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Registre ReLIRE : les formalités à remplir 'sont lourdes et humiliantes'

Nicolas Gary - 15.10.2013

Lecture numérique - Législation - registre ReLIRE - oeuvres indisponibles - numérisation


Depuis septembre, Michèle Kahn est une auteure comblée : son ouvrage, Le Shnorrer de la rue des Rosiers est disponible en version numérique et papier, publié par Publie.net et Publie.papier, en impression à la demande. Mais sa satisfaction vient également de ce que son livre a échappé au registre ReLIRE, qui concerne la numérisation des oeuvres indisponibles, sous droit, du XXe siècle.

 

 

 

 

« Si la BNF avait eu la courtoisie de me demander  à disposer de ce titre, j'aurais dit non tout de suite », assure-t-elle tout de go. « Le projet de réédition était déjà en cours avec Publie.papier lorsque j'ai découvert que mon roman faisait partie des ouvrages retenus arbitrairement dans la première liste de livres qui seraient numérisés...

 

Cet ouvrage avait été publié en 1989 chez Ramsay sous le titre Rue du Roi doré. Une nouvelle édition avait paru en 2000 chez Bibliophane-Daniel Radford sous le titre Le Shnorrer de la rue des Rosiers, et les droits m'appartenaient depuis le dépôt de bilan de cet éditeur. J'aurais répondu de même pour Shanghaï-la-juive, autre titre trouvé dans le registre ReLIRE (alors que la dernière édition date de 2010 !), car c'est le premier volume d'une trilogie dont j'ai repris les droits, et que je souhaite voir publiée chez un même éditeur. » 

 

« J'estime que ces livres m'appartiennent. Et ce n'est pas que je l'estime, j'en détiens les droits. » Si la loi portant sur la numérisation des oeuvres offre des solutions pour qu'un auteur, un ayant droit ou un éditeur puisse demander le retrait de son livre, Michèle Kahn évoque « un sentiment étrange. Comme s'ils s'étaient emparés de mon livre. C'est une atteinte au droit moral. Les formalités que vous devez remplir pour prouver que vous êtes l'auteur de vos livres - mais oui ! - sont très lourdes, et humiliantes », précise-t-elle. 

 

 

"nombre d'auteurs ont un métier qui les fait vivre, et écrivent en plus. Il fallait être vraiment très attentif à l'univers littéraire pour s'apercevoir de l'existence du projet ReLIRE"

 

 

Bien entendu, pour les technocrates qui ont monté cette loi, ce type de considération est compliqué à percevoir. « Être auteur, c'est quelque chose de très particulier : comprendre ce que c'est qu'une atteinte au droit moral de l'écrivain, c'est très difficile, voire impossible,  si l'on n'est pas soi-même auteur, et même auteur conscient. »

 

« Bien des auteurs n'ont pas su que ce processus existait, et leurs ouvrages figurent sur la liste alors qu'ils l'ignorent. C'est lié à une situation de fait : nombre d'auteurs ont un métier qui les fait vivre, et écrivent en plus. Il fallait être vraiment très attentif à l'univers littéraire pour s'apercevoir de l'existence du projet ReLIRE. »

 

Pour exemple, cette réaction observée sur Twitter, suite à la publication de notre article :

 

 


 

 

En tant qu'ancienne vice-présidente de la SCAM, Michèle Kahn a pu travailler à cette question avec Hervé Rony, l'actuel directeur général, dans le cadre de la Commission des œuvres de l'écrit présidée par Pascal Ory. « Aujourd'hui, la SCAM est en mesure d'opérer les demandes de retrait pour le compte de ses auteurs écrivains [NdR : 9000 à ce jour], mais il a fallu un peu de temps avant d'y arriver, et seuls quelques-uns ont pu en bénéficier. La SCAM fera une annonce lors de la publication de la deuxième liste du registre ReLIRE. »

 

La réédition chez Publie.papier, en impression à la demande, représente également un grand sentiment de soulagement pour elle. « Cela signifie la fin du pilon ! Cette forme de gaspillage qui existe dans l'édition traditionnelle est insupportable. C'est un gâchis inouï, qui disparaît avec le principe de l'impression à la demande. » 

 

Aujourd'hui, son ouvrage existe donc dans une version papier qui inclut un code d'accès pour téléchargement gratuit d'une version EPUB sur publie.net « avec une maquette vraiment très belle, très inventive ». Et une nouvelle existence, vers de nouveaux lecteurs.  « Il reste à espérer l'attention des libraires », conclut-elle.