Hadopi : des solutions contre le piratage de livres audio

Nicolas Gary - 10.07.2015

Lecture numérique - Législation - livre audio - piratage Hadopi - contrefaçon audiobook


Dans le cadre des propositions que présentaient les deux rapporteurs, Corinne Bouchoux et Loïc Hervé, sur l’avenir de l’Hadopi, rien ne concerne directement le monde du livre. Et pour cause, ce dernier a préféré opter pour d’autres solutions de lutte contre le piratage. Certainement à raison, quand on voit l’étendue de l’offre pirate en matière de livres audio, sur Youtube.

 

Variations on a windows theme

O Palsson, CC BY 2.0

 

 

Le Syndicat national de l’édition réfléchissait depuis un moment à la possibilité de recourir à Hadopi, mais considérant que la méthode cible les utilisateurs, le procédé semblait peu efficace. Ainsi, le SNE a fait le choix d’une solution basée sur des notifications de retrait, et des démarches s’attaquant à l’auteur et animateur du site contrefaisant. Une solution collective, proposée à chaque membre, doublée d’un outil faramineusement inexistant, Portail Protection livres, qui ne porte aucun fruit pour l’heure, puisqu’il repose sur une dénonciation volontaire.

 

Soit. Considérant les questions de piratage, et les outils à mettre en place pour améliorer l’identification d’oeuvres pirates, les rapporteurs présentaient donc une série de propositions, dont la 10 a longuement attiré l’attention.

Inciter les titulaires de droits à utiliser systématiquement les solutions techniques de marquage des oeuvres

 

Le Notice and Takedown, vieux comme le net – ou presque

 

Sur le principe, l’outil est connu : Youtube appelle cela le Content ID, un outil développé par la société pour aider les titulaires de droits « à identifier et à gérer en toute facilité leur contenu ». Autrement dit, Youtube compare une base de données de fichiers que fournissent les ayants droit. Dès qu’une correspondance entre deux fichiers est faite, ces derniers choisissent les méthodes à appliquer. 

 

Depuis des années maintenant, Youtube poursuit ses expérimentations avec les majors du cinéma. Pour comprendre, il faut imaginer que l’on demande à Robot Copyright d’identifier une empreinte – les techniques de marquage des oeuvres – pour définir si le contenu a été uploadé légitimement ou non. 

 

Comme le notent les auteurs de l'article précité, « la procédure dite de notification (appelée notice and take down dans le monde anglo-saxon), tout en n'étant pas une procédure judiciaire en tant que telle, est l'archétype même d'un mécanisme conçu pour le web ». Elle permet de notifier à un hébergeur l'existence d'un contenu manifestement illicite et d'obtenir ainsi, sans avoir besoin de saisir un juge, la suppression dudit contenu. La procédure de notification est prévue dans la plupart des pays du monde : elle figure dans la directive sur le commerce électronique de 2000 et à l'article 6 de la LCEN. 

 

 

Youtube teste d’ailleurs cette solution sur la musique. On ne trouvera donc pas très étonnant que ce type de proposition émane de la SACD, qui, auditionnée par les rapporteurs, estime qu’un modèle de suppression des contenus piratés puisse se présenter comme un « troisième instrument complémentaire à la réponse graduée ». Dans le rapport, on peut lire :

 

À titre d’illustration, l’outil de surveillance de vidéos « Content ID » développé par Google pour un coût de 60 millions d’euros, qui compte d’ores et déjà près de 5 000 utilisateurs, est un système de gestion des droits sur YouTube. Chaque ayant droit peut choisir les règles qui s’appliquent à telle ou telle œuvre pour un blocage partiel ou total : la protection de l’œuvre se fait alors en amont, évitant ainsi une procédure de notification et de retrait plus complexe.

Pourtant, trop de titulaires de droits hésitent encore à utiliser ce type d’outil, qui nécessite de donner à Google l’empreinte de chaque œuvre.

 

 

Mais attention : on explique tout de même dans la mission d’information que les titulaires de droit « devraient être obligés ou, à tout le moins, fortement incités à utiliser les solutions techniques de marquage des œuvres proposées par les hébergeurs ».

 

Le livre audio, victime discrète, mais bien réelle

 

Paule du Bouchet, présidente de la Commission livre audio au SNE, explique que « le sujet et le chantier du pirarage n’ont pas encore été ouverts par la commission. Il le sera immanquablement lors de la prochaine réunion plènière, en septembre ». Cependant, si en fonction des maisons, « des solutions sont envisagées, il est possible que la mesure n’ait pas encore été suffisamment prise ». Il semble pourtant « indispensable », de se consacrer au sujet, « par delà les solutions au cas par cas pour chacun des éditeurs ».

 

Mais le principe du marquage, en soi, n’est pas une nouveauté – de même que pour les livres numériques homothétiques.

 

Adopter Hadopi, ou ne pas adopter, Eric Marbeau, chargé de la diffusion numérique chez Gallimard, estime qu’il ne faut « exclure aucune solution. Ce que nous souhaitons, en tant qu’industriels, ce sont des méthodes automatisées au maximum ». Pour l’éditeur, dont la collection de livres audio grandit, il importe que « la situation soit prise en compte par l’ensemble des éditeurs de livres audio. Après tout, la musique, particulièrement sur Youtube, est contrefaite dans des proportions bien plus importantes, mais cela doit nous donner des indications ».

 

Cette nécessité de lutter contre le piratage des fichiers audio passera, estime la maison, par l’offre dématérisalisée qui sera accessible à tous. « Nous faisons des efforts pour ne pas travailler qu’avec Audible, et permettre, par exemple, aux libraires de vendre nos livres audio dans un format dématérialisé qui répond aux usages. » Et dans le même temps, proposer une offre de prêt d’audiolivres en bibliothèques, « permettra aux francophones d’emprunter, ce qui est une autre méthode pour contribuer à ce que les citoyens se détachent du piratage ». 

 

« Essayons surtout, ensemble, de travailler pour qu’une solution efficace émerge. Chaque éditeur doit se prononcer et pourquoi pas, alors, adopter une solution mutualisée, Hadopi ou autre, qu’importe. » 


Pour approfondir

Editeur :
Genre : architecture...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782204084628

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