ReLIRE : Financer la numérisation du patrimoine, personne ne se presse

Nicolas Gary - 17.10.2013

Lecture numérique - Législation - Aurélie Filippetti - registre ReLIRE - financement


Pan sur le bec, comme dirait l'autre, ou plutôt, pan sur le clavier. ActuaLitté avait annoncé la semaine passée que 3,7 millions € avaient été attribués par le CNL au projet ReLIRE. Ce dernier, qui doit assurer la numérisation des oeuvres indisponibles, sous droit, du XXe siècle n'a cependant pas profité d'une pareille manne financière, ainsi que l'on a bien voulu nous l'expliquer. C'est heureux. Enfin... à moitié. 

 

 

ReLIRE  ? On s'enlise, on s'embourbe, c'est dégueulasse

dessin de Claude Ponti

 

 

Dans l'effort d'opacité permanent entretenu par le Service du Livre et de la Lecture, au ministère de la Culture, ReLIRE, pour Registre des Livres Indisponibles en Réédition Electronique, a depuis longtemps pris la tête du peloton. Et à chercher des informations, devant le silence des différents acteurs impliqués, on commet des erreurs. 

 

Notre erreur vient d'ailleurs du cabinet même de la ministre : sollicité par le député communiste Marcel Rogemont, sur le financement du registre ReLIRE, le ministère avait répondu de biais :

Le plan de financement de ce projet n'est pas finalisé. Une participation financière du Centre national du livre au projet est envisagée. Si tel devait être effectivement le cas, cette participation sera totalement distincte des financements déjà accordés à la BnF pour numériser des oeuvres du domaine public dans le cadre de son actuel marché de numérisation de masse. Il s'agirait donc bien de renforcer l'effort de numérisation actuel, sans s'y substituer.

 

Et c'est en s'appuyant sur les données fournies par le Centre National du Livre, dans la catégorie Politique numérique, que nous pensions avoir décelé une boulette ministérielle. C'est en réalité une demie-boulette.

 

Ne pas additionner torchons et serviettes

 

La Bibliothèque nationale de France a en effet bel et bien perçu 289.000 € de la part du CNL, mais cette somme ne concernait pas la numérisation des oeuvres. Il s'agissait de financer la constitution de la base de données, la réalisation du site, bref, toute la partie technique. ActuaLitté avait déjà dévoilé que pour l'établissement des 50.000 premières oeuvres, c'est la société Electre/Le Cercle de la librairie, qui avait été choisie, avec une facturation de 124.999 €

 

Il faudrait ensuite déterminer quels montants ont été attribués à la réalisation du site, et ainsi de suite - il faut espérer que ce ne soit pas le reste de la subvention accordée, à savoir 164.001 €. Quand on songe que la société Bull disposera d'un montant de 585.284 € pour assurer la version 2 du site ReLIRE, on est en droit de faire la grimace...

 

Le montant de 3,411 millions € évoqué dans les comptes du CNL n'étaient donc pas en lien avec la numérisation des oeuvres indisponibles. On se battra donc abondamment la coulpe, avec des scanners. 

 

Sauf que, dans sa réponse, le cabinet de la ministre omettait bien de dire que le CNL avait déjà été sollicité financièrement, et que, si ce n'était pas pour la numérisation à proprement parler, c'était bien pour la constitution de la base de données. À ce stade du projet ReLIRE, et contrairement à ce que répondait le ministère, le Centre a déjà contribué... et pourrait contribuer de nouveau.

 

Si tu sais pas, demande... mais n'attends pas de réponse

 

On sait, dans les milieux autorisés, que la ministre en personne regarde les fonds du CNL comme un budget appartenant à son ministère. Et sur lequel il serait possible d'agir à l'envi. Toutefois, le fonctionnement de l'institution garantit un certain contrôle des dépenses : il faudra en effet réaliser un bilan de l'action 2013, entre le CNL, la BnF et les tutelles de la BnF (le Service du livre et de la Lecture, ainsi que Bercy), avant que le Centre ne soit amené à verser de nouveau des subventions.

 

 

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whatleydude, CC BY 2.0

 

 

Par ailleurs, la subvention de 289.000 € a tout de même été versée dans son intégralité à la BnF, qui doit encore fournir les justificatifs nécessaires et les pièces financières. 

 

Ce que démontre notre erreur, c'est une fois de plus l'absence totale de communication et le manque complet de transparence vis-à-vis du projet, pourtant habilement présenté comme patrimonial. Rappelons que la question du financement est pourtant particulièrement suivie : le député Lionel Tardy, (UMP - Haute-Savoie), avait adressé à Aurélie Filippetti une question parlementaire. Ce dernier souhaitait des indications sur « le coût de réalisation et d'entretien du moteur de recherche de livres indisponibles ReLIRE ».

 

Eh bien, nous sommes en mesure de lui répondre, au moins partiellement : 289.000 €. Quant aux modalités par lesquelles la numérisation des oeuvres sera financée, on attend encore que la chape de plomb qui pèse sur la Caisse des Dépôts et Consignations, ainsi que sur le Commissariat Général à l'Investissement, veuille bien se briser. Bruno Racine, président de la BnF avait expliqué en mars 2012 que « 50 millions d'euros semble un ordre de grandeur plausible », pour la numérisation des 500.000 titres. Il faudra bien que l'argent vienne.

 

Et surtout, que l'on sache quelle est la nature de l'argent : fonds publics à rembourser, ou non, et si oui, dans quelles conditions...