ScienceDirect, de Elsevier, pillé par des moteurs de recherche

Nicolas Gary - 10.06.2015

Lecture numérique - Législation - Reed Elsevier - piratage articles - documents scientifiques


L’éditeur scientifique Elsevier s’est lancé dans un procès, devant la cour de district de New York, contre deux moteurs de recherches. LibGen et SciHub sont accusés de piratage des articles de la plateforme ScienceDirect d’Elsevier. Ces moteurs se serviraient de codes d’accès illégalement obtenus pour accéder à des articles proposés sous paywall.

 

Reed Elsevier piratage articles internet

 

 

Avec plus de 7,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires, en 2014, le groupe britannico-néerlandais enregistrait un bénéfice de 1,5 milliard €, soit 6 % de croissance. Son portail ScienceDirect propose ainsi des millions d’articles payants, issus de 2200 revues. 

 

Les universités, particulièrement embarrassées par ce point, achètent des accès, pour permettre aux personnels et élèves de consulter les documents. Un paywall limite les consultations, que les établissements payent cher. Le problème vient de ce que les chercheurs qui publient chez Elsevier sont payés par les universités qui les emploient, donc de l’argent public. Devoir verser à une structure privée un montant considéré comme douloureux pour consulter lesdits articles devient alors un sujet sensible...

 

Et voici que des moteurs de recherches semblent donner accès aux documents, et proposer le téléchargement de copies pirates des travaux académiques. Des sites qui connaissent une grande popularité dans des pays tels que l’Iran, l’Inde ou l’Indonésie, qui ne disposent pas nécessairement des moyens financiers pour payer les abonnements.

 

Accès contestés, parce qu'illégaux

 

Selon la plainte de Elsevier, les moteurs en cause sont accusés de « la reproduction et la distribution de copies non autorisées des travaux sous copyright d’Elsevier, obtenus à partir de ScienceDirect, à travers Sci-Hub et d’autres sites web affiliés au Library Genesis Project ». (lire la plainte, PDF)

 

En somme, les internautes se serviraient des moteurs de recherche pour parcourir, grâce à des comptes existant et qui payent le montant de l’abonnement, les bases de données. Nous serions donc en présence d’un « réseau international de piratage et d’infraction au copyright, en contournant les moyens légaux et autorisés d’accès à la base de données ScienceDirect ».

 

Et comme les internautes sont de viles crapules, non seulement ils téléchargent les ouvrages, mais surtout, ils les stockent sur leur propre ordinateur, voire, horribile auditu, les partagent. 

 

L’éditeur, avec ce procès, réclame donc une injonction qui fera cesser les activités des moteurs, mais également ordonnera aux FAI d’empêcher l’accès à ces sites, le plus rapidement possible. Une compensation pour les pertes de revenus occasionnés suit, qui pourrait s’élever à plusieurs millions.

 

Cité, Tom Allen, président de l’Association of American Publishers, affirme que des sites comme Libgen constituent une véritable menace pour la qualité des publications scientifiques. « Les éditeurs scientifiques travaillent à assurer l’exactitude de l’enregistrement scientifique, par la publication de corrections et de révisions aux conclusions que la recherche nécessite. »

 

On comprend mal cette conclusion, attendu que, si l’accusation est confirmée, les moteurs puiseraient donc dans des bases de données d’articles déjà vérifiés. Autrement dit, des articles qu’Elsevier a déjà contrôlés... 

 

« En conséquence, le référencement de contenus illégalement obtenus constitue une menace contre l’édition de revues de qualité, ainsi que pour la santé et la sécurité du public. » (via TorrentFreak)

 

Les chercheurs seront les premiers à sourire devant la nouvelle, étant donnée la réputation qu'a acquise Elsevier auprès du milieu scientifique : en mars, l'éditeur avait ainsi transgressé la licence Creative Commons utilisée par un chercheur sur ses travaux, afin de mieux les commercialiser. En mai, ce sont des médecins australiens qui se sont élevés contre l'externalisation de la production d'un journal historique à Elsevier, rappelant que l'éditeur s'est illustré dans le domaine du conflit d'intérêts, avec la publication d'études financées par des laboratoires pharmaceutiques.