TEA, un fournisseur de livres numériques militant de l'interopérabilité

Antoine Oury - 02.12.2015

Lecture numérique - Acteurs numériques - TEA DRM CARE - chapitre.com - librairie numérique


Très impliquée dans la recherche autour du livre numérique, la société lyonnaise TEA, pour The Ebook Alternative, développe depuis 2012 des solutions de vente et de lecture de livres numériques à destination des distributeurs. Chapitre.com vient tout juste de faire appel à ses services, et inaugure une nouvelle version de son site de vente de livres numériques au passage. L'occasion de faire un petit bilan avec David Dupré, directeur général de TEA.

 

 

 

Résumer l'activité de TEA n'est pas aisé, d'autant plus que la société fait partie de ces intermédiaires que le lecteur ne remarque pas forcément : « Ce qui a été essentiel dans la relation avec nos partenaires, c'est ce positionnement BtoB, de sociétés à sociétés, qui constitue un gage de bonne répartition des rôles entre le fournisseur technologique et le libraire, sans pour autant que l'expérience de l'utilisateur ne soit dégradée », explique David Dupré.

 

En somme, TEA assure le transfert des fichiers des éditeurs, d'un « entrepôt » numérique jusqu'aux étagères des librairies, numériques elles aussi. Chapitre.com rejoint d'autres enseignes, parmi lesquelles Super U, Cultura ou Cdiscount, mais aussi des librairies indépendantes. « Le fait qu’un acteur aussi emblématique que Chapitre.com choisisse la solution TEA est un marqueur fort qui valide la pertinence de notre offre pour les distributeurs culturels », souligne le directeur général de TEA.

 

Parmi les innovations apportées par TEA, la mise en place d'un verrou numérique, qui constitue une sécurité contre le piratage, moins contraignant que le DRM Adobe, longtemps resté un standard de l'édition. Ce nouveau DRM, CARE, a été construit sur les expérimentations de l'IDPF, l'International Digital Publishing Forum, qui mène les recherches relatives au livre numérique et au format EPUB3.

 

L'enseigne Cultura a été la première à l'utiliser, mais « une vingtaine de nos clients en bénéficient aujourd'hui, ils nous ont suivis, tout comme les éditeurs », explique David Dupré. La spécification LCP, pour Lightweight Content Protection, développée par Readium, filiale de l'IDPF, a été améliorée par TEA « avec l'ajout de différents modules qui permettent d'en faire un véritable outil, et un système de contrôle des autorisations ». Pour coller au fonctionnement de Readium, TEA reverse une partie de ses modifications en open source, tandis que la partie logicielle, elle, reste propriété de la société.

 

L'interopérabilité, clé du développement du livre numérique

 

TEA est également adhérent de l'EDRLab, le laboratoire de la lecture numérique installé à Paris. Le directeur Recherche et Développement de la société, Rémi Bauzac, est membre du groupe de travail sur l'interopérabilité, sujet sur lequel tout le monde du livre, ou presque, s'accorde. Et la DRM CARE est la première pierre industrielle dans ce sens.

 

Pour résumer, l'objectif de ce travail sur le DRM est d'obtenir une facilité d'accès et de lecture des livres numériques rarement atteinte, nécessitant simplement la création d'un unique mot de passe, celui du compte client, pour ouvrir ses ebooks. Par ailleurs, les fichiers sont interopérables, et seulement limités par les restrictions qu'imposent les ayants droit – le nombre de machines maximum. Mais la simplicité d'accès est bien là, au point de concurrencer l'ergonomie des systèmes propriétaires du type Amazon.

 

Certains effets se sont d'ailleurs fait sentir, même si deux mois de mise en place de ce nouveau DRM ne suffisent pas à tirer des conclusions. 35 % des appareils TEA prennent désormais en charge la DRM CARE : le reste doit encore être mis à jour par les utilisateurs, ou fait partie des liseuses non compatibles, comme les anciens modèles Bookeen. Pour ce type de situation, TEA a mis en place un programme de reprise des lecteurs trop anciens.

 

Les catalogues numériques des éditeurs eux-mêmes doivent s'adapter à ces nouveaux DRM : en fin de semaine, ceux de Gallimard et de Flammarion seront totalement pris en charge. Le taux du service après-vente de TEA a chuté de 15 %, explique David Dupré, essentiellement sur des problèmes liés à la gestion des DRM et il semblerait que les nouveaux utilisateurs, ayant seulement connu le système CARE, sont plus susceptibles de revenir sur la plateforme après un achat. Des données à manipuler avec précaution, précise David Dupré, mais qui sont encourageantes.

 

France Loisirs - Salon du Livre de Paris 2015

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

L'accord avec Chapitre.com comprend également une application mobile, ainsi qu'un appareil de lecture avec la librairie Chapitre.com intégrée : TEA produit aussi des lecteurs ebook, en partenariat avec Pocketbook, et ces derniers seront disponibles dans 200 points de vente France Loisirs dès le 9 décembre.

 

Interrogé sur la part grandissante des smartphones dans la lecture numérique, David Dupré signale que « ce n'est pas ce que nous constatons. Plus de 800 points de vente proposent nos liseuses, souvent à de grands lecteurs auxquels ces appareils apportent beaucoup de fonctionnalités pratiques. Et, du point de vue des libraires, ces appareils sont plus fidélisants que les smartphones. Nous sommes aussi lucides sur le fait que les smartphones vont prendre une place particulière, plus adaptée aux lectures occasionnelles. »