Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Une offre illimitée pour une communauté de lecteurs : l'Anneau de pouvoir

Nicolas Gary - 25.06.2015

Lecture numérique - Acteurs numériques - Scribd ebooks - Librify communauté - réseau social lecture


Dans les faits, rien d’extraordinaire : une société en rachète une autre. La vente de Librify à Scribd serait presque anecdotique. En y regardant de plus près, il semble pourtant que le second ait décidé de déployer son offre de lecture par abonnement, illimitée, avec une nouvelle ambition. Librify est en effet une sorte de club de lecture, offrant un ebook mensuellement, gratuitement...

 

Librify Goodreads Amazon Scribd réseau social livres

 

Le modèle Librify se rapproche en effet de ce que l’on connaît : un livre gratuit, et un catalogue avec 10 à 20 % de remise, et le tout coûtant 6,99 $ mensuels. Les offres sont également motivées par un moteur de recommandation, un algorithme de plus. Mais Librify dispose également d’une plateforme communautaire, qui appuie les outils de recommandations ; les utilisateurs peuvent échanger autour de leurs lecteurs, et partager leurs propres listes de livres.

 

Librify est également un partenaire depuis deux ans de la BookExpo America, la grande fête nationale du livre. Depuis ses premiers pas, Librify s’était positionné comme un concurrent à Goodreads, le réseau social de lecteurs américain, ajoutant la dimension club de lecture, option Livre-du-mois...

 

De son côté, Scribd s’est lancé comme plateforme de publication, ouverte à tous : il suffisait de créer un compte pour uploader ses documents, livres, etc. Une option permet la vente des documents, et donc, assure une rémunération des auteurs, selon des conditions assez classiques. Et par la suite, Scribd a déployé un modèle d’abonnement illimité, pour 9,99 $. 

 

Les conditions d’intégration n’ont pas encore été présentées, et l’on ignore pour l’heure comment Librify fusionnera avec l’entité Scribd. Mais deux choses sont notables.

 

La lecture sociale, "mon précieux...."

 

La première est que Scribd est un concurrent direct de Kindle Unlimited, d’Amazon. Et qu’Amazon a racheté voilà deux ans, en mars 2013, le réseau social Goodreads. Pour l’heure, les connexions restent encore subtiles entre la filiale et le Gorille de 500 kg de Seattle. 

 

La seconde, plus explicite, vient de Trip Adler, fondateur de Scribd, pour qui les caractéristiques sociales de Librify sont particulièrement intéressantes. Dans son communiqué, il indique : « Nous apprécions l’accent porté par Librify à l’expérience de lecture sociale et l’excellent travail qu’ils ont déjà réalisé au sein des communautés de lecture. » 

 

Les réseaux sociaux de lecture, il s’en est monté plusieurs, dont Bookmate ou encore Reading Room, qui n’ont pas vraiment survécu. Les levées de fonds de Librify ont probablement assuré un avenir plus radieux au fondateur, Joanna Stone Herman. Et Amazon avait déjà investi, sans succès, dans Shelfari, un de ces réseaux, en 2008. 

 

Autrement dit, la vente de livres est intrinsèquement liée au développement de ces moteurs de recommandations, reposant sur les interactions entre utilisateurs – entre humains. 

 

De l’intégration faite de Librify dépendra donc une grande partie du développement de l’offre illimitée de Scribd, qui fait sans cesse l’objet de critiques de la part des éditeurs. En effet, le service permettant l’upload de documents voit régulièrement poindre dans ses colonnes des ouvrages piratés, et parfois même revendus – un flagrant délit de contrefaçon. Trip Adler s’en est plusieurs fois défendu, affirmant que sa société cherche les meilleures solutions pour éradiquer du mieux possible ces infractions au copyright.

 

Ce dernier élément sans lien direct avec le rachat de Librify ne manquera pas d’être surveillé plus encore. En France, alors que Scribd n’est pas officiellement lancé, son application iOS se positionne en excellente place, dans l’App Store. Et pour beaucoup d’observateurs, cette popularité devrait beaucoup au fait que l’on retrouve des ouvrages gratuits, en toute illégalité...