz, directrice éditoriale du site et de la collection de livres physiques, est claire :

Il m'a semblé que pour aider le pays à sortir de l'ornière dans laquelle il est dangereusement enlisé, il fallait prendre une initiative à partir de ce que je savais faire. C'est à cela qu'a correspondu pour moi la maturation du projet “Raconter la vie”, avec ses livres et son site participatif. C'est pour moi l'entreprise politique et intellectuelle la plus forte que j'ai jamais mise sur les rails (et je n'en suis pas à mon coup d'essai !). C'est aussi un engagement moral et la volonté de faire une expérimentation littéraire qui me motivent et m'ont décidé à m'investir totalement dans ce projet pour les années à venir.

écrit Pierre Rosanvallon.

 

Le projet Raconter la vie se distingue en deux initiatives : le site collaboratif, et une collection éditoriale plus classique de livres physiques. La première complète la seconde, avec des interviews, des contenus bonus et d'autres éléments à découvrir, tandis que le site donne la parole, ou plutôt la plume, ou plutôt le clavier, aux internautes.

 

Toutes ces productions s'articulant autour d'un thème commun : « Les livres de la collection, comme les textes publiés sur le site collaboratif, mettent la lumière sur des métiers négligés par les autres médias, mais également des moments, des situations de vie, des lieux », explique la directrice éditoriale Pauline Peretz. Parmi les premiers sujets, on note la cohabitation forcée, ou des textes à venir sur un gardien dans une cité parisienne ou un prêteur sur gages.

 

Le développement de l'autoédition a bien évidemment été observé, et a nourri la mise en place de l'initiative, mais celle-ci s'est finalement affirmé comme un véritable service proposé aux écrivains amateurs, gratuitement : « La web éditrice Pauline Miel est chargée d'aider les internautes dans l'aboutissement de leurs récits, et un bon nombre d'entre eux seront examinés », explique Pauline Peretz. « Nous essayons également de mettre en place un système de coaching, avec des éditeurs communautaires qui pourraient aider à la sélection des textes. »

 

Le passage par un regard éditorial

 

En effet, contrairement à un site d'autoédition traditionnel, les textes proposés par les internautes sont soumis à la relecture avant publication : une façon de sécuriser juridiquement la mise en ligne, pour éviter diffamation ou racisme, mais aussi le moyen, pour l'écrivain amateur, d'obtenir un premier avis sur son oeuvre.

 

La longueur des textes est limitée à 50.000 caractères, mais l'auteur a tout le loisir d'y ajouter des photographies ou des vidéos personnelles, dans une logique de développement transmédia qui vient prolonger celle de la collection physique. Des thèmes sont proposés aux intéressés, pour « désinhiber et donner des repères aux internautes ».

 

L'inscription sur le site est totalement gratuite, et il est possible de lire des extraits et de télécharger les différents récits sans inscription. Cette dernière est toutefois nécessaire pour participer aux discussions autour des textes, et en publier soi-même : en 6 jours, le site a enregistré près de 550 inscriptions, pour 20.000 pages vues, après des articles parus dans Libération, Télérama ou Médiapart. Le téléchargement des textes s'effectue pour le moment au seul format PDF, mais l'EPUB ne devrait pas tarder, sans DRM. Et chaque texte est exportable, pour en favoriser la diffusion.

 

Car « l'idée du site, c'est également de créer des liens, un objectif fédérateur pour des gens aux intérêts différents. Nous avons constaté, dans les premières discussions, une bienveillance à l'égard des uns des autres, un ton très positif », note Pauline Peretz. Raconter la vie a par ailleurs le statut d'une maison d'édition, filiale du Seuil, qui publie les livres et administre le site.

 

Évidemment, les textes publiés sur Raconter la vie, la plateforme, pourront se retrouver publiés dans la collection physique, notamment dans des recueils thématiques : « L'idée de base est bien de repérer un récit publié par un internaute, pour voir son statut changer », explique la directrice éditoriale. De fait, toute publication sur le site transfère les droits d'exploitation à celui-ci.

 

Pour le moment, la collection physique compte 5 titres :

  • La course ou la ville, par Éve Charrin
  • Moi, Anthony, ouvrier d'aujourd'hui, par Anthony
  • Chercheur au quotidien, par Sébastien Balibar
  • La femme aux chats, par Guillaume le Blanc

Sans oublier Le Parlement des invisibles, de Pierre Rosanvallon, le manifeste de Raconter la vie. 

 

Les titres sont disponibles en librairie, et en téléchargement via Eden Livres (avec DRM, cette fois)

 

Au mois d'avril paraîtront trois autres ouvrages :

  • Regarde les lumières mon amour, d'Annie Ernaux
  • Business dans la cité, de Rachid Santaki
  • Grand Patron, fils d'ouvrier, de Jules Naudet

Enfin, le mois de septembre verra la publication de 4 autres titres, dont le portrait d'une infirmière de Figeac par François Bégaudeau.

 

 


Le projet Raconter la vie par raconterlavie