Supprimer l'éditeur, dernier jalon, dernier intermédiaire

Clément Solym - 28.02.2012

Lecture numérique - Usages - éditeurs - intermédiaires - vente de livres


Dans les grosses écuries où les purs-sangs s'agitent, tout n'est pas de tout repos. Ainsi, les grandes sociétés de la high-tech prennent peut-être conscience que l'économie du livre, fut-il numérique, n'a rien à voir avec ce qu'ils avaient pu commercialiser jusqu'à lors... 

 

Amazon et Google ont, la semaine passée, supprimé quelques membres de leurs programmes de vente de livres numériques, bien que depuis, quelques efforts aient été réalisés par Google. Ce dernier avait en effet pointé des chiffres d'affaires inférieurs à ceux qu'il espérait, et de cette faible rentabilité, décidé qu'il coupait court à la relation commerciale.

 

Dans le même temps, Amazon décidait de supprimer 4000 ebooks de ses étals, parce que les éditeurs ne voulaient pas en baisser les prix - toujours cette guerre acharnée que peut mener Amazon. Mais où en est-on ? 

 

C'est qu'avec l'économie numérique, la longue traîne, et la puissance de feu des deux mastodontes, il a dû se trouver un ou deux énergumènes, en Californie, comme à Seattle, pour croire que la conquête du monde se ferait en deux temps, trois mouvements. Et que l'on en est encore loin. 

 

 

On ne se demande plus 'Où sont passé les tuyaux...'

 

 

Si d'un côté, les ventes d'imprimés diminuent, au grand malheur des éditeurs qui faisaient leur marge dessus, le problème est c'est qu'en parallèle, les consommateurs souhaitent que le prix de vente des ebooks soit bas. Et face à eux, les éditeurs ne peuvent malgré tout pas diminuer leur prix indéfiniment. En somme, résume Read Write Web, ce n'est absolument pas un problème d'offre et de demande, mais bien de modèle économique. 

 

Dans l'économique du livre numérique, l'intermédiaire libraire a disparu, ce qui fait les affaires des deux grosses écuries. Mais il reste encore un intermédiaire punissable : l'éditeur. Celui qui détient les droits des oeuvres, dispose de l'oeuvre et de son auteur... Un gêneur, contre lequel Amazon a déjà mis en place son armada de guerre, certes. Or, cette dernière n'est pas encore suffisamment convaincante pour lui donner entièrement raison. Et dès la première occasion venue, un auteur indépendant accepte un contrat d'édition avec une maison.

 

L'auto-édition, c'est le pain béni d'Amazon, pour lutter contre les éditeurs et leur main-mise sur le marché du livre. Pour l'heure, Google ne dispose d'aucun artifice similaire, mais cela ne devrait pas tarder, puisque même Apple a décidé d'ouvrir les vannes, avec iBooks Author. 

 

La solution idéale, pour ces sociétés qui ne sont finalement que de gros tuyaux à bien faire la jonction entre producteur et consommateur, c'est de supprimer tout ce qui entrave la simplissime relation qu'un lecteur et un auteur peuvent entretenir l'un avec l'autre. C'est-à-dire, que l'on diminue au maximum les jonctions entre les deux. Et le dernier obstacle, c'est encore l'éditeur. 

 

Entre temps, Google a décidé de revenir sur sa décision de révoquer les librairies indépendantes qui n'en vendaient pas assez. Après tout, vendre un peu, et faire vendre un peu par le plus grand nombre, rentre encore un peu dans le projet de développement que l'on bichonne à Mountain View...