Télécharger et lire gratuitement, l’arnaque à vaste échelle

Clément Solym - 08.02.2016

Lecture numérique - Usages - télécharger ebook - gratuit copyright internet - contrefaçon métadonnées


Pour trouver des livres gratuitement sur internet, la méthode est simple. Tellement qu’elle aboutit aujourd’hui à un nombre de résultats colossal – pour un peu, l’offre pirate serait noyée dans sa propre surabondance, emportant avec elle l’offre légale. On peut ainsi passer sur des dizaines de pages qui référencent le titre en question, mais n’offriront jamais la possibilité de le télécharger. Au mieux, laissera-t-on des centaines de cookies absolument immangeables sur la toile ?

 

 

 

« Cliquer ICI pour télécharger » est un message que l’on retrouve sur des centaines de sites construits uniquement sur l’espoir d’afficher des bannières publicitaires. Pour une grande partie, l’intention est également de récolter quelques données personnelles, comme le numéro de téléphone. Ce dernier servira à facturer l’internaute qui voulait lire gratuitement un ebook – et heureux s’il s’en sort simplement avec quelques euros prélevés.

 

On s’échine pourtant, une fois arrivé sur la page promise, à limiter les publicités intempestives, à cliquer et fermer les fenêtres : une seule réalité, on ne mettra jamais la main sur le livre numérique tant attendu. La raison en est simple : le livre est une arme d’escroquerie massive. 

 

Des millions de références, des millions de pages possibles

 

Retournons une seconde en 1994 : Jeff Bezos va lancer Amazon, librairie en ligne. Et son modèle économique reposait sur trois approches : le poids économique du secteur, le prix unitaire des produits et la variété du choix. En l’occurrence, 3 millions de références quand au printemps 1994, Amazon commence à prendre forme. « Mon raisonnement était le suivant : puisque c’était le premier achat que les gens allaient faire en ligne, il fallait que la somme à payer soit modique », expliquait Bezos.

 

Depuis, Amazon est même devenu éditeur, propose des centaines de milliers de titres autopubliés, et le nombre de références de livres commercialisés a certainement été multiplié par 10, incluant d’autres langues, ainsi que des éditions uniquement numériques, et l’impression à la demande...

 

Or, durant des années, les spécialistes de la sécurité sur internet se sont demandé quand les premiers ouvrages avec virus, trojan et autres nuisances apparaîtraient. La question était justifiée : la musique et le cinéma ont vu pléthore d’œuvres partagées sur les réseaux, qui n’étaient pas ce qu’elles affirmaient. Et contenaient même un bon gros virus bien sale. Le livre numérique n’aura pas pris cette voie, trop évidente. 

 

La prolifération des faux-sites de vrai piratage

 

Les arnaques, ou spams n’avaient pas besoin d’escrocs qui glisseraient un code malicieux entre les lignes d’un ebook. Il y avait en réalité bien mieux à faire avec les seules métadonnées. Grâce à ces informations (titre, auteur, prix, ISBN, couverture, etc.), il est possible de générer des millions de pages, pour appâter l’internaute qui voulait pirater. Plutôt que de jouer sur la contrefaçon d’œuvres, les spammeurs ont choisi d’utiliser l’ebook pour ne justement pas offrir de téléchargement pirate, mais au contraire, fournir des pages proposant à un moment ou un autre, de sortir sa carte bleue.

 

Il s’agit seulement, pour que l’arnaque fonctionne, de disposer d’une base de données fiable, d’un peu de Google Bombing – méthode qui force le référencement et influence les résultats de recherche. Une fois l’indexation à partir de recherches standards effectuées, il n’est pas même nécessaire de disposer du fichier : tout s’opère strictement avec des fenêtres publicitaires et/un paiement d’inscription par carte bleue, voire un prélévement direct sur la facture téléphonique.

 

Or, une fois que cela est fait, l’accès au livre numérique contrefait n’est en rien assuré. L’arnaque se double d’une ironie cinglante. Ce qui n’empêche par ailleurs pas de truffer le site-piège de choses malicieuses, qui tenteront au passage de collecter d’autres données : si les liens proposés n’amènent jamais au Graal ebook recherché, autant en profiter un peu plus encore. 

 

Souriez, vous allez perdre votre temps

 

En soi, les ayants droit se frotteraient les mains à tort : certes aucun livre n’a été piraté pour aboutir à la création de ces pages de spam, mais les résultats de recherches pointant vers l’offre légale subissent les mêmes avanies. Et difficile de croire que cette prolifération cultivera chez les internautes un goût des bonnes pratiques. La firme MUSO, avec Retune, espère ramener les brebis égarées sur le droit chemin, mais les sites de spammers ont beaucoup à gagner. Et l’on ne lâche pas un trésor pareil.

 

 

 

Surtout, lutter contre ces sites est un écueil plus lourd encore que la traque aux fichiers torrent ou aux téléchargements directs. Les métadonnées ne constituent en soi pas un contenu protégé par le droit d’auteur ni le copyright. On n’attaquera pas la montagne par ce flanc. Par ailleurs, comme les sites sont avant tout des architectures conçus pour attirer le chaland, leur fonctionnement ne serait qu’à peine écorné si une demande de suppression du site, ou de blocage de son adresse, intervenait.

 

Pour l’heure, Google n’a pas encore été fouiller ce secteur, et fait ressortir rapidement ces sites sans aucun contenu piraté, mais garantis 100 % pure arnaque. Le moteur de recherche avait déjà traîné les pieds quand il lui fut demandé de modérer les résultats de recherches aboutissant vers des sites pirates... S’il n’y a pas même de contrefaçon probante, l'attente risque d'être plus longue encore. (via Plagiarism Today)

 

Le site à spam n’a pas la même logique que l’hébergeur de liens de téléchargement ou encore de contenus. Sa démarche est exclusivement basée sur la multiplication des portes d’entrée vers chez lui. Voici encore deux ans, ou presque, le piratage était chose aisée, rapide, et plutôt efficace. Cette abondance de sites parasites nuit à tous les opérateurs de la chaîne, sans même qu'il soit possible d'y remédier. Reste alors l'offre légale, la seule que les ayants droit voudraient voir exister, mais ces derniers, loin d'écouter les consommateurs, protègent son pré carré. 

 

Hmm...