Russie : Encourager les lecteurs à utiliser l'offre légale de livres

Nicolas Gary - 01.07.2013

Lecture numérique - Acteurs numériques - Russie - livre numérique - développement du marché


Le marché russe connaît la même trajectoire que bien d'autres : une étude récente de RTBH montre que 70 % des lecteurs utilisent des ebooks, 50 % y ont fait appel au cours des trois dernières années, et 23 % seulement au cours de la dernière. En somme, le marché numérique du livre est en croissance. Avec un bât qui continue de blesser : le piratage augmente à mesure que les catalogues s'étoffent, et que les usages changent. 

 

 

Russia_2837 - Tsar Cannon

Un coup de semonce avant l'attaque ?

de archer10 (Denis), CC BY-SA 2.0

 

 

Pourtant, force est de constater que la lecture en Russie diminue, et l'intérêt des lecteurs s'affaisse. L'Association des éditeurs russes le déplore, mais se félicite que le secteur de l'ebook grandisse : avec 250 millions de roubles pour l'année 2012 (5,82 millions €), contre 135 millions en 2011 (3,14 millions €), la croissance s'est faite rapide, depuis 2008. Et toutefois seul 1 % du marché global du livre. 

 

Le directeur de l'Association estime qu'entre 20 et 22 millions de personnes dans le pays utilisent des lecteurs ebook, avec une hausse à attendre au cours des prochaines années. La plupart d'entre eux résident dans les villes de Moscou et Saint Petersburg - où sont d'ailleurs les éditeurs qui produisent et les lecteurs qui achètent. 

 

 

avec 250 millions de roubles pour l'année 2012, contre 135 millions en 2011,

la croissance s'est faite rapide, depuis 2008.

Et toutefois seul 1 % du marché global du livre

 

 

En termes de parts de marché, iMobilco dispose de 20 %, contre 60 % pour LitRes. Son directeur général, Sergueï Anuriev considère d'ailleurs que, quelque part entre 2015 et 2017, le marché devrait approcher 5 % des ventes de livres, soit 3 milliards de roubles. Mais le plus important des problèmes reste le piratage, bien que les titres numériques soient largement moins chèrement vendus que dans les pays occidentaux. Là où l'on peut tabler sur une offre entre 10 et 15 $, le même livre, en Russie, serait à 3 $.

 

Pour la maison Eksmo, la plus importante maison du pays, 95 % des téléchargements seraient des contrefaçons - et considère que les pertes annuelles sont de 4 milliards de roubles pour l'année passée. Or, les éditeurs et l'État luttent contre cette piraterie de haute voltige : Rospechat, une agence étatique tente d'intervenir. Créée pour surveiller et encourager les lecteurs à préférer l'offre légale, dans une campagne lancée l'an passé, elle effectue un contrôle du net. Ainsi, au cours des deux dernières années, plus de 25.000 liens pointant vers des sites pirates ont été supprimés.

 

Un analyste du magazine professionnel Pro-books, Andreï Yurchenko, signale que cette popularité des sites pirates découle de l'absence d'offre légale. Entre 100 et 110.000 titres numériques seraient proposés, en édition contrefaite, contre 60.000 titres légaux. « La situation actuelle, avec le contenu pirate du marché russe, pourrait ainsi s'expliquer par le manque d'alternatives légales, en termes de services, d'offres et de prix », assure-t-il. 

 

 

Entre 100 et 110.000 titres numériques seraient proposés, en édition contrefaite,

contre 60.000 titres légaux. D'autres chiffres indiquaient, en 2011

une offre pirate de 250.000 titres, contre 30.000 légaux 

 

 

 

Mais pour l'heure, les deux acteurs américains n'ont pas encore eu le temps de structurer le marché. En outre, En effet, Anastasia Lester, scout agent spécialisée dans le marché russe, expliquait à ActuaLitté en mars 2011 que l'offre légale en Russie, de 30.000 ouvrages, était largement dépassée par les 250.000 titres d'offre pirate

 

« Je dois impérativement convaincre les éditeurs de céder les droits numériques, parce que sans eux, les éditeurs russes ne peuvent pas défendre le droit d'auteur, ni solliciter les sociétés qui vont traquer les oeuvres piratées sur internet. Et sans même parler de l'argent que l'on perd sur les ventes des oeuvres, parce que le marché russe est très vif », assurait-elle.

 

En décembre 2012, Google Books et iTunes débarquaient en Russie, et Amazon est attendu incessamment sous peu. « L'environnement va-t-il changer, concernant le piratage, c'est encore bien trop tôt pour le dire, mais les éditeurs savent que c'est dans leur intérêt que ces acteurs interviennent sur le marché de l'ebook. Ils sont sereins sur ce point. Ce qui est de toute manière important pour les éditeurs qui travaillent dans la production de livres numériques, c'est la compatibilité avec les appareils qui sont commercialisés sur le marché russe », analysait Anastasia Lester. 

 

 

Encourager les lecteurs à préférer l'offre légale,

pour soutenir la création et les auteurs - un vieux refrain

 

 

Les auteurs russes se mobilisent également pour inciter les lecteurs à lire des ouvrages, en toute légalité. En avril dernier, ces derniers avaient initié une campagne pour rapprocher également les lecteurs des librairies : si le pays compte 500 millions d'exemplaires papier produits chaque année, restant dans le top 5 des producteurs mondiaux, le nombre de librairies a diminué au cours de cinq années, de deux fois son nombre. 

 

En outre, avec une croissance de près de 200 % au cours des dernières années, dans le marché du livre numérique, pour les auteurs, cela représente un nouveau lectorat. Autant les inciter à lire des ouvrages légalement : « En outre, beaucoup de gens ne savent pas vraiment qu'ils lisent des livres sous droit ou piratés. Nous cherchons à apporter une convivialité et d'autres avantages qu'offrent des livres numériques droit droit », expliquait Vladimir Gregoriev, directeur adjoint de l'agence Rospechat. 

 

 

En 2010, la société OZON.ru a été la première à proposer un modèle de lecteur ebook pour le marché russe. Cette initiative a cependant raté. « En pratique, les Russes n'utilisent de pareils outils que pour stocker leurs collections de livres piratés, et c'est une tendance que l'on peut observer aujourd'hui encore », précise Mikhail Osin, fondateur de OZON.ru. Faire comprendre aux lecteurs qu'acheter des titres permet de favoriser l'industrie et les auteurs russes, comme étrangers... voilà tout un programme.

 

Une campagne publicitaire est d'ailleurs diffusée sur les chaînes russes, vantant les mérites de l'offre légale pour les auteurs, dont quelques représentants se font détrousser dans la vidéo ci-dessous...