Aquadima : revendre des oeuvres numériques et rémunérer l'artiste

Nicolas Gary - 12.10.2015

Lecture numérique - Acteurs numériques - oeuvres numériques - vente occasion - artistes clients


Lancé à l’initiative de Renald Prébé, expatrié au Canada depuis 2010, le projet Aquadima déploie de nombreuses ambitions. Cette plateforme vise à mettre les consommateurs, les créateurs et les ayants droit en relation. Une mise en contact directe, offrant aux uns un véritable droit d’usage, revu et corrigé, et aux autres, une meilleure rémunération. Avec pour cadre un environnement numérique de cloud privilégié pour tous.

 

 

 

Renald Prébé est musicien et scénariste de bande dessinée. De part et d’autre de la chaîne, il relève les mêmes constats : manque de rémunération pour les créateurs, manque de liberté pour les clients. La conception d’Aquadima repose sur ces deux aspects. 

 

« À l’heure actuelle, de nombreuses plateformes doivent être invoquées pour mener une carrière numérique à bien : blog, réseaux sociaux, crowdfunding... Tout cela entraîne une fragmentation des espaces, avec pour conséquence une déperdition pour l’artiste. Ce dernier doit amener les internautes à le suivre sur différents outils, tout en apportant à des opérateurs spécifiques une clientèle qu’ils n’auraient jamais touchée », explique David Shabtaï, CEO France.

 

« Pour vendre sur iTunes, il faut amener son public, avec un travail marketing et une finalité commerciale qui ne profite qu’à la plateforme. L’artiste devient fournisseur de contenus et de clients. Si pour les grands acteurs, iTunes n’est qu’un canal de distribution, pour les petits, il représente l’essentiel de leurs revenus. Or, les conditions proposées sont loin d’être optimum. »

 

Autrement dit, Aquadima entend réduire les mouvements, en centralisant les solutions. « Perdre son public sur la toile, à travers ces outils, cela se traduit par une perte de rémunération pour les arstistes. »

 

 

 

En face, il y a donc les consommateurs. « Ces derniers s’inquiètent de ce que le respect de la vie privée soit une notion floue, de même qu’ils ne peuvent pas contrôler leurs achats. » Le sujet est revient en effet dans l’actualité, à intervalles réguliers : il n’existe pas de propriété sur une œuvre numérique, simplement une licence d’accès. « De fait, un client ne peut pas revendre ses contenus, pas plus qu’en cas de décès, il n’est possible d’en faire hériter ses proches. » 

 

Pour répondre à ces enjeux, il fallait créer un accès avec une plateforme rassemblant œuvres et médiathèque. « Si tous les services sont rassemblés pour chacun, on diminue le risque d’égarement. »

 

Maîtriser les contenus numériques et mieux rémunérer les créateurs

 

Après quatre années de Recherche & Développement, Aquadima est parvenu à une solution technologique aux multiples ramifications. « Nous nous sommes appuyés sur la décision de la Cour de justice de l’Union européenne de juillet 2012, la fameuse affaire Oracle. La CJUE a affirmé qu’il n’était pas possible d’interdire la revente de produits numériques d’occasion. Ainsi, elle réaffirme un véritable droit de propriété sur ces contenus, que nous souhaitons restituer. »

 

Concrètement ? Un artiste met en vente son œuvre – livre, musique, film, etc. « Au départ, ce ne sont pas les pourcentages de rémunération qui vont changer la donne. Nous devrions rester sur un modèle de rémunération de 70/30, en faveur du créateur. » En revanche, les services fournis seront largement supérieurs, assure David Shabtaï.

