Supprimer un article Wikipedia : quand la DCRI goûte l'effet Streisand

Nicolas Gary - 07.04.2013

Lecture numérique - Usages - Wikipedia - suppression d'un article - CDRI


L‘histoire est triste comme un jour de pluie : un article de l'encyclopédie Wikipedia, pointé par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, porterait atteinte au secret de la défense nationale. Et la DCRI de réclamer la suppression de l'article, en contactant la Wikimedia Foundation. Refus net de l'intéressée, et début des hostilités.

 

 

 

 

Si la Fondation, qui héberge Wikipedia, rappelle avoir l'habitude de collaborer dans le cadre de requêtes judiciaires, le refus qu'elle a opposé à la DCRI n'a manifestement pas plu au Renseignement intérieur. Au point qu'un contributeur bénévole s'est retrouvé convoqué dans les bureaux de la DCRI. 

 

« Ce bénévole a été contraint de supprimer devant les agents l'article incriminé, sous peine d'être placé sur le champ en garde à vue et mis en examen, et ce, en dépit de ses explications sur le fonctionnement de Wikipédia », raconte la Fondation dans un communiqué. 

 

Il n'avait pourtant aucun lien avec l'article, n'étant ni son auteur, ni un contributeur : son seul pouvoir était de supprimer l'article, et sa seule responsabilité, d'avoir été facilement identifé. « Wikimédia France ne comprend pas et n'admet pas que l'on utilise intimidation et méthodes expéditives contre un bénévole œuvrant pour un accès libre et gratuit à la connaissance pour le plus grand nombre. »

 

Une sordide affaire d'intimidation, qui laisse pantois du côté de la Fondation : « Chacun est responsable de ce qu'il écrit, mais la DCRI a très certainement d'autres méthodes à employer pour faire respecter le droit. Nous espérons qu'une enquête indépendante pourra faire la lumière sur ces méthodes et cette affaire. »

 

L'article en question porte sur la station hertzienne militaire de Pierre-sur Haute et fut rédigé en juillet 2009. Sa première ébauche a été logiquement complétée, comme c'est le cas sur Wikipedia, au fil du temps. Mais ce n'est qu'en début d'année que la DCRI s'inquiète de son existence, et considère alors que l'article diffuse des informations classifiées, délit que le code pénal condamne de 7 ans de prison, avec 100.000 € d'amende. 

 

C'est dans ce contexte que le 4 mars, la Fondation fut sollicitée par la DCRI, réclamant la suppression pure et simple, sans pour autant apporter la preuve que l'article présente une menace pour la sécurité et la défense. La Fondation décida de ranger la réclamation, en attendant que des preuves soient apportées, mais la DCRI n'est pas patiente : la convocation du contributeur et les pressions exercées le démontrent aisément. Et toute personne qui restaurerait l'article serait alors juridiquement responsable

je vous informe que l'article Station hertzienne militaire de Pierre sur Haute vient d'être supprimé par mes soins. Cet article contrevenait à l'article 413-11 du Code pénal français (compromission du secret de la Défense nationale). La police française m'a convoqué en tant qu'administrateur, suite au refus de la Wikimedia Foundation de supprimer cet article en l'état des éléments fournis. La remise en ligne engagera la responsabilité pénale de l'administrateur qui aura effectué cette action.

 

Simplement, internet n'est pas prompt à se laisser dicter sa conduite, et quand bien même la DCRI a demandé que l'article soit retiré, le voici réapparu rapidement. Christophe Henner, vice-président de Wikimedia France le précise très bien : « D'ailleurs, l'article remis en ligne par un utilisateur contient en pied de pages diverses sources utilisées pour la réaction de l'article. » De fait, l'entrée de Wikipedia ne contenait que des éléments dont les médias avaient déjà fait état. 

 

Tout le monde se souvient alors de l'effet Streisand, ce fameux incident de 2003, où la chanteuse attaqua un photographe en justice, alors qu'il avait photographié sa maison. Soutaitant limiter la diffusion du cliché, la chanteuse s'était retrouvée dans la position complètement inverse : internet avait fait circuler le cliché plus que de raison, le médiatisant alors de manière démesurée...

 

Mais la DCRI ne connaît manifestement pas ses classiques.