Scribd : collecte de fonds de 22 millions $, pour développer l'abonnement

Nicolas Gary - 03.01.2015

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Alors que les services d'abonnement font largement parler d'eux en France, pour des questions de compatibilité avec la législation, Scribd annonce une nouvelle collecte de fonds. Cette solution de mise en ligne de fichiers, qui s'est doublée d'un ebookstore avec offre d'abonnement, dispose d'un nouveau crédit de 22 millions $, opéré ce 2 janvier.

 

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Tikhon Bernstam, Jared Friedman, Trip Adler, les cofondateurs du service Scribd, ont profité du savoir-faire de Keith Ravois, ancien dirigeant entre autres de Paypal ou Linkedin, pour arriver à cette collecte de fonds. Revendiquant 80 millions de visiteurs uniques mensuels à travers le monde, Scribd s'apprête donc à poursuivre le développement de son offre d'abonnement.

 

48 millions $ accumulés pour rester dans la cour des grands

 

À ce jour, plus d'un demi-million de livres numériques est proposé pour 8,99 $, et les 22 millions $ supplémentaires doivent apporter un nouveau souffle. Les statistiques avancées par le site seraient en croissance de 31 % chaque mois, depuis le lancement officiel en octobre 2013. En outre, Scribd s'est également aventuré dans les livres audio, toujours sous la forme d'abonnement, depuis quelques mois. 

 

Le service travaille pour l'heure, outre-Atlantique, avec deux des cinq grands groupes d'édition, HarperCollins et Simon & Schuster, qui ne proposent que des titres anciens de leurs catalogues. Une approche stratégique que le président du Syndicat national de l'édition et patron de Média Participations, Vincent Montagne, avait choisie pour les services d'abonnements en France, Youboox, YouScribe et Kindle Unliimited.

 

« Nous n'avons confié à Amazon qu'une infime partie de nos œuvres, en l'occurrence, 5 % du catalogue de Fleurus, sur une période de six mois reconductibles », précisait-il à ActuaLitté, début décembre. « Quant aux œuvres présentes sur d'autres plateformes, nous avons effectivement fait une expérience avec la bande dessinée, et des œuvres du fonds. Nous cherchons de nouveaux canaux de vente pour les faire revivre. »

 

Côté américain, Scribd estime qu'en 2015, tous les grands acteurs de l'abonnement illimité seront connus, et ne s'attend pas à ce qu'un nouvel opérateur débarque. Notons également que depuis sa création, la société a su récolter 48 millions $ de financement. Trip Adler, généralement porte-parole de la firme, envisage de dépenser cet argent dans l'amélioration globale du produit — algorithme et moteur de recommandation pour le choix des livres, mais également l'expérience de l'utilisateur. Il souhaite également parvenir à enrichir le catalogue d'œuvres disponibles. Pas de modifications en revanche, sur le modèle d'abonnement, qui restera à 8,99 $. (via TechCrunch)

 

La longue course contre les pirates 

 

Ce qui pose tout de même un léger problème. Alors que le service n'est toujours pas lancé en France, l'application iOS reste dans le top 10 des plus téléchargées – en 6e position. Un placement qui n'intriguerait pas tant que cela. Plusieurs acteurs du numérique en France ne voient dans ce succès qu'une conséquence directe de l'activité au sein de la plateforme : le piratage de fichiers. Un problème commun à Wattpad, une autre solution de publication de documents, qui s'est lancée depuis plusieurs années dans le fanfiction, avec un succès immodéré. 

 

Le GLN avait déjà alerté en octobre 2014 de ce que Scribd n'était pas vraiment un opérateur vertueux, à raison : que ce soit le livre de Valérie Trierweiler, ou plus récemment, le dernier roman de Michel Houellebecq, la plateforme permet de pratiquer la contrefaçon à plus d'un titre. Non seulement il est possible de téléverser des fichiers pour autoriser leur consultation intégrale, mais l'internaute peu scrupuleux pourrait également placer ledit fichier dans le service d'abonnement, et à ce titre, gagnerait de l'argent sur le modèle de rémunération de l'abonnement. Le tout dans la plus totale violation du droit d'auteur, cela va sans dire. 

 

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Franquin, que les pirates affectionnent...

 

 

La lutte contre le piratage comptait parmi les priorités du site, assurait Trip Adler, en mai 2014, mais certainement pas sur le territoire français. En janvier 2011, le cofondateur de la société, Andrew Weinstein, reconnaissait que la lutte contre le piratage serait de longue haleine : « Nous ne sommes pas encore vainqueurs sur ces questions, ce sont des efforts à réaliser sur le long terme », avouait-il, principalement parce que les éditeurs ne fournissent pas toute l'aide nécessaire pour y remédier. Et comme Scribd n'a pas de relations commerciales avec l'ensemble des éditeurs du monde, il ne lui est pas possible de confronter un nouvel upload avec une base de données qui serait exhaustive. 

 

Du mieux pour évincer la contrefaçon

 

En janvier 2014, ActuaLitté avait opéré un comparatif, ô combien évocateur : en nous appuyant sur les meilleures ventes de romans, sur le territoire français, nous avions déterminé combien les best-sellers étaient faciles à retrouver sur la plateforme Scribd. Il était alors aisé de se servir abondamment avec des textes de Sartre, Foucault ou Barthes. Pas vraiment les tops vendeurs du moment... Quant à la bande dessinée, elle comptait parmi les victimes privilégiées de Scribd, et des internautes décidés à partager sans vergogne. 

 

Mais de réels efforts ont été opérés, et désormais, les œuvres contrefaites sont plus rares. Rares, certes, mais pas totalement disparues : on en dénombre simplement un moins grand nombre, et elles ont tendance à disparaître plus rapidement. Houellebecq, dont le roman fut rapidement mis à disposition sur la plateforme, a vu la version pirate disparaître en moins de 48 heures, pour exemple. Et les éditeurs français semblent avoir pris le pli : Scribd n'est plus le réservoir à piratage que l'on a pu connaître. Raison pour laquelle ses détracteurs se font également moins entendre, probablement. 

 

Reste alors une donnée, particulièrement intéressante : en octobre 2013, Scribd communiquait sur 80 millions d'utilisateurs actifs dans plus de 100 pays et 80 langues couvertes au total, notait le Digital Reader. Il est alors intrigant de découvrir que, plus d'un an après que ces chiffres ont été communiqués, on reste finalement sur le même nombre d'utilisateurs. Ce qui tendrait à montrer que la croissance n'est peut-être pas aussi forte que ce qui est affirmé.