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Scribd, un “repère” de contrefaçons pour l'industrie du livre

Nicolas Gary - 11.01.2014

Lecture numérique - Usages - contrefaçon - livres numériques - scribd ebooks piratage


Les innovations numériques entraînent de nécessaires ajustements, qui viennent avec le temps. C'est en substance que de répond le fondateur de Scribd, alors que la Science Fiction and Fantasy writers of America vient d'épingler gentiment son service. Andrew Weinstein est contraint de le reconnaître : on trouve des contenus uploadés illégalement, et qui sont accessibles pour les personnes qui ont souscrit à une offre d'abonnement. En somme, on paye, et on pirate. Qui a dit Megaupload ?

[NB : pour étrange que cela puisse être, le mot "repère", et non "repaire", est pleinement assumé par le rédacteur, au sens d'indicateur]

 

 

collage de bandes dessinées
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

La bibliothèque numérique que propose Scribd est une des premières solutions de publication de documents pour une lecture de textes en streaming apparue sur le marché. Avec le temps, les problématiques de piratages se sont multipliées, alors que des utilisateurs, soucieux de faire profiter leurs condisciples internautes ont, sans autorisation préalable, diffusé des oeuvres sous droit. 

 

40 millions de documents et de livres, ça fait rêver

 

En 2007, Scribd s'était fait tirer l'oreille, et cela revient régulièrement. Depuis cette époque, le petit service est devenu grand, et propose maintenant trois offres d'abonnement, accès durant une journée, au mois ou abonnement annuel. La quantité d'oeuvres disponibles varie donc en fonction de la formule pour laquelle le consommateur opte, tout est très sensé. 

 

Comme la société, au fil du temps, a mis de l'ordre dans ses uploads, des éditeurs comme HarperCollins, Simon & Schuster et des distributeurs comme Smashwords, ont choisi de faire confiance à l'outil. Et d'introduire leurs oeuvres, tant pour la commercialisation en achat direct, que pour les services d'abonnement. Si l'on n'est pas abonné, les oeuvres sont disponibles dans une certaine quantité gratuitement, avant qu'un sympathique message ne vous informe que, pour en lire plus, il faudra sortir sa carte bleue.

 

C'est que l'on doit bien rémunérer les ayants droit, l'auteur, l'éditeur, à un moment ou un autre. 

 

Passons très, très, très rapidement, sur le fait que les éditeurs américains ne disposent peut-être pas des droits de commercialisation des oeuvres sous cette forme - l'abonnement - pour se concentrer sur quelques notions économiques plus urgentes. La consultation d'extraits gratuits est devenue une norme, simplement parce que cela offre un attrait supplémentaire pour séduire le chaland, et tenter de transformer une vente plus efficacement. Le modèle Scribd fonctionne alors de la sorte :  

  • les premiers 10 % du livre sont gratuits
  • entre 10 et 15 % lus : pas de paiement pour l'auteur/l'éditeur
  • entre 15 et 30 % : un crédit. 10 crédits font une vente
  • à partir de 30 % de lecture : une vente complète

 

Évidemment, souligne la SFFWA, dans le cas d'un roman complet, cela semble cohérent. Mais pour une anthologie, un recueil de nouvelles... on se rend bien vite compte de l'écueil. En regard des droits d'auteurs perçus sur les ventes de livres numériques, on comprend mieux encore que les billets houleux tempêtent sur la toile. Mais plus encore, voilà que l'on touche la limite du service, avec l'upload effectué sans contrôle, par des particuliers.

 

 

Tiens, c'est normal, ça ?

 

 

La monétisation d'oeuvres piratées n'est bien entendu pas la vocation première de Scribd, pour qui la confiance des éditeurs est essentielle, autant que celle des auteurs indépendants. Pourtant, les abonnés peuvent accéder à des oeuvres illégalement uploadées, dans le cadre des formules proposées. Et la SFFWA commence à affûter ses armes, en considérant que du contenu pirate, on en trouve partout, en grande quantité, sur Scribd. 

 

Plus de 40 millions de documents et de livres sont intégrés dans la base de données, avec 80 millions de lecteurs chaque mois, et un accès dans une centaine de pays. Cela laisse rêveur quant à la quantité de textes disponibles, qui le sont sans autorisation. Sauf qu'il n'existe pas de données conrètes : cela pourrait tout aussi bien représenter une oeuvre piratée pour 100.000 légalement proposées...

 

"Nous ne sommes pas encore vainqueurs sur ces questions, ce sont des efforts à réaliser sur le long terme"

(Andrew Weinstein, cofondateur de Scribd)

 

 

Retour en 2007 : Scribd lançait alors une série d'outils pour surveiller les mises en ligne de documents, et puiser dans une base de données des éléments comparatifs pour exercer un contrôle plus strict. Mais le combat contre le piratage est une lutte incessante, surtout quand on propose à tout un chacun de pouvoir diffuser un document avec une simple inscription. De quoi faire dire que, finalement, le service d'abonnement profitait de l'offre pirate pour attirer plus encore le chaland. 

 

Interrogé par Publishers Weekly, Andrew Weinstein, le cofondateur, est confus : s'il nie catégoriquement que Scribd encourage à la diffusion de contenus piratés, il promet qu'avec ses équipes, ça travaille d'arrache-pied pour parvenir à une offre qui soit la plus légale et respectueuse possible. Les solutions techniques évoluent, se perfectionnent... à mesure que les internautes trouvent de nouveaux moyens de les contourner. En novembre dernier, Weinstein rencontrait d'ailleurs l'Association of American Publishers, pour s'entretenir des mesures prises par le site pour lutter efficacement contre la contrefaçon. 

 

L'un des enjeux, ce serait de disposer de copies numériques avec un système d'empreinte digitale : l'éditeur, dans un monde parfait, fournirait une version numérique de ses oeuvres, laquelle servirait de référence comparative, pour tout nouveau document présentant des éléments similaires. Et d'assurer que, dès qu'un contenu illégal est signalé, l'équipe intervient en moins de 24 heures. Nous ferons le test en fin d'article, justement. 

 

« Nous ne sommes pas encore vainqueurs sur ces questions, ce sont des efforts à réaliser sur le long terme », reconnaît Weinstein, tout en avouant que les problèmes demeurent... principalement parce que les éditeurs ne fournissent pas toute l'aide nécessaire pour y remédier. Et comme Scribd n'a pas de relations commerciales avec l'ensemble des éditeurs du monde, il ne lui est pas possible de confronter un nouvel upload avec une base de données qui serait exhaustive. 

 

Quant à la France, elle n'est clairement pas épargnée par la contrefaçon sur Scribd, comme le démontre notre enquête.