Russie : le marché du livre numérique venu du froid

Clément Solym - 20.03.2012

Lecture numérique - Acteurs numériques - Russie - livre numérique - ebook


 On arrive sur le stand de la ville invitée du Salon du Livre 2012, Moscou, un peu comme dans un café : le comptoir, les tables rondes façon-terrasse et l'odeur entêtante du Kusmi Tea y sont probablement pour quelque chose. Andrey Gelmiza, PDG de Knigabyte, une maison d'édition numérique, s'y installe pour partager sa vision du marché russe, sans verser dans la discussion de comptoir.

 

« Au dernier Salon du Livre de Moscou, Vladimir Gregoriev plaçait le tournant pour l'édition numérique au moment où Amazon a déclaré vendre plus de livres numériques que papier. Pour moi, c'est plus le jour où je suis descendu dans le métro moscovite pour compter combien de voyageurs lisaient en numérique. Et il y en avait nettement plus que pour le papier.» Logique : Andrey Gelmiza, PDG de la maison d'édition numérique et association de diffusion Knigabyte partage plus volontiers son expérience sur le terrain. Chacune de ses observations nous est traduite par Daria Sinichkina : avec une voix pareille, on aurait été prêts à une lecture complète de Guerre et Paix.

  

Andrey Gelmiza et Daria Sinichkina

 

 

La lecture numérique n'est pas qu'une question de popularité pour le PDG de Knigabyte, qui signale d'emblée que le métier d'éditeur doit changer en amont des habitudes des lecteurs : un « travail plus collectif » qui suppose le recours à une multiplicité d'acteurs : « auteurs, éditeurs, designers, développeurs... » La liste est longue, mais les talents nécessaires à la création de ce « nouvel agent médiatique » sont nombreux.

 

Le développement de cette nouvelle voie d'accès à la connaissance dépend avant tout de « l'ergonomie du Web », qui l'imagine à terme comme « une immense bibliothèque avec plusieurs entrées ». Le livre, à la fois accessible et dématérialisé, investit peu à peu le cloud : « Chez Knigabyte, nous nous interrogeons beaucoup sur la façon dont le livre peut participer à la modernité dans les lieux où on l'attend le moins » explique-t-il.

 

S'ensuit un petit état des lieux du marché numérique de l'autre côté de l'Oural : « Il ne date pas d'hier, et les distributeurs comme Litres ou mymobilka ont eu le temps de s'organiser avant l'arrivée d'Amazon. » Sans recourir au protectionnisme, les éditeurs se sont organisés pour s'emparer d'un catalogue russe encore sous-représenté par les plates-formes numériques internationales, d'après Andrey Gelmiza. « La popularité du livre numérique en Russie s'explique aussi par le large choix de readers », note le PDG, qui souligne aussi que le monopole du format est beaucoup moins important dans son pays, où le format ouvert FB2 est prédominant.

 

Aucun nuage, à part le cloud, à l'horizon du livre numérique en Russie ? Andrey Gelmiza en appelle à nouveau à son expérience personnelle et signale que « Dans le métro, beaucoup de gens avaient téléchargé illégalement leur ebook ». Cette question concerne d'après lui « les grands acteurs comme l'administration » et devrait susciter une baisse des prix pour endiguer le piratage. Pour terminer, le PDG nous invite dans la capitale en nous précisant que la France en est cette année l'invitée d'honneur. C'est en septembre.

 

En plus, on sait déjà comment dire « livre » : kniga

 

Reste à savoir comment dire livre numérique... ikniga ?