Sciences et découvertes : demain un papyrus en ebook

Clément Solym - 19.05.2009

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La version moderne de l’âge de la découverte, ce sont des équipes de scientifiques de l’informatique, des conservateurs et des spécialistes qui parcourent le monde pour numériser des trésors littéraires en décrépitude.

Ils découvrent actuellement de nouveaux documents, dont des versions jusque-là inconnues d’Évangiles chrétiens, des fragments de poésie grecque et des commentaires sur Aristote.

La technologie au service du passé

Les nouvelles technologies permettent aux chercheurs de scanner d’anciens textes autrefois illisibles, noircis par le feu, par l’érosion chimique, repeints ou simplement trop fragile à manipuler. Aujourd’hui, les spécialistes étudient ces travaux à travers des rayons X fluorescents, l’imagerie multispectrale utilisée par la NASA pour photographier Mars ou bien les scans en 3D utilisés par les techniciens médicaux.

L’imagerie multispectrale, développée à la base pour prendre des photos satellites à travers les nuages s’est révélée très efficace aussi bien sur des anciens parchemins papyrus que sur des manuscrits médiévaux réécrits lorsque les scribes recyclaient les pages des parchemins. En utilisant cette technique, qui photographie des images haute résolution sous différentes ondes de lumière, les spécialistes peuvent voir des détails invisibles à l’œil nu : par exemple, la lumière infrarouge met en évidence l’encre contenant le carbone de charbon écrasé, tandis que les rayons ultraviolets révèlent l’encre contenant du fer.

Imagerie, numérisation, scanner

En prenant des photos numériques haute résolution avec 14 longueurs d’onde de lumière, des spécialistes d’Oxford peuvent à présent lire des morceaux de papyrus découverts en 1898 dans une ancienne décharge d’Égypte centrale. Jusqu’ici, les chercheurs ont numérisé à peu près 80 % des 500 000 fragments, datant du 2e siècle av. J.-C. jusqu’au 8e siècle apr. J.-C.. Les textes comprennent des parties de travaux inconnus écrits par des auteurs célèbres de l’antiquité, des évangiles perdus et des premiers manuscrits islamiques.

Parmi leurs récentes découvertes : une version alternative de la pièce grecque Médée, immortalisée plus tard par la version d’Euripide, sur un vieux papyrus noirci datant du 2e siècle apr. J.-C.. Dans cette nouvelle version, écrit par le dramaturge grec Neophron, Médée de ne tuerait pas ses enfants, explique Dirk Obbink, directeur du Projet Oxford’s Oxyrhynchus Papyri.

Une course à l’armement numérique

Des multinationales dépensent des millions dans des projets de numérisation à grande échelle. Microsoft par exemple s’efforce de scanner 80 000 livres de la Bibliothèque Britannique et le projet à de plusieurs millions de dollars d’IBM vise à recréer une version virtuelle de la Cité interdite chinoise. La Fondation Ford avec d’autres organisations soutient quant à elles une dynamique visant à numériser 700 000 manuscrits à Tombouctou au Mali.

Scanner un livre engendre évidemment des frais : Le scan d’un livre traditionnel peut coûter 10 centimes la page, mais peut monter jusqu’à 100 ou même 1000 dollars pour des manuscrits rares qui nécessitent une manipulation particulière.


Tous ne sont pas autant enthousiastes pour cette avancée des technologies, en effet certains spécialistes se montrent, inquièts. L’imagerie mal gérée pourrait endommager les manuscrits ou ne pas retranscrire des détails clés, par exemple les styles de reliures qui permettent de dater et de trouver l’origine des écrits. Ces experts expliquent que l’avancée forcenée vers un archivage numérique pourrait conduire au final à nuire aux travaux des spécialistes en créant l’illusion que tout est disponible en ligne alors que l’enregistrement numérique présente tout de même de nombreuses failles.