Redécouvrir les bons mots du romancier Tristan Bernard

Nicolas Gary - 02.01.2018

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Paul Bernard a choisi pour nom de plume Tristan Bernard — le nom d’un cheval qui, aux courses, lui avait porté chance. Il figure dans la promotion 2018 des auteurs dont l’œuvre entre dans le domaine public. Romancier originaire de Besançon, il publia sa première pièce en 1894, Les Pieds Nickelés


Caricature de Tristan Bernard dans Les Hommes du jour (janvier 1911)


 

« Plus connu peut-être pour ses traits d’esprit que pour ses œuvres, il a lui-même contribué à faire oublier que celles-ci sont pleines de ceux-là », explique Pierre Maury, animateur de la bibliothèque malgache. L’homme, qui se destinait à une carrière d’avocat, et finit par ne jamais exercer, préférant diriger une usine d’aluminium, puis se consacrer à la littérature et au vélo, avait un goût prononcé pour les bons mots. Et une sérieuse renommée issue de ses mots croisés. Nombre de ses romans, dans la veine policière, participèrent à démocratiser le genre.

 

La bibliothèque malgache propose pour l'occasion quatre rééditions de ses livres.
 

Contes de Pantruche et d’ailleurs (1897)


Une collection de vingt-sept histoires fantaisistes et plaisantes. Des explorateurs européens en quête de cannibales africains n’en trouvent pas, mais sont amenés à déguster leurs porteurs. L’Académie donne des prix à des ouvrages publiés d’abord sous d’autres titres, sans se soucier de cohérence. Le roi Dagobert entend le peuple murmurer et retourne, outre sa culotte, sa veste, son bonnet royal et ses pantoufles. Pierre Arabin meurt et renaît, pour la grande joie de ses amis tandis que les dames trouvent ses souvenirs un peu tristes. Etc.
 

Supplément : En guise de préface, les extraits du Journal de Jules Renard où celui-ci fournit quelques fragments pour faire, sans le vouloir, le portrait d’un homme qu’il fréquentait beaucoup : « une petite tête d’enfant chaude comme une pomme de terre en robe de chambre. »

 

Mémoires d’un jeune homme rangé (1899)


Le premier roman en solitaire d’un écrivain qui ne s’y était risqué, auparavant, qu’en compagnie, préférant écrire des pièces de théâtre pour mettre en valeur ses qualités de dialoguiste. Daniel Henry y cherche son personnage, comme un comédien qui ne saurait quel habit endosser. Ses vêtements causent d’ailleurs quelques soucis à un jeune homme toujours en train de se demander comment le voient les autres. Et les réponses qu’il apporte lui-même ne le satisfont guère, jusqu’au moment où Berthe Voraud semble s’intéresser à lui. Mais le chemin vers leur union est tortueux.
 

Supplément : Une étude de caractère, sans faire l’économie de l’aspect physique (« Il est gras ; il n’est pas rose. »). Parue dans La Presse en 1900, elle est signée Francis de Croisset : « Il a l’observation minutieuse et analytique. Il scrute le cœur humain à coups d’épingle. Il le fouille de ses ongles courts, avec le plaisir aigu et chatouilleur qu’on ressent à gratter un bouton. »

 

Les veillées du chauffeur (1909)
 

L’automobile n’a pas changé seulement le voyage, elle a aussi modifié le voyageur et les lieux mêmes dans lesquels il se déplace. Les anecdotes vécues ou imaginées rassemblent, sous forme humoristique, les avantages et les inconvénients de la nouveauté. Avec une belle collection d’attitudes diverses devant la machine devenue le point de repère absolu en fonction duquel s’organise désormais la vie sociale. Plus de cinquante variations sur le même thème, avec l’apparition, de temps à autre, d’une bicyclette ou d’un cheval.


Suppléments : Gloire à l’auto, un texte de Tristan Bernard écrit pour Le Matin au moment où son livre était publié. Et une courte revue de presse.

 

Mathilde et ses mitaines (1912)
 

Dans Les veillées du chauffeur, on croisait Sherlock Holmes. En suivant l’idée, Tristan Bernard place une enquête entre les mains d’une femme qui seconde avec zèle son mari, un vrai policier celui-là. Pour une intrigue assez tirée par les cheveux grâce à une jeune femme recueillie une nuit, en bas de chez lui, par Firmin Remongel, instantanément tombé amoureux de cette brève apparition. Les apaches font du bruit dans les rues de Belleville, le quartier n’est pas très sûr, mais il s’y passe des choses encore plus étranges que ne le laissent penser les premiers indices. Pour compléter l’information, il faudra d’ailleurs aller jusqu’au Havre et à Bruxelles.


Supplément : Dans la revue de presse, André du Fresnois, peu amateur de romans policiers, s’étonne sur un air guilleret. Et Paul Souday se fait moralisateur.

 

Ché Guevara, Marcel Aymé ou Ramuz : le domaine public, en 2018


Ces quatre ouvrages sont mis en vente au prix de 1,99 € pour Contes de Pantruche et d’ailleurs, et 2,99 € pour chacun des autres volumes. (Ou, à Madagascar, 6 000 et 9 000 ariary.)
 

On pourra les retrouver sur la bibliothèque malgache à cette adresse. La BME s’est dédiée, dès 2006, à la réédition de texte, dans un premier temps librement téléchargeable. Par la suite, elle s’est orientée vers une autre approche, proposant des ouvrages payants, à prix modique. Elle a par ailleurs développé d’autres champs thématiques — la période de 1914-1918, une bibliothèque littéraire globale, et deux autres, consacrées à la Belgique et à la marche. 


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