 

Aquadima donnera au créateur la possibilité de gérer les informations obtenues, les fameuses données clients que conservent jalousement les revendeurs. « Pouvoir établir des contacts directs, cibler une communication en fonction de critères comme la géolocalisation, les centres d’intérêt sont des outils essentiels. » 

 

 

 

Dans le même ordre d’idée, le créateur pourra ouvrir un abonnement, sur les modèles aujourd’hui en vigueur, mais également une solution de souscription. « Elle permettra d’assurer un soutien des consommateurs au créateur. » Et dans le même temps, intégrer toutes les solutions de financements participatifs qui puissent exister. « Nous parlons ici d’une alternative, tant en source de revenus qu’en outils marketing. » 

 

Pour les clients, la plateforme offre bien plus qu’une interface d’achat. On pourra créer une librairie, avec un nombre illimité d’œuvres, et un stockage de tous les achats opérés. « C’est ici qu’intervient la possibilité de maîtriser ses contenus : toutes les œuvres vendues à travers Aquadima pourront continuer leur vie. Un membre pourra revendre un ebook, à un autre membre. Cet ouvrage sera marqué avec un tatouage numérique, et dans le même temps, l’artiste ou ayant droit original percevra une rémunération supplémentaire. »

 

De quoi réconcilier tout un chacun ? Aquadima ne communique pas encore de chiffres sur le pourcentage reversé. « Ce sera une partie des 30 % originellement pris lors de la vente. »

 

Bien entendu, seules les œuvres acquises via la plateforme pourront être revendues. Les licences iTunes et consorts sont consenties entre client et vendeur, et impossible d’interférer à ce moment-là. En revanche, pour toutes les autres œuvres, prêt, don ou échange seront possibles.

 

Une box pour les réconcilier tous ?

 

Et David Shabtaï de poursuivre : « Ensemble, l’écosystème d’Aquadima permet de reconnecter consommateurs et artistes d’une façon pratique, sûre et juste. Les œuvres dans votre médiathèque sont liées aux profils des artistes, à des contenus exclusifs que ces derniers réservent aux fans. »

 

 

 

En parallèle, la société a monté son propre projet sur Kickstarter, l’Aquadima Box. Pour simplifier à l’extrême, c’est une médiathèque connectée, par laquelle les utilisateurs pourront accéder, via le cloud, à l’ensemble de leurs contenus. Et ce, sans aucune restriction territoriale possible. Il est d’ailleurs possible de transférer ses achats depuis d’autres plateformes, vers la médiathèque, pour en profiter à l’étranger. La fin des galères avec sa bibliothèque selon que l’on soit d’un côté ou de l’autre de l’Atlantique.

 

Les consommateurs ne sont pas simplement connectés comme avec d’autres plateformes, ils vivent ce que l’artiste est en train de vivre, et c’est le type de reconnexion que l’ensemble des publics attend depuis longtemps grâce aux technologies numériques. David Shabtaï, CEO France de Aquadima

 

 

Économiquement, Aquadima envisage plusieurs pistes : d’abord, il y a la commission prélevée « sur l’activité économique ». À ce titre, l’artiste n’aura rien à payer, si rien n’est vendu. À l’utilisateur, on proposera un abonnement premium, de 9,90 € annuels. « Avec cette approche, toute forme de publicité disparaît. Mais notre modèle publicitaire est celui d’une régie interne, sans retargeting vers des marques de voitures ou de shampoing. »

 

Ainsi, il est proposé aux artistes/ayant droit de produire des contenus promotionnels, qui seront soumis aux clients : « C’est un album que l’on recommandera à un lecteur, parce qu’il répond à des critères personnels, des suggestions de lectures pour un cinéphile, et ainsi de suite. » L’abonnement premium souscrit supprimera donc tout ce pan. 

 

Et en dernier lieu, l’activité de régie publicitaire, autour des réseaux sociaux, des contenus, des messages à diffuser, complétera le modèle économique. 

 

On pourra retrouver le projet Kickstarter sur cette page, qui touche à l’Aquadima Box. 

 

D’ici à la fin novembre, la partie ouverte aux producteurs de contenus sera ouverte, et l’application de gestion de contenus proposés dans les prochaines semaines pour les premières expérimentations. L’ouverture aux livres numériques, en tant qu’œuvres à commercialiser, s’opérera en janvier prochain.