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Robert Darnton promet une bibliothèque américaine entièrement numérique

Clément Solym - 04.04.2012

Lecture numérique - Acteurs numériques - Robert Darnton - DPLA - bibliothèque


« Je vous le promets. Nous le ferons ». C'est ainsi que Robert Darnton a terminé son discours à Harvard ce lundi 2 avril 2012, au cours d'une conférence nommée Digitize, Democratize: Libraries and the Future of Books (Numériser et démocratiser : les bibliothèques et l'avenir des livres).

 

L'historien, auteur de l'Apologie du livre, Demain, aujourd'hui, hier (voir notre actualitté), également directeur de la bibliothèque de Harvard, a émis lors de cette conférence le voeu de voir prospérer une Digital Public Library of America, un projet gigantesque à but non lucratif qui permettrait un libre accès à des millions de livres numérisés. Ce projet devrait être réalisé d'ici avril 2013.



 

 

 

Cette bibliothèque numérique entend ainsi mettre à disposition des contenus variés, de l'écrit à l'image, du film à la musique. La question des droits a bien entendu été évoquée, avec l'idée d'un « mur mouvant » , délimitant les oeuvres tombant au fur et à mesure dans le domaine public. Les ayants droit pour ces oeuvres auront la possibilité d'entrer ou sortir du processus en fonction de leurs propres intérêts. En revanche, la question des oeuvres orphelines, note Darnton, est encore trop complexe et épineuse pour être réglée sans une étape législative au préalable.

 

Google, entre inspiration et contre-exemple

 

Robert Darnton propose ainsi un équilibre entre démoctarisation et commercialisation du patrimoine écrit. Selon lui, le précédent de Google partait d'une idée viable, mais qui a échoué, puisqu'il s'agit maintenant d'une bibliothèque "commerçante", qui ne prendrait pas réellement en compte les intérêts du public.

 

L'enjeu est maintenant de trouver cet état d'équilibre pour la DPLA, entre l'intérêt du public et les enjeux commerciaux, c'est-à-dire « sans heurter les intérêts légitimes de l'industrie du livre ». À la fin de son discours, Robert Darnton a été interpellé par Nick Taylor, qui a guidé l'Authors Guild au moment des premiers procès contre Google lors des premières entreprises de numérisation. Il lui a demandé si les intérêts des auteurs étaient suffisamment pris en compte dans cette entreprise, ce à quoi l'historien a répondu que le comité directeur de la DPLA n'était pas conçu pour répondre aux besoins particuliers de groupes ou "secteurs" comme les auteurs ou les éditeurs. Cependant, il a précisé que le comité directeur lui-même comprenait des auteurs, qui seraient en mesure de mieux appréhender ces besoins. 

 

L'historien s'est dit, au cours de son discours, amateur de récits utopiques. Selon lui, « les choses peuvent s'écrouler, souvent au cours de périodes révolutionnaires, de telle façon qu'elles libèrent cette énergie utopiste ».

 

L'attitude décidée de Robert Darnton semble témoigner d'une volonté à toute épreuve dans cette entreprise qui ne manquera pas de susciter des réactions diverses. Elle s'était déjà manifestée dans son Apologie du livre (2011 pour la traduction française), où il déclarait :

« Et que dire de la bibliothèque ? Elle pourrait passer pour la plus archaïque de toutes les institutions. Cependant, son passé augure bien de son avenir car les bibliothèques ne furent jamais des entrepôts de  livres, mais elles ont été et seront toujours des centres du savoir. Leur position au coeur du monde du savoir en fait des lieux idéalement adaptés pour servir d'intermédiaires entre les modes de communication imprimés et numériques. »

 

Il nous l'avait bien dit.