Numérisation de la BnF : la porte française ouverte claquée par Google

Clément Solym - 30.04.2010

Lecture numérique - Acteurs numériques - rapport - tessier - collaboration


Il est toujours intéressant de laisser traîner une oreille dans les couloirs - problème, l'être humain ne dispose que de deux appendices, alors le choix est assez restreint, quant aux lieux où l'on peut s'en arracher une et la déposer...


Rue de Valois, ministère de la Culture

Parmi les nombreuses conversations qui ont eu cours entre le ministère de la Culture et Google, au sujet de la numérisation des oeuvres, il en est une intéressante, particulièrement. Elle illustre en partie - et même grandement - l'attitude et la vision de la collaboration que la rue de Valois entretient sur la collaboration possible avec Google.

Le rapport Tessier... au rapport

On s'en souvient, l'idée d'un partenariat privé public concernant la numérisation permettrait de simplifier la vie de la BnF, sous certaines conditions. Le ministère a en effet tenté de faire comprendre à Google tout l'intérêt d'un changement d'attitude. « Ce que préconisait, ou évoquait, le rapport Tessier montrait bien que nous tendions clairement la main à Google », nous explique-t-on. À quelques détails près.

En effet, Marc Tessier estime dans son rapport que tout accord passé avec Google ne doit être ni soumis à une exclusivité ni céder la propriété des fichiers numériques - qui appartiendraient dans ce cas toujours à la Bibliothèque. (En savoir plus)Un échange précis, qui obligeait le moteur à revenir sur ses pratiques.

« En outre, il ne faut pas oublier que Yann Gaillard avait lui-même apporté un autre élément de réponse favorable à la coopération avec Google. » Rebelote : la commission des Finances avait dressé à ce titre un devis qui chiffrait à 375 ans, le temps nécessaire à la numérisation de la BnF, sans aucune aide extérieure. « À ce titre, nous avions tout de même ouvert grand la porte. ».

Un pas en avant... trois pas en arrière

« Sauf que l'on connaît le comportement de Google. Finalement, nous ne demandions pas grand-chose pour que la coopération soit mise en place : juste que les conditions actuelles soient revues concernant la numérisation massive et que cela se fasse dans le respect du droit d'auteur. Et à ce titre, l'engagement de Google à ne plus numériser les ouvrages en langue française sous droit, nous aurait permis de mettre en place une collaboration fructueuse. »

Tourne la page, et marque 'Dommage !'

Mais le moteur a pris la mouche que l'on sait, n'a pas souhaité adhérer à ces demandes. « Bilan des courses, c'est un marché gigantesque qu'il perd. » Un marché de 15 millions de livres ou documents qu'il y aurait à numériser - et que la société californienne pourrait proposer par la suite à la vente...

« D'autant plus compliqué à comprendre que Google est signataire de la convention de Berne, pour la protection des oeuvres littéraires et artistiques, et ne devrait donc pas continuer dans cette voie. En parallèle, nos éditeurs français déposent au bureau du copyright américain leurs titres. Facile donc d'arrêter la numérisation illégale. »

Or, la numérisation illégale des oeuvres se poursuit, comme le déplorait Serge Eyrolles, durant le Salon du livre...