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Supprimer les ebooks de sites pirates est sans effet sur les ventes

Clément Solym - 11.09.2017

Lecture numérique - Législation - pirates livres ventes - contrefaçon lutte ebooks - Pologne ventes ebooks


Les ayants droit répètent qu’une œuvre piratée, c’est une vente perdue. Il se pourrait bien qu’une étude polonaise informe leur hypothèse. Selon les conclusions de chercheurs à l’Université de Varsovie, le retrait d’ebooks présents sur des sites pirates ne change rien aux ventes. En fait, l’offre légale ne profite pas des mesures lutte contre la contrefaçon.

 

Bloody Pirate!
Jaskirat Singh Bawa, CC BY ND 2.0

 

 

Piratage ou partage, on pourra se battre longtemps encore. Le fait est que la législation condamne aujourd’hui la mise à disposition du public d’œuvres sur des réseaux de partage. Donc, contrefaçon. Et pour principal argument, les industries du divertissement jurent qu’une œuvre téléchargée illégalement prive le producteur d’une vente. Argument contesté, évidemment, et douteux, surtout.

 

La preuve par l'exemple
 

Des chercheurs de l’Université de Varsovie ont tenu à mesurer la validité de l’argument, à travers une approche scientifique. Car dans la théorie de la vente perdue, le pendant est de considérer qu’en l’absence d’offre illégale, le pirate irait vers l’offre légale. Donc générerait une vente de plus – on voit la limite bien nette du raisonnement...

 

Trois chercheurs se sont donc mis en quête de réponse : l’expérience pilotée par Michał Krawczyk et deux spécialistes de sciences économiques Wojciech Hardy et Joanna Tyrowicz. Leur analyse couvrait 240 livres disponibles en 2016 en format numérique, publiés par une dizaine de maisons qui ont accepté de se prêter au jeu.

 

Les chercheurs ont passé un accord avec une structure professionnelle chargée de recherche et de traque de fichiers pirates. Ainsi, 120 titres piratés ont été supprimés d’internet – rendant manifestement leur téléchargement illégal moins aisé. Or, conclusion : que les versions pirates soient faciles ou difficiles à trouver n’a pas eu d’impact réel sur les ventes d’un livre spécifique.

 

Voilà qui porterait un sacré coup aux défenseurs de la traque méticuleuse, et surtout nuire gravement au commerce des entreprises qui aujourd’hui ont pour activité d’envoyer des demandes de retraits. Plus encore, cette étude démontrerait combien la lutte contre le piratage, outre qu’elle soit vaine à l’ère numérique, n’apporte aucune amélioration dans les ventes. Ou bien qu'il ne s'agit pas de la bonne stratégie...

 

Comment le piratage parvient à augmenter les ventes de certains mangas 

 

Au contraire, le piratage, comme l’avait indiqué une étude japonaise, pourrait avoir un effet publicitaire pour des ouvrages du fonds de catalogue. Et donner une nouvelle visibilité à des œuvres que les maisons ne travaillent plus... 

 

Des nuances, peut-être pas 50, mais des nuances
 

En l’état, les chercheurs polonais sont formels : ils travaillent actuellement à un article qui mettra en lumière leurs résultats, pour une publication prochaine. Mais dans le même temps, les éditeurs locaux n’ont manifestement pas souhaité apporter de commentaires. 

 

En outre, 70 maisons avaient été sollicitées, mais 10 seulement ont accepté de se lancer dans l’expérience. Un point qui pousse les chercheurs à demeurer circonspects quant aux résultats : les résultats ne découlent pas d’un échantillon suffisamment représentatif. « En outre, ils ne peuvent pas être extrapolés à d’autres marchés, comme celui de la musique en Thaïlande ou celui du cinéma en Inde. » 
 

Contre le piratage de livres, Calaméo manque-t-il des méthodes radicales ?


Ce qui, en revanche, nuancerait les résultats, est pointé par Mikołaj Małaczyński, fondateur de Legimi, service d’abonnement sur le modèle de Youscribe ou Youboox en France. « La source la plus efficace pour trouver des livres numériques n’est pas accessible via des moteurs de recherche : il s’agit de groupes fermés, qui se sont constitué à travers différents réseaux sociaux. Leurs utilisateurs échangent des livres pointant sur des serveurs en cloud. »

 

Ce qui expliquerait en effet que la suppression de liens de téléchargements n’engendre aucune vente supplémentaire. Mais cela appuierait également dans l’idée que les demandes de retraits sont inefficaces dans la lutte antipiratage, puisque les liens sont partagés dans des groupes privés... Et Małaczyński d’ajouter : « Un pareil piratage est indétectable pour les outils de surveillance. » À bon entendeur...  
 

Le piratage de livres n'est autre "qu'un abonnement illimité et... gratuit"


Et puis, on ne peut oublier que le principal argument, au demeurant tout à fait recevable, des offres d’abonnement réside dans la lutte contre le piratage. 

 

 

via Naukaw PolscePublishing perspectives