Registre ReLIRE : 30 millions € pour 230000 livres à numériser

Nicolas Gary - 09.12.2013

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La commission de la Culture, de l'Education et de la Communication a eu l'occasion d'interroger le président du Centre National du Livre, Vincent Monadé, sur la numérisation des oeuvres indisponibles du XXe siècle. Quelques nouvelles informations relatives au financement de ce projet ont été données aux sénateurs, alors que Jacques Legendre s'était déjà publiquement inquiété du processus de numérisation. 

 

 

ReLIRE, tout une arborescence

 

 

« Il semble qu'il y ait un problème de financement de la part du Commissariat général à l'investissement comme des éditeurs, ainsi que je l'ai déjà mentionné devant la commission lors de l'audition de la ministre de la Culture et de la Communication », indiquait le sénateur Legendre. Et le président du CNL d'assurer que l'établissement apporterait un financement à la hauteur de 9 millions €, ainsi que prévu. 

 

Prévu, cela nécessite quelques explications. En effet, il existe un accord entre le Centre et la BnF, pour la numérisation première des oeuvres, c'est-à-dire la création de fichiers images, qui seront déposés auprès de la BnF, comme une sorte de dépôt légal numérique. Ces fichiers seront par la suite mis à disposition des éditeurs qui pourront opérer une conversion par OCR (reconnaissance de caractères), en vue de la création des fichiers numériques commercialisables. 

 

Ces véritables versions numériques, une fois réalisées, seront présentes sur Gallica, avec 10 % consultables - le reste du livre sera à acheter, bien entendu. C'est ici une donnée nouvelle et assez intéressante : finalement, les fichiers étant numérisés au préalable, c'est une anticipation de l'entrée des textes dans le domaine public qui est envisagée. 

 

Il existe donc une convention signée entre le Centre national du livre et la BnF, pour cette transformation des oeuvres papier en fichiers images, et de l'autre côté, une convention passée entre la BnF et la société de projet. 

 

Il existait bel et bien une problématique autour de la création de cette société de projet, mais manifestement, les éditeurs, explique le président, interviendront à la hauteur de 1,6 million €. Visiblement, le cabinet de la ministre de la Culture devrait prochainement annoncer la validation de l'accord passé - en l'occurrence, un prêt contracté auprès de la Caisse des Dépôts et Consignations. 

 

30 millions € pour 230.000 oeuvres : prétentions revues à la baisse ?

 

La société de projet, selon nos informations, sera chargée pour l'avenir de prendre les fichiers image réalisés, et de les présenter aux éditeurs pour leur exploitation. Or, il manquait une somme de 700 ou 800.000 € pour que la société soit en mesure de se lancer. C'est ici qu'interviennent les 430.000 € que le CNL va apporter. Ce que l'on peut en comprendre, c'est que la société de projet, dont le CNL devait être originellement actionnaire, sera pour l'avenir soutenu par le Centre, comme tout autre éditeur. La société pourrait être en mesure d'exploiter des oeuvres qui ne seraient pas reprises par les éditeurs - mais nous manquons, comme souvent, de précisions sur cette question. 

 

Bien entendu, il conviendra que la Commission Économie numérique du CNL valide les demandes présentées. En effet, la société de projet sollicitera les crédits à la numérisation, comme c'est le cas pour les éditeurs actuellement. Et finalement, la numérisation opérée de la sorte s'intégrera dans le cadre classique des subventions accordées.

 

Entre 2014 et 2020, ce seraient finalement 230.000 oeuvres qui devraient être numérisées au travers du projet ReLIRE, le tout pour un montant dernièrement estimé à 30 millions € - répartis à 20 millions peu ou prou, venant des éditeurs, et des prêts contractés, et de 10 millions, également peu ou prou, apportés par le Centre national du livre. Originellement, le ministère de la Culture et les différents acteurs ayant signé en février 2011 l'accord-cadre, avaient communiqué sur 500.000 oeuvres indisponibles sous droit, qui devraient être numérisées.

 

Il reste encore très compliqué de savoir d'où viennent les différents financements, à l'exception de ceux du CNL, qui seront exposés officiellement dans les comptes de l'établissement. Une question d'autant plus intéressante que le Commissariat Général à l'Investissement et les éditeurs, avait expliqué le sénateur Legendre, s'étaient récemment montrés assez réticents. Et le sénateur d'expliquer que «  les éditeurs rechignent à financer un projet à si faible rentabilité commerciale, tandis que le CGI est soumis à des règles contraignantes de participation, qui doit demeurer limitée par rapport à ses partenaires. Pire, d'après les informations recueillies par votre rapporteur, le CGI pourrait se désengager du projet ».